Nedjma

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L’importance du sang dans Nedjma

a. Le sang comme facteur de cohésion

Le sang qui coule dans les veines de chaque personnage du livre est un élément important. Tous se reconnaissent descendants de Keblout et ont conscience que cette ascendance les rend spéciaux ; ils désirent la préserver en se gardant de se mélanger avec n’importe qui à l’occasion de leurs unions. À tel point que l’auteur écrit : « pourvu que demeure l'ancienne pudeur du clan, du sang farouchement accumulé par les chefs de file et les nomades séparés de leur caravane, réfugiés dans ces villes du littoral où les rescapés se reconnaissent et s'associent, s'emparent du commerce et de la bureaucratie avec une patience séculaire, et ne se marient qu'entre eux, chaque famille maintenant ses fils et ses filles inexorablement accouplés, comme un attelage égyptien portant les armes et les principes évanouis d'un ancêtre. »

Ce sang sacré qui coule dans leurs veines est l’élément qui maintient la cohésion du groupe et donne à tous l’envie de se battre pour une cause qui les dépasse tous et que tous placent au-dessus d’eux : le triomphe du sang. Cet impératif sacré dicte chacune de leurs actions ; aussi, Nedjma ne se marie-t-elle pas par amour, mais plutôt parce que sa mère l’exige, un peu comme une réparation de la faute qui la poussa à se donner à un étranger au clan avec qui elle eut la jeune fille.

Ce dévouement au sang, ce principe supérieur, n’est ici qu’une métaphore qu’emploie l’auteur pour indiquer qu’il faut se donner soi-même à sa patrie.

b. Le sang comme facteur d’oppression.

Cependant, l’appartenance au même clan et le partage du même sang ne sont pas seulement des facteurs de cohésion, mais aussi d’oppression, puisque cette appartenance clanique tue l’individu et le contraint à n’agir qu’en fonction du groupe. Mais tous reviennent vers le clan, et ceci en dépit de l’oppression qu’ils y subissent.

Si l’on s’inscrit dans la droite ligne du raisonnement métaphorique qu’est celui de Yacine Kateb, la nation ne doit être en aucun cas abandonnée, même si elle ne constitue pas un terrain favorable à l’éclosion de nos rêves et même si nos désirs sont impossibles à réaliser lorsque l’on reste dans son pays. Cette position, Yacine a eu plus d’une fois l’occasion de démontrer qu’elle n’était pas le produit d’une gymnastique purement intellectuelle, mais une conviction profonde. Ainsi s’installe-t-il en Algérie après l’indépendance, militant pour l’apparition d’un théâtre national de langue arabe.

Bien auparavant déjà, Yacine Kateb avait fait la preuve de son engagement en luttant contre le colonialisme par le biais de sa plume. C’est donc à cette prise de position qu’il invite le lecteur quand il laisse la question d’un éventuel amour entre cousins en suspens, car on peut y lire le signe que, dans la conviction de l’auteur, en Afrique et en Afrique en particulier, on peut vivre autrement, même s’il faut affronter la peur, car au-dessus de nos craintes se trouve la nation, que nous devons aimer selon lui et contribuer à diriger avec doigté.

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