Poèmes barbares

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Résumé

Leconte de Lisle est un poète français célèbre du XIXème siècle. Bien que ses grands contemporains comme Victor Hugo et Arthur Rimbaud étaient des adeptes du romantisme, Leconte de Lisle voulait prendre une toute autre direction, d’où la fondation de son école dite « parnassienne » dont il était à la tête. Le but du mouvement parnassien était de s’opposer au romantisme, aux sentiments et de se baser sur la science, guidée par la raison. Selon lui, la littérature parnassienne était également caractérisée par l’impersonnalité. Autrement dit, le poète ne devait pas être impliqué dans les travaux littéraires. De par ce fait, il n’y a pas ou très peu de « larmoyants » passages ou d’autobiographies dans les chefs-d’œuvre de Leconte de Lisle.

L’un des chefs-d’œuvre les plus remarquables de Leconte de Lisle est Poèmes barbares, un recueil de 81 poèmes paru, pour la première, fois en 1862. Les Poèmes barbares représentent l’un des trois grands recueils de poésie qui ont dominé la carrière littéraire de Leconte de Lisle, les deux autres étant Poèmes tragiques (1884) et Derniers Poèmes (1894). Le recueil les Poèmes barbares laisse apparaître trois parties majeures. Le premier groupement de poèmes montre que le poète tire son inspiration d’extraits bibliques et mythologiques. A partir de « La Panthère noire », nous nous retrouvons avec des poèmes exotiques où il s’inspire de la nature et des animaux. Puis, il utilise ses derniers poèmes pour exprimer le retour proéminent de l’histoire ancienne et de l’antiquité reflétés par les fortes images bibliques et mythologiques. Par conséquent, les principaux thèmes qui se dégagent de ce recueil sont les peuples barbares, l’impersonnalité et les natures exotiques.

Leconte de Lisle a qualifié ses poèmes de « barbares » car la plupart mettent l’accent sur les aspects les plus barbares de l’histoire. Pour lui, est barbare, ce qui n’est pas grec et surtout ce qui relève des religions qu’il trouve trop fanatiques et violentes, comme le Christianisme dont il fait souvent référence dans ses poèmes. Leconte de Lisle amorce son recueil avec un poème intitulé « Qaïn », une figure biblique puissante qui évoque un retour au berceau de l’humanité. Dans la première série de poèmes et de sonnets assez longs, certaines structures rappellent certains poèmes de Victor Hugo et de Charles Baudelaire, l’auteur y dépeint des combats épiques qui sont à l’origine de la souffrance et de l’enfer du désir mêlés à la notion de catholicisme éternel et universel. « La tête du comte » est l’un des trois poèmes dans lesquels le poète peint quelques aspects des civilisations bibliques, bouddhistes et scandinaves. Il fait même référence à l’Espagne du Moyen-âge et à la légende du Cid.

Les Poèmes barbares sont composés de poèmes aux thèmes et notions diverses et parfois même opposés. Si la première série de poèmes décrit la vision pessimiste de l’auteur reflétant les préoccupations d’un siècle en pleine crise morale et religieuse, les poèmes suivants, comme par exemple, « La Vérandah » ou « Le Paysage polaire », brossent des tableaux de paysages aux couleurs et aux senteurs exotiques, qui le rapproche malgré tout du romantisme. Comme il le dit si bien dans l’un de ses poèmes :

« La nature se rit des souffrances humaines

Ne contemplant jamais que sa propre grandeur

Elle dispose à tous ses forces souveraines

Et garde pour sa part le calme et la splendeur. »

En outre, un paysage exotique est surtout embelli par la présence d’animaux sauvages dont le poète en fait délicatement la description dans « Les Eléphants », « Le Sommeil du Condor », « La Panthère noire », « Les Jungles » et « Le Jaguar ». En fait, de nombreux poèmes de Leconte de Lisle montrent une forte présence d’animaux et de paysages exotiques tels que le désert, la montagne, la jungle et la mer. Dans ses poèmes exotiques, il y a aussi la notion d’évasion, de dépaysement et de voyage. Le poète cherche sans doute à fuir la réalité d’un monde cruel. On peut le sentir dans les versets du « Rêve du Jaguar » où le poète trouve son inspiration dans des populations lointaines toujours au contact d’une nature exotique.

« Sur les bancs nénuphars, l’oiseau ployant ses ailes

Buvait de son bec rose en ce bassin charmant »

Ceci dit, le meilleur poème qui reflète le thème du voyage et de l’évasion est probablement « Le Sommeil de Leilah » qui s’apparente beaucoup à l’« Invitation au voyage » de Baudelaire. Tous les deux se servent de la beauté féminine qui accentue la quête d’un ailleurs ou d’un monde illusoire. Ici encore, ces thèmes sont plutôt reliés au romantisme dont Leconte de Lisle est supposé être l’ennemi.

En effet, les Poèmes barbares se composent notamment de poésies s’appuyant sur les idées antiromantiques du poète. « Les Montreurs » est un poème qui illustre bien le rejet du romantisme puisque l’auteur y dénonce le manque de pudeur des romantiques. A travers ses vers, il dénonce la manifestation d’émotion personnelle dans la poésie. Dans « Les Hurleurs », Leconte de Lisle prône la poésie scientifique dans laquelle il montre que les hommes et les animaux ne sont pas aussi différents les uns des autres. Dans quelques-uns de ses poèmes, l’auteur balaie, à la fois, un monde impersonnel sans illusion et une jolie vision de la vie comme dans « L’Ecclésiaste », « Les Hurleurs », « Fiat Nox », « Le Vent froid de la Nuit » et « Soivet Seclum ».

Les derniers poèmes qui constituent Poèmes barbares soulignent le caractère persistant et récurrent du pessimisme de l’auteur. Ces poèmes en question, plus courts mais plus intenses montrent un retour à la barbarie. L’épanouissement dont il était à la recherche à travers sa poésie aux paysages et couleurs exotiques n’a pas pu être réalisé. Leconte de Lisle dit bien : « Lumière, Où donc es-tu ? Peut-être dans la mort ». Le poète est de nouveau envahi par des idées noires, macabres et inhospitalières. Les vers suivants le montrent bien :

« Le spectre monstrueux d’un univers détruit

Jeté comme une épave à l’océan du vide.»

Pour conclure, ce recueil montre bien que Leconte de Lisle a vainement cherché à se réaliser en s’imprégnant de l’exotisme qui se rapprochait du romantisme qu’il rejetait. Cependant, à travers ses visions parnassiennes, pessimistes et anti chrétiennes, la mort était pour lui la seule issue. Le titre de son troisième grand recueil « Les Derniers Poèmes » le justifie bien.

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