Manuscrits de 1844

par

Les besoins humains

Les besoins humains font office
de sous-partie dans le troisième manuscrit. Dans la société capitaliste, les
besoins humains sont définis par le système de propriété privée. Plutôt que
d’éprouver des besoins tels que l’alimentation, l’habillement et le logis, les
humains expriment un besoin d’argent. De plus, le capitalisme affecte à chaque
classe sociale des besoins différents. Au fur et à mesure que les capitalistes
accumulent de la richesse, leurs besoins deviennent de plus en plus
raffinés ; tandis que les ouvriers sont forcés de s’adapter et de revoir
leurs besoins à la baisse, afin de se contenter du minimum que le système leur
octroie.

Le système d’éthique moderne est
construit autour des besoins créés par le capitalisme. Ainsi, l’abnégation et
la pauvreté deviennent des valeurs morales cardinales, et l’image du
travailleur se démenant et économisant son gain est perçue comme un
idéal – sans doute pour encourager les ouvriers à se complaire dans leur
misère. Tout et tout le monde est traité en termes d’utilité et de prix. Le
capitalisme exige que les êtres humains soient ainsi classifiés pour garantir
la pérennité du système.

« Tout
ce qui t’appartient, tu dois le rendre vénal, c’est-à-dire utile. Si je demande
à l’économiste : est-ce que j’obéis aux lois économiques si je tire de l’argent
de l’abandon, de la vente de mon corps à la volupté d’autrui (en France les
ouvriers d’usines appellent la prostitution de leurs femmes et de leurs filles
l’heure de travail supplémentaire, ce qui est littéralement exact), ou bien
est-ce que je n’agis pas conformément à l’économie lorsque je vends mon ami aux
Marocains (et la vente directe des hommes sous la forme du commerce des
recrues, etc., a lieu dans tous les pays civilisés). »
(Troisième Manuscrit, « Signification des besoins humains dans le régime de la
propriété privée et sous le socialisme »)

La solution que préconise Marx
est le communisme. Pour Karl Marx, le communisme garantit une fin à la misère
de l’ouvrier et à son asservissement continuel en détruisant le principe qui
fonde le capitalisme. En supprimant la propriété privée, et en consacrant la
propriété universelle, le communisme n’améliore pas la condition du
travailleur, mais elle créée une société plus égalitaire en étendant cette
condition à toute la société.

« La
religion, la famille, l’État, le droit, la morale, la science, l’art, etc., ne
sont que des modes particuliers de la production et tombent sous sa loi
générale. L’abolition positive de la propriété privée, l’appropriation de la
vie humaine, signifie donc la suppression positive de toute aliénation, par
conséquent le retour de l’homme hors de la religion, de la famille, de l’État,
etc., à son existence humaine, c’est-à-dire sociale. »
(Troisième Manuscrit, « Propriété privée et communisme »)

Dans ces manuscrits, Marx
commence à se démarquer de la doctrine de Hegel. Il se montre moins idéaliste
que son prédécesseur, et s’oriente vers le matérialisme qui deviendra le
fondement de sa doctrine sur la nature humaine et l’histoire. Par exemple, là
où Hegel considère le travail comme une activité mentale, Marx se concentre sur
le labeur physique à proprement parler. Cette méprise de Hegel aurait induit en
erreur d’autres penseurs tels que Strauss et Bruno Bauer qui ont adopté sa
logique dans leurs écrits.

Marx trouve donc plus adapté de se
ranger derrière des penseurs tels que Feuerbach qui tout en étant l’un des
meilleurs disciples de la philosophie de Hegel, ne manque pas de critiquer
l’aspect immatériel de sa logique. Il manifeste son approbation pour la
démonstration de Feuerbach qui lui permet d’établir que la religion est un
reflet de l’aliénation humaine, découlant des antagonismes sociaux.

« Feuerbach
est le seul qui ait eu une attitude sérieuse, critique, envers la dialectique
hégélienne et qui ait fait de véritables découvertes dans ce domaine ; il est
en somme le vrai vainqueur de l’ancienne philosophie. La grandeur de ce qu’il a
accompli et la simplicité discrète avec laquelle Feuerbach la livre au monde
font un contraste surprenant avec l’attitude inverse des autres. »
(Troisième Manuscrit, « Critique de la dialectique de Hegel et de sa philosophie en
général »)

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur Les besoins humains >