Oscar et la dame rose

par

L’acheminement vers la dimension mystique

Par le biais de Mamie-Rose, Oscar découvre en Dieu une aide inattendue et un réconfort tout particulier dans l’écriture de ses lettres. Mais le chemin est cependant long avant que le petit garçon n’accepte véritablement sa croyance et l’utilise ensuite pour son propre bienfait. Au départ, il n’écrit à Dieu que pour faire plaisir à la dame rose qui, elle, est croyante. Élevé dans une famille athée, il pense que Dieu n’est qu’un personnage de contes de fées et l’assimile à un père Noël à qui l’on adresse des vœux, mais qui ne les exauce pas. Cependant, son amour pour Mamie-Rose, et le fait que celle-ci, bien que croyante, ne néglige pas la naissance de ses sentiments adolescents pour Peggy Blue, et connaisse le divertissement et l’excitation que peuvent procurer les matchs de catch qu’elle lui narrent, montrent à Oscar qu’on peut croire en Dieu d’une manière vivante et active, sans être toujours dans l’attente passive d’un rêve qui ne s’exauce pas.

Il commence donc à écrire à Dieu de mauvaise grâce, mais son rapport change totalement lorsqu’il dit recevoir une réponse de celui-ci : alors, il découvre tout un nouveau champ de perspectives, un confident adéquat et réactif, mais sans pour autant porteur d’un jugement de valeur sur sa conduite.

De plus, Oscar se rend compte que croire en Dieu le satisfait, l’apaise et le réconforte. Il commence à se rendre compte que Mamie-Rose a raison quand elle lui dit : « chaque fois que tu croiras en lui, il existera un peu plus. Si tu persistes, il existera complètement. Alors, il te fera du bien. »Ainsi, Oscar franchit de plus en plus d’étapes, se rendant à la chapelle, tentant de communiquer avec Dieu. Ces visites créent enclenchant en lui un processus de naissance d’une foi chrétienne qui s’affirme de plus en plus et le rend plus apte à envisager sereinement sa maladie.

Enfin, Dieu devient un ami, un confident. Oscar, qui n’ose pas parler directement de ses amours avec Peggy Blue à Mamie-Rose, s’adresse tout d’abord à Dieu en lui racontant ses émois. La réconciliation avec ses parents atteste encore plus l’existence de Dieu pour Oscar qui désirait sincèrement un beau cadeau pour Noël. Même si sa confiance en l’être suprême se trouve ébranlée lorsque Peggy Blue sort de l’hôpital et que la nouvelle de sa mort prochaine tombe, il retrouve néanmoins la foi quand il sent la présence de Dieu à son côté.

Désormais armé pour affronter la mort, Oscar n’a plus peur et trouve dans la religion un moyen de vaincre ses craintes et de partir de ce monde libéré de tout remords et de toute rancœur.

Le récit d’une conversion au christianisme est peu commun chez un enfant en littérature, mais n’oublions pas qu’Oscar vit là une vie en accéléré, et l’histoire, en quelques jours, devient suffisante pour illustrer le réconfort de la foi dès lors qu’on sait la fin tragique d’Oscar inévitable. Le dispositif du récit, situé entre les murs d’un hôpital, rend donc cette conversion encore plus frappante, mais Éric-Emmanuel Schmitt encourt là une nouvelle fois le reproche d’une utilisation facile d’éléments pathétiques. Il évoque néanmoins un quotidien réel d’une façon originale et sait créer des personnages attachants propres à aborder le christianisme d’une façon à la fois légère et tragique, et d’un angle athéiste, quelque part « sans illusion » au fond, et même « utilitariste », puisqu’Oscar trouve d’abord l’existence d’un Dieu aberrante, et que Mamie-Rose, qui se fait ici « missionnaire », ne cultive là, en réalité, ce qui n’est pour elle qu’un mensonge, mais qu’elle sait balsamique en ces circonstances.

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur L’acheminement vers la dimension mystique >