Poèmes barbares

par

Les structures

Dans ce recueil, l'auteur a mis en avant plusieurs structures. Le recueil en lui-même est découpé en trois parties : la première est réservée aux contes et légendes mythologiques et bibliques, la seconde aborde plus la jungle et la nature sauvage tandis que la dernière partie revient sur les thèmes fantastiques, terminant ainsi la boucle. Ces parties ne sont cependant pas distinctement séparées par une volonté de l'auteur. Seul le thème et le titre des poèmes permettent de les différencier, bien que leur longueur participe également, car les premières et dernières sont plus longues que la partie « nature ».

Première partie : Leconte de Lisle y aborde des sujets barbares tels que la guerre ou la mort. La construction des poèmes est particulière : souvent peu aérés, ils sont très longs. Les poèmes sont constitués de strophes versifiées qui racontent des histoires, un peu à la manière des fables.

Cette première partie est constituée d'environ trente poèmes. Ces poèmes emploient de nombreuses figures de style et cherchent à mettre en avant un certain esthétisme malgré la présence d'événements considérés par la majorité comme étant peu appropriés à l'art. La mort par exemple n'est pas quelque chose de beau et pourtant de nombreux auteurs ont tenté de mettre dans cette horreur un semblant d’esthétisme : c'est le cas par exemple dans Une charogne de Baudelaire. La mort et la beauté permettent un contraste plus saisissant encore. Dans La fille de l'Emyr, Leconte de Lisle nous décrit un cadre paradisiaque (« D’un ciel attiédi le souffle léger dans le sycomore et dans l’oranger verse en se jouant ses vagues murmures ; et sur le velours des gazons épais l’ombre diaphane et la molle paix tombent des ramures. ») où évolue une très belle jeune femme. Sa rencontre avec Jésus va la conduire à une mort sociale : « Parmi les vivants morte désormais […] ». Même si ce n'est pas une mort physique, sa fin surprend : libre, elle va être enfermée à vie dans un monastère, prisonnière à jamais dans l'attente de sa fin pour retrouver l'homme qui l'a tant séduite. Cette fin marque un grand contraste entre la vision éclatante de ses jardins au début et le froid monastère où elle s'enferme finalement à jamais.

Deuxième partie : On constate une vraie différence entre la structure des poèmes de cette partie et ceux de la partie précédente. Beaucoup plus aérés, ils se découpent régulièrement en quatrains formés d'alexandrins. Ils sont également beaucoup moins longs, et axés sur un sujet plus coloré. Avec cette seconde partie, c'est la force de la nature et le règne animal qui est mis en avant. Dans La forêt vierge, Leconte de Lisle critique l'Homme face à la Nature, présente sur Terre bien avant lui, qui se voit détruire pas à pas. Mais si l'Homme peut ravager la nature, elle aura toujours raison de lui : de ses cendres elle renaîtra (« Dans la profonde nuit où tout doit redescendre : les larmes et le sang arroseront ta cendre, et tu rejailliras de la nôtre, ô forêt !»). C'est un hommage qu’il lui rend mais également un avertissement qu'il donne à ses lecteurs ; bien qu'elle soit passive, la nature est puissante et nous ne sommes que des « vermisseaux » face à elle. Cette nature semble également liée à Dieu : comme Lui elle est un apaisement, elle apporte sérénité et plénitude. Ce n'est que loin des Hommes que l'on peut se ressourcer : « Mais l’âme s’en pénètre; elle se plonge, entière, dans l’heureuse beauté de ce monde charmant ; […] Et se repose en Dieu silencieusement. ».

Le règne animal, également présenté, permet de rappeler que derrière la beauté de la bête se cache une férocité qu'on oublie parfois. C'est pour cette raison que plusieurs scènes de chasse ou de retour de chasse sont présentées : « Elle traîne après elle un reste de sa chasse, […] et sur la mousse en fleur une effroyable trace rouge, et chaude encore, la suit. », « L’un ivre, aveugle, en sang, l’autre à sa chair rivé. ». Les mots sont crus et ne cherchent pas à être agréables : l'auteur expose les choses telles qu'elles sont.

Cette seconde partie tranche donc entre deux parties assez semblables qui abordent des sujets moins exotiques tels que la mort, la guerre et la religion.

Dernière partie : On note tout de même une prédominance de la mort, comme si l'auteur arrivait en fin de vie et ne se sentait plus concerné par cet état définitif. Ainsi, le lecteur va voir naître des poèmes tels que Les spectres, Requies ou encore Les rêves morts. Ces poèmes mêlent mort et fantastique avec l'apparition de revenants (« Les trois spectres sont là […] ») ou du diable et marquent un tournant dans l’œuvre de l'auteur. Il y est beaucoup question d'écroulement, de fin du monde, notamment par la faute de l'Homme. Cette vision est très souvent liée au monde religieux qui reproche à l'Homme de se prendre pour Dieu et de le mener vers une fin certaine. On retrouve donc le champ lexical de la chute « gouffre infernal », « écroulement sourd » ainsi que celui du châtiment et de la repentance: « Je me repens du crime », « pardonné », « supplice ». Enfin, pour réellement marquer la fin de son recueil et « boucler la boucle », l'auteur commence avec l'histoire de Qaïn et finit avec lui dans le poème La fin de l'Homme : cela révèle bel et bien une volonté de structurer son recueil, malgré la séparation non apparente entre les différentes parties qui le compose.

Le recueil de Leconte de Lisle montre donc une structure recherchée avec un style très particulier. On observe dans ses thématiques des préférences comme les légendes, les batailles ou l'Homme face à la nature. L'auteur cherche à captiver son lecteur par des aventures épiques, emplies de combats, de guerres, il lui permet de voyager grâce à ses connaissances du monde animal sauvage et exotique mais il lui apporte tout de même des pistes de réflexion quant à sa propre nature, ses agissements sur le monde et sur la société dans laquelle il évolue.

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur Les structures >