Mon ami Frédéric

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Hans Christian Andersen

Chronologie : Vie &Regards sur les œuvres principales

 

1805 : Hans Christian Andersen naît à Odense, une grande ville danoise.Il vit d’abord une enfance heureuse et choyée, mais son père, un modesteartisan cordonnier, meurt en 1816 au retour des guerres napoléoniennes. Sa mère,une femme presque illettrée et superstitieuse, a dû dans l’intervalle se placercomme blanchisseuse et devient alcoolique. Hans apprend à lire auprès d’unevieille dame du voisinage et fréquente parfois une école privée. Créatif, il s’adonne déjà au théâtre, lit beaucoup de poésie, Shakespeare, et rêve très tôt de gloirelittéraire. Il doit travailler tôt, s’adonner un temps à des tâchesmanuelles, puis à treize ans il entre dans un cours d’éducation religieuseduquel il sort avec sa passion du théâtre intacte.

1819 : Enplein âge d’or du vaudeville danois, Andersen part pour Copenhague avec l’espoir de devenir un auteur célèbre. Il frappeinfructueusement à la porte du Théâtre Royal mais sa voix ayant déjà étéremarquée, il parvient à obtenir gratuitement des cours de chant d’un ténor italien. Il bénéficiera plusieurs fois del’aide de bienfaiteurs frappés par sa singularité. Elle lui permet d’entrerdans une école de danse, de recevoirdes leçons d’art dramatique.

1822 : Alorsqu’il commence à se produire comme comédien au théâtre, Andersen écrit sa première pièce, La Chapelle dans la forêt. Il en propose plusieurs à un membre duThéâtre Royal, qui sont toutes refusées. Le jeune écrivain parvient à faireparaître une scène dans un journal et grâce à son contact du Théâtre Royal, ilobtient une bourse d’études du roiFrédéric VI. Il entre alors dans un collègeoù il a pour camarades de classe des enfants de douze ans. Il y reste jusqu’en1827 tout en poursuivant ses activités d’écriture. Il conservera un souvenirterrible du directeur de l’établissement, qui avait fait de lui sonsouffre-douleur.

1827 : Suite àsa rencontre avec l’important homme de lettres Johan Ludvig Heiberg (1791-1860), Andersen commenceà voir paraître ses poèmes ainsiqu’un récit de voyage dans des journaux. Il commence à connaître unpetit succès en publiant à compte d’auteur son Voyage à pied depuis le canal de Holmenjusqu’à la pointe est d’Amager, un poème en prose dans le goûtfantastique racontant une promenade dans une Copenhague fantasmagorique. Au théâtre en revanche, le vaudeville qu’il donne est sifflé. Sesdivers essais sur la scène théâtrale lui laisseront longtemps un goûtd’amertume. Il connaîtra cependant quelques succès, notamment en 1839 avec levaudeville L’Homme invisible de Sprögo.

En 1830 et 1831 Andersenpublie plusieurs recueils de poèmes.Sujet d’attaques du monde des lettres et bénéficiaire d’une bourse, il voyage àHambourg et Brunswick. À son retour il publie un nouveau récit de voyage, Images d’unvoyage dans le Harz et la Suisse saxonne… pendant l’été 1831, ainsi qued’autres poèmes.

1832 : LeLivre de ma vie (Levnedsbogen) apparaît comme lameilleure œuvre d’Andersen, outre ses contes. Elle permet de comprendre la survivancedu cœur d’enfant en l’écrivain, le manque d’amour dont il a été victime,compensé par celui dont il fécondait ses œuvres. Cet aperçu sur l’homme peutêtre complété par l’abondante correspondance qu’il a tenue. Sa première grandeœuvre poétique, Les Douze Mois de l’année,paraît aussi cette année-là ; il s’agit d’une évocation mièvre etconventionnelle des charmes de la nature. Andersen voyage ensuite à nouveau enAllemagne, puis à Paris, en Suisse, en Italie.

