Oliver Twist

par

L’impuissance des femmes et des enfants

Charles Dickens s’intéresse particulièrement au sort desfemmes et des enfants. Ayant lui-même eu à travailler dans un atelier sordidedans sa jeunesse, il multiplie les observations précises sur l’impuissance desplus fragiles. En effet, Oliver est constamment dépendant de la bonne volontédes autres, qu’il s’agisse de M. Bumble, de Fagin, de Nancy ; ou malmené parSikes ou les foules. Bien qu’il travaille très dur pour survivre, c’estuniquement après avoir été recueilli par des adultes riches et puissants qu’il peutéchapper à l’immoralité et au danger de sa vie quotidienne, ce qui montre lagrande importance du facteur chance dans une société où travail et mérite nepaient pas.

Non seulement Oliver est-il continuellement forcé de fairedes choses contre son gré, mais il se voit toujours incompris et sous-estimépar les adultes qui l’entourent. Avant sa rencontre avec M. Brownlow, lesadultes qu’il fréquentait au quotidien avaient une emprise absolue sur sonexistence ; soit ils se montraient incapables de l’écouter ou de lecomprendre, soit ils s’y montraient peu disposés. Exemple marquant, lors de sonprocès, le jeune Oliver perd la faculté de parler lors del’interrogatoire ; un nom lui est alors attribué d’office, tout comme s’iln’avait aucun droit et ne méritait aucune considération.

« Olivier essaya de répondre, maisla voix lui manqua ; il était pâle comme la mort, et il lui semblait que lasalle tournait autour de lui.

“Ton nom, petit vaurien ? dit Fangd’une voix de tonnerre. Officier ! Quel est son nom ?”

Ces paroles s’adressaient à un grosbonhomme à gilet rayé, qui se tenait près de la barre ; il se pencha versOlivier et répéta la question, mais voyant que l’enfant était hors d’état derépondre et sentant que ce silence ne ferait qu’exaspérer le magistrat etrendre la sentence plus sévère, il répondit au hasard :

“Il dit qu’il s’appelle Tom White,monsieur le magistrat.

– Il refuse de parler, n’est-ce pas ?dit Fang ; très bien, très bien. Où demeure-t-il ?

– Où il peut, monsieur lemagistrat, répondit encore l’officier de police, comme s’il transmettait laréponse d’Olivier.

– A-t-il des parents ? demanda M. Fang.

– Il dit qu’il les a perdus dès son enfance,monsieur le magistrat”, continua l’officier de la même manière. »

Même ses déclarations les plus directes sont ignorées oùincomprises. Lorsqu’il demande à avoir de l’eau, les adultes pensent qu’ils’agit là de grimaces. Mais, lorsqu’il est mis en présence d’adultes disposés àl’écouter, Oliver devient capable d’influer sur sa propre existence.

À l’image des enfants, les femmes apparaissent entièrement àla merci des hommes. Chaque fois qu’elles souhaitent accomplir le moindre acte,elles doivent demander la permission à une figure d’autorité. Rose par exemple doitse tourner vers M. Brownlow et M. Losberne même lorsqu’elle envisage des actesqui rencontrent une évidence en elle, en l’occurrence lorsqu’il s’agit desauver Oliver. Le personnage de Nancy est un autre exemple plus cru de cettetutelle. En tant que prostituée, elle se trouve de fait dans une situation dedépendance. Elle dépend des hommes pour sa protection et pour gagner son pain. Dansson cas, la dépendance atteint des extrêmes, tout comme ses conséquences :le fait d’avoir désobéi et œuvré en faveur d’Oliver – même indirectement – luicoûte la vie.

Tout au long de sa vie, Nancy paraît avoir été conduite à laperversion malgré elle. Orpheline, elle grandit dans la rue et devientdépendante de Sikes et de Fagin. Le roman montre que c’est la rencontre decertains hommes qui l’ont guidée à devenir ce qu’elle est.

« –Moi-même. Je suis la misérable créature dont vous avez entendu parler. C’estmoi qui vis au milieu des brigands ; jamais, aussi loin que vont messouvenirs, je n’ai eu d’autre existence ! Jamais je n’ai entendu de plusdouces paroles que celles qu’ils m’ont adressées ! […] Ô chère demoiselle! s’écria la jeune fille, remerciez le ciel à genoux de ce qu’il vous a donnédes amis pour surveiller et soigner votre enfance ! Remerciez-le bien de nevous avoir pas exposée au froid, à la faim, à une vie de désordre et dedébauche, et à quelque chose de pire encore, comme cela m’est arrivé à moi,depuis le berceau. Oui, depuis le berceau, je peux bien le dire. Le ruisseaud’une allée, voilà mon berceau, et probablement ce sera aussi mon lit de mort. »

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