Poèmes barbares

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Leconte de Lisle

Chronologie : Vie &
Regards sur les œuvres

 

1818 : Leconte
de Lisle – son prénom Charles est peu usité – naît à Saint-Paul sur l’île de La
Réunion
(alors Île Bourbon). Son père y est chirurgien militaire. Alors
qu’il a trois ans sa famille déménage pour Dinan en Bretagne, puis en 1829 à Nantes.
Charles retourne cependant faire son lycée à La Réunion. Il revient en
métropole en 1837, décroche son baccalauréat et entame des études de droit à l’université de Rennes. Sa préférence pour la
littérature – il apprécie alors les œuvres de Lamartine et de Vigny – le pousse
à fréquenter également la faculté de
lettres
, et à créer en 1840 une revue
satirique
qui paraît un an. L’année suivante il abandonne, contre l’avis de
ses parents, l’étude du droit. Il retourne sur l’Île Bourbon en 1843, donne des
leçons et collabore à des journaux locaux. En 1845 il se fixe définitivement en
métropole. Sa fréquentation des phalanstériens
et ses collaborations avec divers périodiques – contes, articles politiques et
poèmes – manifestent dès cette période ses opinions
républicaines et fouriéristes. Sa lutte contre l’esclavagisme lui vaut une brouille avec sa
famille ; il devra dès lors chercher à subvenir seul à ses besoins et
connaîtra la pauvreté.

1848 : Si
Leconte de Lisle tente de se faire élire député dans les Côtes-du-Nord, la
nature de sa participation aux barricades pendant les évènements de juin reste
floue. Déçu par leur issue, il se détourne
de la politique
pour se consacrer à la littérature. Il vit chichement de
leçons particulières et de divers travaux journalistiques. Avec ses amis
Théodore de Banville et Louis Ménard, il se passionne pour l’Antiquité. Il tente notamment des
traductions de textes en grec ancien. En 1851, alors qu’il donne la lecture
d’un poème lors d’une soirée littéraire, son talent est remarqué par
Sainte-Beuve.

1852 : Son
premier recueil de poèmes publié, Poèmes antiques, fait déjà montre des
caractéristiques de la poésie qu’on
dira parnassienne : objectivité et pessimisme, qui viennent s’inscrire contre les effusions
sentimentales et l’optimisme des romantiques, mais encore refus de l’engagement
politique
, après l’immense déception de 1848. Le poète parnassien ne
cherche pas à plaire à la foule ; la contemplation
du beau
est sa récompense. Il veut s’afficher impassible mais contient mal le bouillon de passions qui l’anime.
Cette poésie se veut moderne, mue par une foi
positiviste
alors à la mode, et se nourrit de l’histoire, de la philosophie et
des sciences de la nature, tout en
puisant aux sources antiques. Dans
sa poésie Leconte de Lisle compte livrer une sorte d’histoire de l’homme, de
ses émotions, de ses rêves et de ses espoirs, propre à exposer le pathétique de
sa condition, à travers l’évocation de différentes religions, dont le védisme, le brahmanisme, la religion des Grecs anciens
ou le christianisme. Le poète évoque également sur un ton nostalgique sa
Réunion natale. S’il compte s’opposer aux romantiques – comme Flaubert le fera
pour le roman –, Leconte de Lisle apparaît toutefois largement influencé par Vigny et Lamartine, ou Gautier qu’il admire, et exprime tout comme eux un
goût pour l’exotisme et une pente à
l’interprétation symbolique de la nature.
Le recueil, quelque peu savant et froid, connaît cependant un beau succès à sa publication, notamment en
raison de la préface annonçant la mort du romantisme, qui fit grand bruit ;
il sera très largement augmenté dans ses éditions futures. Leconte de Lisle se
met à fréquenter plus assidument le monde des lettres et rencontre notamment
Alfred de Vigny, Victor Cousin, et Flaubert, admiratif de son talent même s’il
le juge trop élégiaque. À partir de 1860, de jeunes poètes le reconnaissent
comme le chef de file d’un nouveau
courant poétique
. Leconte de Lisle tient salon et les reçoit dès
1861 ; parmi eux figurent François Coppée, Catulle Mendès, Villiers de
L’Isle-Adam, et plus tard Verlaine, Prudhomme, Heredia et Mallarmé.

1862 : Le
recueil des Poésies barbares poursuit une sorte d’étude poétique des religions et mythes du monde entier – jusqu’en Polynésie –, qui donne lieu à des
jeux de contrastes, entre la sagesse de l’hindouisme et les sombres tableaux
bibliques. Une partie importante du recueil est consacré aux mythologies nordiques. Leconte de Lisle
présente la lutte entre christianisme et paganisme, tout en laissant entendre
que le premier, vainqueur jusqu’à présent, sera vaincu à son tour, même si le
poète manifeste de la sympathie pour la figure du Christ. Le recueil contient
également plusieurs portraits d’animaux, et Leconte de Lisle livre quelques
souvenirs d’enfance, sans verser dans la mise en scène de soi décomplexée des
romantiques. Une édition augmentée paraît dix ans plus tard sous le titre Poèmes
barbares
. En 1864, l’Empereur
commence à verser une pension à
Leconte de Lisle, ce qui lui vaudra de perdre plusieurs amis à la chute du
régime quand la chose est découverte ; il pensera alors au suicide.

