Oliver Twist

par

Une critique de la nouvelle loi sur les pauvres de 1834

La nouvelle loi sur les pauvres est une mesure législativemise en application en Angleterre en 1834, qui faisait des hospices paroissiauxle moyen exclusif d’assistance aux pauvres. Notons qu’à cette époque, lasociété anglaise percevait le travail comme une vertu : ceux qui semontraient incapables de trouver un travail et d’être autonomes étaient donc,aux yeux de la société, des fardeaux dont il fallait décourager les mauvaispenchants ; la paresse et l’oisiveté qu’on leur supposait devaient êtrecombattues. À cette fin, les hospices paroissiaux étaient conçus pour êtreaussi traumatiques que possibles. Toute personne dépendant de la charité devaitêtre découragée de vouloir y recourir. Maris et femmes étaient séparés à leurarrivée afin qu’ils ne fassent pas plus d’enfants pauvres ; les mères éloignéesde leurs enfants pour qu’elles ne leur inculquent pas plus de mauvais penchants.L’État devenait d’office le tuteur de tout enfant arrivant dans un hospiceparoissial, qu’il soit orphelin ou non. Cette loi qui à la base visait àpromouvoir les vertus du travail devenait une loi opprimante à l’endroit desplus fragiles – femmes et enfants.

OliverTwist est un témoignage du fonctionnement deces hospices paroissiaux. Le gouvernement et les institutions religieuses partaientdu principe que la pauvreté était la conséquence de la paresse. Mais le romanmontre que beaucoup étaient incapables de subvenir à leurs besoins en raisondes dislocations économiques causées par la révolution industrielle. Leshospices paroissiaux ne servaient de fait qu’à tourmenter les pauvres sans leurdonner les moyens d’améliorer leur situation socialement ou économiquement. Unaspect particulièrement bien représenté dans le récit est l’administrationmalheureuse desdits hospices. Il arrivait que ceux qui en avaient la chargeviolent les principes qu’ils étaient censés enseigner. Les fonctionnairescorrompus, paresseux, arrogants et hypocrites tels que M. Bumble et Mme Mannincarnent la faillite de ce système qui reproduisait honteusement lescirconstances auxquelles les pauvres croyaient échapper en se rendant dans leshospices.

« Lavieille femme était pleine de sagesse et d’expérience ; elle savait ce quiconvenait aux enfants, et se rendait parfaitement compte de ce qui luiconvenait à elle-même : en conséquence, elle fit servir à son propre usagela plus grande partie du secours hebdomadaire, et réduisit la petite générationde la paroisse à un régime encore plus maigre que celui qu’on lui allouait dansla maison de refuge où Olivier était né. Car la bonne dame reculait prudemmentles limites extrêmes de l’économie, et se montrait philosophe consommée dans lapratique expérimentale de la vie. »

Charles Dickens décrit avec force sarcasme les mesurespleines de « sagesse et d’unephilosophie profonde » qui ont donné naissance aux dépôts de mendicitéoù les pauvres pouvaient vivre sans avoir à payer quoi que ce soit, et ceindéfiniment. Toutefois, l’auteur ne fait pas de la nouvelle loi sur lespauvres la seule cause du traitement inhumain auquel les pauvres sont soumis.Les dirigeants des hospices paroissiaux et même des institutions juridiquessont perçus comme des personnages cruels envers les plus démunis. M. Bumble enest un des visages. Mais cette cruauté omniprésente semble provenir de tous lespersonnages ayant une position de pouvoir ; l’exemple des membres duconseil d’administration de l’hospice paroissial est éloquent à cet égard. Bienqu’ils restent anonymes, ils représentent la hiérarchie d’une bureaucratiepervertie qui tourmente systématiquement les pauvres.

« Les membres du conseild’administration étaient des hommes pleins de sagesse et d’une philosophieprofonde : en fixant leur attention sur le dépôt de mendicité, ils avaientdécouvert tout à coup ce que des esprits vulgaires n’eussent jamais aperçu, queles pauvres s’y plaisaient ! C’était pour les classes pauvres un séjour pleind’agrément, une taverne où l’on n’avait rien à payer, où l’on avait toutel’année le déjeuner, le dîner, le thé et le souper ; c’était un véritableÉlysée de briques et de mortier, où l’on n’avait qu’à jouir sans travailler.

“Oh ! Oh ! Se dit le conseil d’un airmalin ; nous sommes gens à remettre les choses en ordre ; nous allonsfaire cesser cela tout de suite.” Sur ce ils posèrent en principe que lespauvres auraient le choix (car on ne forçait personne, bien entendu) de mourirde faim lentement s’ils restaient au dépôt, ou tout d’un coup s’ils ensortaient. »

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