Mon ami Frédéric

par

L’évolution de la propagande antisémite

Mon ami Frédéric, comme l’indique le titre, accorde une place importante à l’amitié quinaît entre le narrateur et Frédéric Schneider. Les deux enfants sont nés à unesemaine d’intervalle et ce sont ces naissances rapprochées qui rendent plusintimes deux familles aux réalités sociales bien différentes ; la familledu narrateur est chrétienne tandis que la famille de Frédéric, qui habitel’étage au-dessus, est juive. Malgré ces différences et peut-être parce qu’ilsn’en ont pas absolument conscience, Frédéric et le narrateur se lient d’amitiéavec une simplicité dont seuls peuvent témoigner les enfants. La relation entreles deux enfants est décrite de façon chronologique, à travers des souvenirs dunarrateur. Ces souvenirs servent de témoignages authentiques de l’évolution del’amitié, mais surtout de l’avancée de la propagande nazie, de son influence surla vie des protagonistes et leur amitié. Les enfants prennent progressivementconscience des nombreuses barrières que leur amitié leur avait fait franchir.

Laprise de conscience commence lentement, lorsque M. Resch traite Frédéric de« sale petit juif ». L’épisode est presque anodin. Seul le mouvementde recul de la mère du narrateur et son ordre de s’éloigner de la fenêtretémoigne de son choc face à l’agression verbale. Mais le narrateur ne prendréellement conscience de l’animosité à l’encontre des Juifs qu’avec la visiteun an plus tard de son grand-père. Il est intéressant de constater que l’antipathiedu grand-père pour les Juifs ne semble être motivée que par ses croyancesreligieuses. Ainsi, lorsqu’il raconte l’anecdote du conseiller Cohn qui étaitjuif, il ne critique en rien sa méthode de travail ou son intégrité. Le seulreproche est d’être juif. L’interdiction formelle du grand-père de laisser lenarrateur fréquenter le fils d’une famille juive est la première véritablebarrière qui se dresse entre les amis.

« Nous sommes chrétiens. Il ne faut pas oublierque ce sont les Juifs qui ont mis le Christ en croix.

Papa risqua une timide réflexion :

— Pas les Schneider tout de même.

Maman pâlit. Grand-père se leva, prit appui sur latable et, d’un ton sec, en me montrant du doigt :

— J’entends, dit-il, que cet enfant n’ait plus aucunrapport avec ce Juif. »

Àpartir de ce moment, les clichés de la mémoire du narrateur sont plus riches enexemples de l’antisémitisme qui se propageait alors. Le narrateur prendconscience du traitement différent réservé aux Juifs : les enseignesmarquées de rouge par le mot « juif », l’interdiction de faire sescourses dans les boutiques de Juifs, l’endoctrinement dans les écoles,l’obligation d’aller dans des écoles différentes, l’interdiction de se rendreau cinéma, l’obligation de porter l’étoile jaune, les couvre-feux et ainsi desuite. Les deux enfants, du même âge, habitant le même immeuble, sont traités demanière très différente, et ce décalage entre les traitements qui leur sontréservés force le narrateur à associer dans son esprit les notions de juif etde différence. La famille du narrateur qui n’avait que peu de ressources audépart commence à profiter d’une bonne fortune lorsque le père de famille s’affilieau parti nazi. Parallèlement, les Schneider perdent progressivement tout ce qu’ilspossèdent sur ordre de l’État. On découvre la propagande nazie et la contagionde la mentalité de toutes les couches de la population :

« le Juif ne connaît pas de pitié. Avec larapidité de l’éclair il lui plonge le couteau dans le cou, le sang jaillit,tout est souillé, la bête se démène furieusement, ses yeux sont révulsésd’angoisse… Le Juif impitoyable n’abrège pas les souffrances de l’animalsanglant, il s’en repaît, il lui faut du sang, il est là, il regarde l’animalpeu à peu exsangue périr misérablement… Voilà ce qu’on appelle un sacrifice…ainsi le veut le Dieu des Juifs. »

Ainsi,l’auteur met l’accent sur ces différences, sur la croissance graduelle d’uncomportement occasionnel en norme sociale. Le fait que les événements sontrelatés par un enfant accentue la brutalité des scènes d’injustice, de violenceet de cruauté. La perspective de l’enfant permet aussi de montrer l’attrait dela violence et le sentiment d’appartenance qu’offrait la propagande haineuse dunazisme. En effet, bien que son meilleur ami soit juif, le jeune Hans se laisseentraîner dans un acte de vandalisme contre des Juifs. 

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