1835 : Commencentà paraître ses Contes pour les enfants (Eventyr fortaltefør Børn) (voir ci-dessous),d’abord sous la forme d’un recueil de cinq histoires. Andersen avait commencéleur rédaction en Italie, et alors qu’il se rêvait dramaturge, poète etromancier, c’est finalement comme conteur qu’il connaîtra la gloire. Sespetites histoires rencontrent en effet immédiatement le succès. Il abandonnera plus tard la fin du titre, « pour les enfants », et affirmeraque ces récits étaient conçus pour tout le monde. Dès lors, il publierarégulièrement des recueils de contes.

Son séjour en Italie ainspiré à Andersen son roman le plus connu, L’Improvisateur, égalementparu cette année-là, qui contient une forte matière autobiographique. Il y estquestion d’Antonio, un jeune Italien possédant le don d’improviser des vers.Comme Andersen, des bienfaiteurs l’aident à acquérir une bonne éducation et lelecteur suit le jeune homme au cours de ses aventures romanesques et amoureuses,dans une Italie typique de la vision qu’en avaient les romantiques étrangers,et racontées sur le ton de la légende. Le roman est traduit dans plusieurs payset lui vaut un beau succès.

Le reste de sa vie,Andersen voyagera beaucoup,notamment à Rome où il retourne plusieurs fois. En Angleterre, il seralonguement hébergé par Dickens, aveclequel il multiplie les points communs : débuts difficiles dans la vie,proximité avec le petit peuple, capacité à dégager du quotidien une matièremerveilleuse. Il étonna souvent ses interlocuteurs par le mélange de vanité et d’humilité qui le caractérisait :attentif à sa réussite dont il se montrait fier, susceptible, sensible auxcritiques comme aux flatteries, il se montrait néanmoins tourmenté, peu sûr delui, avide de se justifier. Il continua d’écrire de nombreuses œuvres, souvent autobiographiques, ainsi que des journaux, des impressions devoyages, des comédies – certaines féeriques –, des vaudevilles en quantité, etmême un livret d’opéra.

1875 : HansChristian Andersen meurt à Dannebrogau Danemark, après avoir finalement connu la gloire dans son pays, au pointd’être fait citoyen d’honneur d’Odense, hommage qu’il goûta fort, et aprèsavoir pu contempler sa statue à Copenhague.

 

Éléments sur l’art de HansChristian Andersen

 

Andersen est un écrivain qui ne défendait aucunethéorie et n’appartenait à aucune école. Pour écrire ses Contes, il s’est beaucoup inspiré des histoires qu’il avaitentendues enfant à Odense, mais aussi d’œuvres littéraires comme Les Mille et Une Nuits, de contestraditionnels scandinaves, de tout un folklorequi parfois venait d’être exhumé par des écrivains contemporains. Une grandepart de sa matière est cependant originale, et même largement autobiographique.S’il conserve la saveur de la tradition populaire, il l’affine et l’infléchitvers une création originale. Contrairementaux frères Grimm, il ne compile pas mais crée véritablement.

Ses histoires mettent en scènes des fleurs, desplantes, des choses inaniméesauxquels il donne la parole de façon très naturelle, ainsi que des animaux.Elles expriment également sont goûtpour le petit peuple et les enfants, leur univers pittoresque. Aucun d’eux ne relèvent d’un fantastique effrayant,aucun n’est sinistre, macabre ou érotique, mais ils apparaissent très souvent pessimistes, désespérés, cependant mus par une croyance en la bonté de l’homme et une grande capacité d’émerveillement. Andersen y traduit souvent le malheur d’être inadapté, développe le motif du destin selon une conception romantique,parle de rêves inassouvis, heurtéspar la réalité. Les histoires obéissent certes à une morale mais naturelle, etles méchants sont parfois oubliés plutôt que punis. Elles sont parcourues d’un humour tendre, et d’un regard quelquepeu satirique parfois, qui lesempêche de verser dans la mièvrerie. Les thèses généralement défendues sontqu’il faut faire preuve d’humilité decœur, accepter la nature et sa propre nature, et même être fier de ce que l’on est. Gentillesse et bonne humeurapparaissent comme des qualités essentielles.

