Oscar et la dame rose

par

Une correspondance à sens unique sur le ton de la confidence

On peut qualifier Oscar et la Dame Rose de roman épistolaire à voix unique. En effet,la nouvelle est constituée du récit d’Oscar narré par celui-ci à travers leslettres qu’il écrit quotidiennement à Dieu, afin d’apaiser ses peurs et sarancœur. Le récit est constitué de quatorze lettres.

Si Oscar est l’auteur des treize premières, ladernière est écrite par Mamie-Rose et annonce au lecteur la mort du petitgarçon. Ce choix narratif est très judicieux car fidèle et spontané, tel lepetit garçon qu’est Oscar, contraint de vivre dans un hôpital en attendant sondécès imminent. Le lecteur est donc transporté dans cet univers si particulierqu’est le monde hospitalier du point de vue des enfants, convié à vivre aveceux les moments de joie qui restent possibles au milieu d’un environnementdramatique, et ce directement par le biais du héros et non par un narrateurexterne, qui ne pourrait pas rendre aussi précisément et avec autant dejustesse les émotions du petit garçon et le lien intime qu’il crée avec Dieu.

En effet, l’intérêt du choix de cedestinataire est de libérer Oscar de toute crainte d’être lu par quelqu’und’autre, et ceci confère à l’écriture un ton d’intimité et de sincérité que lenarrateur ne pourrait pas se permettre s’il écrivait à une personne réelle, ous’il se confiait simplement à un parent ou un ami. L’enfant, plein de rancœurenvers ses parents qu’il qualifie de « lâches », choisit donc commeexutoire, sur une suggestion de Mamie-Rose, la correspondance avec une entitéqui ne commentera pas ses états d’âmes, qui ne se montrera ni critique niréfractaire à ses pensées.

Le lecteur est donc placé comme intermédiaireentre Oscar et Dieu. Il s’immisce dans la conversation, tout en remplissantégalement et précisément la fonction recherchée par Oscar : celle d’unlecteur silencieux, anonyme, qui peut être n’importe qui mais qui écoute etprend en compte les pensées du jeune garçon. Ainsi, le genre épistolaire, lacorrespondance avec une entité divine se change en confession adressée aulecteur et un rapport de proximité très fort se crée entre le personnage du patientmalade et le lecteur touché par son récit.

Cette forme épistolaire n’a pas uniquementpour but de raconter les pensées du garçon. En effet, c’est toute sa vie, lesévénements de son quotidien, les jeux avec les autres enfants, la présence deMamie-Rose, que raconte Oscar dans ses lettres. Il se présente directement àson interlocuteur et engage le récit sur ces mots : « Je m’appelleOscar, j’ai dix ans, j’ai foutu le feu au chat… ». Dès la première ligne,le lecteur sait donc que le roman ne revêtira pas l’aspect d’une confidencecérémonieuse, mais sera écrit sur un ton spontané et enfantin. D’ailleurs,Oscar est au départ rétif à l’idée de converser avec ce personnage auquel il necroit pas du tout : il affirme n’avoir jamais adressé la parole à Dieu, dufait qu’il n’a jamais cru à son existence. Il considère même l’écriture commeun devoir pénible, harassant, et explique à Dieu qu’il ne s’attelle à une telletâche que lorsqu’il y est obligé. C’est donc de mauvaise grâce qu’il commencele récit ; cependant, le lecteur peut d’ores et déjà voir à quel pointOscar est un enfant cherchant à se rassurer et à nier sa maladie : ilattache une grande importance à préciser que ce début de correspondance relèved’une pratique et d’une croyance vraiment inhabituelles pour lui, mais l’actionmême de le faire au détriment de ses paroles montre bien ce besoin de défense qu’engendresa peur de la mort.

La forme épistolaire se fait même concrètementun reflet de l’état de santé d’Oscar ; ainsi la longueur des lettres fluctueselon que le garçon se porte plus ou moins bien. Plus il s’achemine vers lamort, plus elles deviennent courtes et montrent un ton résolu. Le ton restedonc celui de la sincérité malgré une forme factice. Une lettre est toujoursl’occasion de présenter la réalité sous le jour que l’on veut, mais legarçonnet est bien loin de vouloir distordre ce qu’il est et ce qu’est sonquotidien.

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