1866 : Paraît
la première série du Parnasse contemporain, recueil de deux
cents poèmes auquel participe près d’une quarantaine d’auteurs, dont Verlaine,
Gautier, Heredia, François Coppée, Arsène Houssaye ou Léon Valade. La position
centrale de Leconte de Lisle dans les lettres lui vaut d’être la cible de
critiques et autres caricatures, notamment d’Alphonse Daudet. Ils sont
cinquante-six poètes à participer au second
recueil
, présidé par Leconte de Lisle, qui paraît entre 1869 et 1871.

1871 : Il
publie des œuvres de commande : une Histoire
populaire de la Révolution française
et son Histoire populaire du christianisme. Il devient en outre, à
contrecœur, employé à la Bibliothèque du Palais du Luxembourg.
Son logement de fonction, qui donne sur le jardin, le console quelque peu de la
médiocrité du poste. Son Catéchisme populaire républicain,
qui paraît anonymement, connaît un très grand succès.

1873 : L’inspiration
grecque de Leconte de Lisle s’affirme au théâtre avec Les Érinnyes, tragédie en vers reprenant la trilogie
d’Eschyle l’Orestie. Elle est créée à l’Odéon sur une musique de
Jules Massenet. L’auteur y pousse l’horreur à son comble – Oreste n’est pas
acquitté par l’Aréopage mais livré aux Furies – et supprime le personnage
d’Égisthe, et donc par là le motif principal du meurtre d’Agamemnon par Clytemnestre.
Il assèche encore davantage l’œuvre en ôtant le sens du divin et du sacré qui
imprégnait la tragédie grecque. La pièce apparaît assez faible et le
déroulement de son intrigue, entièrement conduite par la fatalité, mécanique. Elle sera intégrée au recueil des Poèmes tragiques et entrera au
répertoire de la Comédie-Française en 1910. En 1876, le troisième recueil
du Parnasse
contemporain
paraît ;
plus d’une soixantaine de poètes y participent cette fois ; vingt-quatre
pièces sont de Théodore de Banville, vingt-cinq d’Heredia.

1884 : Si le
dernier grand recueil paru de son vivant, Poèmes tragiques, compte davantage
de pièces lyriques, comme « Les Roses d’Ispahan », Leconte de Lisle
continue de laisser courir son pessimisme
à bride abattue – ton qui le rapproche d’une tradition élégiaque – à travers des tableaux
historiques sombres
impliquant le monde turc et musulman ou encore celui
chanté par les romanceros espagnols. Leconte de Lisle s’y montre sans masque fortement
anticlérical.

1886 : Leconte
de Lisle est élu à l’Académie française,
après avoir émis comme condition à son entrée sous la Coupole la mort préalable
de Victor Hugo, survenue l’année précédente, dont il livre un éloge à sa
réception. Les deux hommes s’étaient liés d’amitié en 1874 et Victor Hugo avait
soutenu l’élection de Leconte de Lisle dès 1877.

1894 : Leconte de Lisle meurt à
soixante-quinze ans d’une pneumonie subite alors qu’il se trouve en
villégiature dans le hameau de Voisins (Yvelines). Paraît en 1895 le recueil
Derniers poèmes, réunissant des pièces reprenant les thèmes favoris
de l’auteur ; un drame jamais
joué, L’Apollonide, écrit en 1888, dont le thème est repris d’Ion d’Euripide ; ainsi que des
articles de critique littéraire illustrant les positions esthétiques de Leconte
de Lisle.

Le groupe de poètes dits parnassiens qui se sont reconnus à
leurs débuts en lui n’a pas été uniforme ; on distingue ainsi des
auteurs qu’on qualifie parfois de néoromantiques
(Villiers de l’Isle-Adam, Catulle Mendès, Léon Dierx), des intimistes (François Coppée, Albert Mérat, Léon Valade, André
Lemoyne, Eugène Manuel), d’autres particulièrement versés dans l’histoire (Des
Essarts, Ricard, Anatole France, Frédéric Plessis, Heredia) ou la philosophie
(Cazalis, Louis Ménard, Prudhomme). Qualifié de « très voyant » par
Rimbaud, Leconte de Lisle, avec les autres poètes parnassiens, a ouvert la voie
au symbolisme, autre mouvement
littéraire inscrit en rupture avec l’action, et qui, né en réaction contre le
Parnasse, vient tout à la fois l’achever.

 

 

« Ce livre est un recueil d’études, un retour réfléchi à des
formes négligées ou peu connues. Les émotions personnelles n’y ont laissé que
peu de traces ; les passions et les faits contemporains n’y apparaissent
point. Bien que l’art puisse donner, dans une certaine mesure, un caractère de
généralité à tout ce qu’il touche, il y a dans l’aveu public des angoisses du
cœur et de ses voluptés non moins amères, une vanité et une profanation
gratuites. D’autre part, quelque vivantes que soient les passions politiques de
ce temps, elles appartiennent au monde de l’action ; le travail spéculatif
leur est étranger. Ceci explique l’impersonnalité et la neutralité de ces
études. Il est du reste un fonds commun à l’homme et au poète, une somme de vérités
morales et d’idées dont nul ne peut s’abstraire ; l’expression seule en
est multiple et diverse. Il s’agit de l’apprécier en elle-même. »

 

Leconte de Lisle, préface des Poèmes antiques, 1852

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