Mon ami Frédéric

par

L’injustice et la cruauté

L’injusticeet la cruauté sont des éléments constants dans le récit du narrateur. Laréalité de l’holocauste est bien trop horrible pour être contemplée dans sonentièreté, mais les crimes contre les populations juives ne se produisaient pasuniquement dans les camps de concentration. Le récit se concentre sur une formed’agression plus banale en apparence et plus intrusive.

L’épisodeau cours duquel Frédéric est accusé à tort d’avoir brisé les vitres d’unemercerie est un exemple de cette injustice. Malgré les protestations deFrédéric et du narrateur, qui se dénonce, la mercière continue d’accuser les Juifset reproche à Hans de prendre sous sa protection « ce sale Juif ». Cette scène montre bien le manque derationalité absolu et la bêtise de la mentalité antisémite – une mentalité quiaveugle devant la vérité au profit de la haine. Comme on l’a vu plus haut, lapropagande s’inspire d’un acte religieux traditionnel pour arguer d’uncaractère sanguinaire et meurtrier des juifs.

Lesinjustices se poursuivent tout au long des chapitres et deviennent de plus enplus graves. L’exclusion et les marques ostentatoires de reconnaissance n’ensont pas les plus regrettables. La mère de Frédéric est tuée par une bande devandales qui semblent prendre un malin plaisir à détruire les possessions de lafamille juive. Le fait qu’ils détruisent plutôt qu’ils ne volent donne unaperçu du caractère destructeur de cette mentalité.

Lapersécution est absolue et complètement arbitraire, mais de nombreuses victimescontinuent d’espérer que la situation s’améliorera. L’auteur fait un rappelhistorique des nombreuses persécutions contre les Juifs et semble se fonderlà-dessus pour expliquer en partie l’acceptation de la persécution par lespopulations juives. Plus perturbant encore, les Juifs victimes de l’holocaustesont aussi allemands et c’est par attachement national que certains refusent departir, à l’image du père de Frédéric :

« – Voici mes raisons, expliqua M. Schneider ;je suis allemand, ma femme est allemande, mon fils est allemand. Tous nosparents le sont aussi. Que ferions-nous à l’étranger ? Nous accepterait-on ?Croyez-vous qu’ailleurs on regarde les Juifs d’un meilleur œil qu’ici ?D’ailleurs cela finira bien par s’apaiser. »

Maisl’exemple le plus poignant de la cruauté reste la mort de Frédéric. C’est lapremière fois dans le livre que la cruauté atteint de telles proportions.Jusque-là les actes de violence, aussi immondes soient-ils, sont commis àl’encontre de « personnes juives ». Mais le comportement de M. Reschmontre avec éloquence qu’il ne considère même pas le jeune Frédéric comme unêtre humain. Lorsque ce dernier se présente devant l’abri pour fuir le dangerdu bombardement, Resch refuse de le laisser entrer – non par manque de place,ou du fait d’un quelconque risque sécuritaire, mais par pure haine. L’odieuxpropriétaire condamne donc le jeune homme à une mort qu’il décrira plus tardcomme « une chance ».

« – Êtes-vous devenu fou ? Vous ne pouvez toutde même pas chasser ce garçon de la cave pendant un bombardement pareil ?

– Savez-vous à qui vous avez affaire ? protesta M.Resch. À un Juif.

– Et alors ? demanda le militaire avec étonnement.

Quand bien même ce serait un chien galeux, gardez-leici au moins jusqu’à la fin de l’alerte. »

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