L’Île du docteur Moreau

par

Les dangers des progrès de la science

Bien queles actions de Moreau soient abominables, Wells ne présente pas une perceptionmanichéenne du monde. Au nom de sa curiosité scientifique, Moreau relègue lacompassion au second plan. Son objectif scientifique est compréhensible, mêmes’il est moralement inexcusable. En fin de compte, Moreau manque d’objectivitédans sa démarche. Il est aveuglé par son vœu de réaliser un progrèsscientifique. C’est cette motivation qui est mise en avant tout au long del’œuvre, et bien que les actions du docteur résultent en un mal, le lecteur nepeut pas le percevoir comme un homme fondamentalement mauvais.

Wellspuise pour la rédaction de son œuvre dans le puits des inquiétudes communes relativementà la course effrénée vers « le progrès », dont la crainte de le voir dénaturerla sensibilité naturelle des hommes par les promesses de techniques efficienteset de résultats parfaits.

Plusieurspersonnes s’inquiétaient alors, et encore aujourd’hui, de voir l’humanitéempiéter sur le domaine divin. Les vivisections de Moreau représentent ledanger des sciences et des technologies nouvelles. Le discours que Moreau faità Prendick pour défendre l’intérêt de ses activités est particulièrementpertinent à cet égard :

« D’ailleurs, je suis un homme religieux, Prendick,comme tout homme sain doit l’être. Il se peut que je me figure être un peumieux renseigné que vous sur les méthodes du Créateur de ce monde – car j’aicherché ses lois à ma façon, toute ma vie, tandis que vous, je crois, vouscollectionnez des papillons. Et je vous réponds bien que le plaisir et ladouleur n’ont rien à voir avec le ciel ou l’enfer. Le plaisir et la douleur !…Bah ! Qu’est-ce que l’extase du théologien, sinon la houri de Mahomet dans lesténèbres ? Ce grand cas que les hommes et les femmes font du plaisir et dela douleur, Prendick, est la marque de la bête en eux, la marque de la bêtedont ils descendent. La souffrance ! Le plaisir et la douleur !… Nous ne lessentons qu’aussi longtemps que nous nous roulons dans la poussière. »

Laquestion de l’amoralité des sciences est toujours une question d’actualité. Sil’œuvre de Wells relevait de la science-fiction lors de sa publication, elleest presque une œuvre contemporaine de nos jours, par le sujet qu’elle traite.Et au regard des avancées technologiques toujours plus impressionnantes, plusrapides et dangereuses de l’humanité, on peut se demander si L’Île du docteur Moreau n’est pas encoreplus pertinente aujourd’hui qu’hier.

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