Andersen écrit ses récits dans un style direct, parlé, vif, populaire, mais aussi avec un certainraffinement. Il tourne le dos aux outrances des romantiques, aux hyperboles,aux élégances raffinées, au langage affecté, en faveur de constructions simples, idiomatiques, inspirées par le petit peuple,d’une écriture dépouillée mais forte,capable d’évoquer des images précises dans l’esprit de tous. Ses contesobéissent souvent à une esthétiquethéâtrale dans les dialogues, les répliques ou le découpage des scènes.L’auteur les classait en deux catégories : les eventyr qui contenaientun élément merveilleux, surtout féerique ; et les historier, qui nourrisd’une matière réaliste, voire historique, font néanmoins tout autant preuved’une grande fantaisie.

Andersen a écrit en tout environ cent soixante-dix contes. Parmi les plusconnus figurent Le Vilain Petit Canard,le plus autobiographique, qui fait écho aux échecs et rejets qu’il a connus,notamment au théâtre ; La Bergère etle Ramoneur, qui adapté à l’écran a donné le célèbre dessin animé de PaulGrimault et Jacques Prévert, Le Roi etl’Oiseau ; Les Habits neufs de l’empereur,exemple de conte à ranger parmi les historier ;La Petite Fille aux allumettes, La Princesse au petit pois, La Reine des neiges, La Petite Sirène, Le Briquet, Le Rossignol etl’Empereur de Chine,  ou encore LeStoïque Soldat de plomb.

Les Contesd’Andersen ont été traduits dans près de cent langues. Ce sont les pluspopulaires qui soient, ils le sont davantage que les Mille et Une Nuits par exemple, en raison de leur accessibilitéimmédiate, de leur caractère parfaitement universel.

 

 

« Lelendemain matin, on lui demanda comment elle avait passé la nuit.

– Oh! horriblement mal ! répondit-elle. C’est à peine si j’ai fermé l’œil de la nuit! Dieu sait ce qu’il y avait dans le lit ; c’était quelque chose de dur qui m’arendu la peau toute violette. Quel supplice !

À cetteréponse, on sut qu’elle était une véritable princesse, puisqu’elle avait sentiun pois à travers vingt matelas et vingt édredons.

Quellefemme, sinon une princesse, pouvait avoir la peau si délicate ! »

 

HansChristian Andersen, La Princesse au petitpois, 1835

 

« Etl’enfant alluma une nouvelle allumette, et puis une autre, et enfin tout lepaquet, pour voir la bonne grand-mère le plus longtemps possible. La grand-mèreprit la petite dans ses bras et elle la porta bien haut, en un lieu où il n’yavait plus ni de froid, ni de faim, ni de chagrin : c’était devant letrône de Dieu.

Lelendemain matin, cependant, les passants trouvèrent dans l’encoignure le corpsde la petite, ses joues étaient rouges, elle semblait sourire ; elle étaitmorte de froid, pendant la nuit qui avait apporté à tant d’autres des joies etdes plaisirs. Elle tenait dans sa petite main, toute raidie, les restes brûlésd’un paquet d’allumettes.

Quellesottise ! dit un sans-cœur. Comment a-t-elle pu croire que cela laréchaufferait ? D’autres versèrent des larmes sur l’enfant ; c’estqu’ils ne savaient pas toutes les belles choses qu’elle avait vues pendant lanuit du nouvel an, c’est qu’ils ignoraient que, si elle avait bien souffert,elle goûtait maintenant dans les bras de sa grand-mère la plus doucefélicité. »

 

HansChristian Andersen, La Petite Fille auxallumettes, 1845

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