Pépé la Boulange

par

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Yvon Mauffret

Chronologie : Vie &
Regards sur les œuvres principales

 

1927 : Yvon Mauffret naît à Lorient dans le Morbihan. Son père, capitaine dans la marine marchande selon la
tradition familiale, mais aussi pilote dans le port de Lorient, lui transmet par
ses récits le goût de la mer, du voyage, des horizons
lointains
mais aussi de la Bretagne.
Son adolescence est marquée par la Seconde Guerre mondiale, qu’il évoquera dans
plusieurs récits.

1944 : Après son baccalauréat, Yvon
Mauffret travaillera lui-même sur un bateau en tant que secrétaire de bord. Il voyagera
beaucoup
, parcourra presque toutes les mers du monde avant de s’installer pour
quelques années à Paris. Là, il multiplie
les métiers, fait des rencontres marquantes et entame sa carrière littéraire par
la publication d’un livre pour enfants en 1957,
Capitaine Juliette.

Yvon Mauffret s’installera plus tard dans la presqu’île de Rhuys, dans le Morbihan, et cumulera avec ses
activités de romancier celles de scénariste de bandes dessinées et de journaliste.
Il publiera notamment sous le pseudonyme
d’Yvan Rhuys
de petits romans à
suivre
dans les journaux de jeunesse comme Champion, Pierrot et Lisette.

1967 : Dans Le Trésor du menhir, la passion d’Yvon Mauffret pour sa région
natale est palpable. Il raconte l’histoire de Ronan, un garçon de quatorze ans
obligé de quitter le lycée de Vannes où pourtant ses études lui plaisent pour
vivre sur la presqu’île de Rhuys
avec son grand-père, pépé Jean-Jacques, qui ne peut vivre seul. Alors qu’il
apparaît destiné à devenir marin, comme son père et son grand-père, son
existence va se trouver bouleversée par la découverte
d’un menhir et d’une pierre polie mystérieuse suite au
déracinement d’un arbre, mais aussi le sauvetage en mer d’une jeune fille, Domitilla.
En effet, celle-ci est la fille d’un savant
archéologue
dont Ronan, passionné d’archéologie, se gagne l’amitié. Il va
finalement avoir la chance, comme son camarade Vincent, de poursuivre ses études. L’auteur livre là un ouvrage bien documenté, qui peut initier l’enfant,
dès neuf ans, à la langue bretonne
et au vocabulaire des marins.

1982 : Avec Une audacieuse expédition, œuvre qui reparaîtra en 2004 sous le
titre Les Oignons de la fortune, Yvon Mauffret initie le jeune
lecteur au dur métier de ces « paysans de la mer » qu’on appelait des
« Johnnies », et ce à
travers le parcours d’un jeune garçon auquel il peut s’identifier. Saïk n’a que onze ans, mais comme son
père, marin, est parti pour plusieurs mois à la chasse à la baleine, et que sa
famille, qui vit à Roscoff, dans le Finistère, rencontre des difficultés, il
décide de se faire embaucher en tant que Johnny lui-même et de partir pour le pays de Galles vendre des oignons roses. Il s’agit donc pour l’enfant d’un parcours initiatique puisqu’il
apprendra un dur métier, mais aussi la solidarité auprès de ses compagnons de
route. L’œuvre invite également l’enfant à faire preuve de tolérance vis-à-vis de la différence car Saïk cumule les difficultés :
il est bègue.

1984 : Dans Au revoir Fénimore, livre pour les enfants de sept à onze ans, Yvon
Mauffret reprend la fameuse légende du
monstre du Loch Ness
, mais non pour en faire « un conte qui fait
peur », mais plutôt une histoire tendre entre Peggy, une jeune bergère
habituée à mener ses boutons près d’un loch – c’est-à-dire un lac écossais –,
et un immense serpent de mer. Le monstre, survivant de la préhistoire,
s’exprime en anglais, et s’il effraie d’abord quelque peu la fillette, qui
s’avère très curieuse, ainsi que son chien Bag-Pipe et ses moutons, il apparaît
en réalité inoffensif.

