Oliver Twist

par

Les limites de la justice

La justice est abordée de plusieurs façons dans Oliver Twist. À la fin du roman, presque tous les personnages ont été confrontés à une forme ou une autre de justice. Mais cette justice se manifeste souvent hors du cadre judiciaire prévu par la loi, lequel, peu performant, manque de peu de faire d’Oliver une victime innocente. Le juge qui prend les souffrances d’Oliver pour de la comédie incarne ainsi les faiblesses de l’institution judiciaire. En effet, le juge censé incarner la loi ne peut être entièrement impartial ; et, dans le cas d’Oliver, il participe à l’erreur judiciaire. Toutefois, l’une des formes de la justice les plus intéressantes que met en scène Charles Dickens est celle qui touche les personnages amoraux et les criminels.

M. Bumble épouse Mme Corney dans l’espoir de profiter de sa situation financière. Toutefois, c’est justement parce qu’il l’a épousée qu’il est plus tard précipité dans la pauvreté. Il devient l’un des pauvres à « jouir » de la charité de l’hospice paroissial où il avait été tout puissant. Monks quant à lui cherche à corrompre Oliver pour le priver de sa part d’héritage. Pourtant, lorsqu’il reçoit finalement une part dudit héritage, la gestion qu’il en fait le conduit en prison où il finit par mourir. Fagin qui régnait par la peur sur les orphelins qu’il exploitait finit par devenir la proie d’une peur encore plus grande. Lorsqu’il est condamné à mort, il passe ses derniers instants à craindre sa fin plutôt qu’à se repentir. Bill Sikes pour sa part se donne accidentellement la mort. Sa fin a l’apparence d’une rétribution car il pense voir les yeux de sa dernière victime au moment où il est victime de son accident mortel.

« Monks garda son nom d’emprunt, partit pour l’Amérique, où il dissipa bientôt ses ressources, retomba dans ses anciens déportements, et, après avoir subi une longue détention pour quelques nouvelles escroqueries, fut repris d’un accès de sa maladie d’autrefois, et mourut en prison.

Les principaux membres de la bande de Fagin moururent aussi misérablement, loin de leur patrie. »

Ainsi, les personnages semblent in fine affligés par les mauvais penchants qui leur avaient plus tôt permis de prospérer. Il apparaît que la cupidité conduit à la pauvreté, que la peur se retourne contre celui qui en avait fait son arme, et ainsi de suite.

De même que les criminels semblent recevoir une punition pour leurs crimes, les victimes qui parviennent à rester pures reçoivent une récompense satisfaisante – surtout Oliver. Il est l’exception à la règle de la vie dans la rue. Contrairement aux autres jeunes exploités par Fagin, Oliver reste honnête. L’on peut ici établir un parallèle entre Nancy et lui. Tandis que le jeune garçon parvient à rester digne, Nancy sombre dans la perversion par la faute de Fagin et de Bill Sikes – signe peut-être que la femme est encore plus fragilisée que l’homme de par sa position d’infériorité essentielle dans l’esprit de quasiment tous les hommes de l’époque. Certes, elle n’est pas entièrement corrompue et ne trouve aucune satisfaction dans le mode de vie qu’elle mène, mais alors qu’Oliver voit sa situation s’améliorer et parvient à s’extirper du malheureux destin auquel il semblait promis, Nancy trouve la mort – signe de l’arbitraire qui sévit quand la société ne prend pas en charge une partie de la misère engendrée par le système qui la soutient, et lorsque même la loi, servie par des hommes parfois injustes, faillit dans sa mission de rééquilibrage des inégalités.

« M. Brownlow adopta Olivier pour son fils et vint s’établir avec lui et sa vieille ménagère à moins d’un mille du presbytère où demeuraient ses bons amis ; il combla ainsi le seul vœu que pût former encore le cœur dévoué et reconnaissant d’Olivier, et ils formèrent une petite société étroitement unie et aussi heureuse qu’il est possible de l’être ici-bas. »

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