1988 : Le roman Mon journal de guerre peut initier d’une façon originale le
lecteur jeune à l’histoire de la Seconde
Guerre mondiale
à travers le regard de Thomas, un adolescent de treize ans
dont le père est retenu prisonnier en Allemagne depuis deux ans. Celui-ci lui
demande de le ternir informé de leur vie en France – Thomas vit avec sa mère et
sa sœur –, et dès lors le garçon commence, en 1942, à tenir un journal où se lit une histoire vécue de la guerre,
au plus près du quotidien : les
difficultés de ravitaillement, les bombardements, les espoirs et les
craintes, les arrestations, notamment
celle du professeur de français de Thomas, la déportation d’un camarade juif et de sa famille, la réquisition du collège pour en faire un
hôpital militaire, ou encore l’aide aux réfractaires au STO (le service du
travail obligatoire dans des camps de travail allemands).

2003 : Un été entre deux feux parle une nouvelle fois de la Seconde Guerre mondiale qui avait
marqué Yvon Mauffret adolescent. L’auteur évoque plus précisément dans cet
ouvrage le moment de la débâcle de
l’armée française et de l’exode qui
s’est ensuivi en juin 1940. Mauffret
fait ici se croiser le parcours de deux adolescents issus de milieux sociaux différents : Jeanne, qui après un bombardement se
trouve séparée de sa famille qui fuyait la capitale en voiture, et Lucien, parti sur les routes avec sa
grand-mère à vélo. Les deux adolescents vont se réfugier dans une forêt de
Sologne et chercher ensemble de l’aide. L’écrivain prend soin de faire sentir
les progrès des liens qui se nouent en des temps difficiles entre deux jeunes gens
devant faire face à l’adversité.

2011 : Yvon Mauffret meurt à
l’âge de quatre-vingt-quatre ans. Toute son œuvre apparaît marquée par sa
région d’origine, l’univers maritime (Le
Mousse du bateau perdu
, 1973 ; Le
Chemin du large
, 1975 ; Belle-Île,
Houat et Hoedic
, 1978 ; Les
Naufragés de Douarnenez
, 1979 ;
Kerguelen, amiral et corsaire, 1986 ; Un Homme à la mer, 1987 ; La Mer racontée
aux enfants
, 2002
), mais aussi les animaux (Anatole France et l’Albatros,
1970 ; Quisifrott le hérisson
voyageur
, 1974 ; Pour un petit
chien gris
, 1981 ; Les Animaux
de minuit
, 1987 ; Le Cheval dans
la maison
, 1997).

 

 

« Tu sais, mon gars, lorsque autrefois nous étions pris dans
les grands calmes plats de l’équateur, le bateau demeurait des jours et des
jours, des semaines parfois, sans avancer ! Le coq jetait des déchets à la mer
le matin et, le soir, il les retrouvait à la même place. Les voiles pendaient
lamentablement le long des vergues. C’était terrible ! Bien plus débilitant
qu’un coup de tabac ! On avait l’impression d’être prisonniers de l’infini. On
se disait : “Jamais plus il n’y aura de vent sur l’océan !” On le disait, mais
dans le fond on savait bien qu’un jour ou l’autre, le lendemain, la semaine
prochaine, il finirait par revenir, le vieux brigand ! Le capitaine passait ses
journées sur la dunette en sifflotant doucement d’une manière très
particulière. Il appelait le vent, Ronan, et le vent effectivement se décidait
à souffler à nouveau. Les voiles se gonflaient miraculeusement, le bateau
reprenait sa gîte et l’équipage retrouvait son moral… Le vent était
revenu. »

 

Yvon Mauffret, Le Trésor du menhir, 1967

 

« Donc, ce jour-là, comme tous les jours, Peggy était assise
sur un bloc de pierre grise, juste devant le loch. Les moutons broutaient.
[…] Peggy suivait, non sans angoisse, les évolutions d’une abeille en
espérant qu’aucun oiseau gobeur d’insectes ne passerait par là. Ouf !
l’abeille saine et sauve venait de disparaître parmi les fleurs qui
s’épanouissaient le long des rives et Peggy allait se mettre à la recherche
d’un autre spectacle. L
orsque… Lorsque !
Elle le vit. S’il s’était agi de l’apparition d’un quelconque poisson même d’un
gros, du vol d’un martin-pêcheur ou de celui d’un aigle, du passage d’un
bateau, de la baignade d’un cerf ou d’un sanglier, cela aurait été facile à
raconter. Mais c’était tout autre chose ! Et tellement inattendu,
tellement extraordinaire que Peggy Mac Lane en resta la bouche grande ouverte,
que Bag-Pipe s’enfuit la queue entre les pattes et que les moutons
s’égaillèrent vers la montagne. »

 

Yvon Mauffret, Au revoir Fénimore, 1984

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