Saga

par

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Tonino Benacquista

Chronologie : Vie &
Regards sur les œuvres principales

 

1961 : Tonino Benacquista naît à
Choisy-le-Roi (Val-de-Marne) dans une famille d’émigrés italiens. On y regarde
beaucoup la télévision et le futur écrivain découvrira mieux la littérature seulement
plus tard. Il entamera d’ailleurs des études
de lettres et de cinéma, mais il les abandonne et
enchaîne les petits boulots qui
l’occupaient déjà en parallèle, et qui nourriront plus tard ses œuvres d’une
matière de première main. Parmi les emplois insolites occupés, figurent
accrocheur de toiles dans une galerie d’art et couchettiste dans des trains de
nuit.

1989 : Dans La Maldonne des sleepings, Tonino Benacquista évoque cette
dernière expérience à travers le trajet en train particulier que subit Antoine,
lui-même couchettiste, sur les
lignes Paris-Venise et
Paris-Florence. Cette nuit-là, dans le train pour Venise, Antoine ne va pas
connaître le repos, en raison notamment d’un étrange passager clandestin. L’intrigue met également en scène de
mystérieux barbouzes, des douaniers suisses, une resquilleuse suédoise, des
pickpockets italiens, et d’autres personnages
que Tonino Benacquista peint hauts en
couleur
, et non sans de nombreuses pointes
d’humour
.

1990 : Tonino Benacquista évoque à nouveau un des petits métiers qu’il a
connus dans Trois carrés rouges sur fond noir, dont le héros est Antoine
Andrieux, employé dans une galerie d’art le jour, joueur de billard expérimenté
la nuit. Antoine rêve même de devenir un grand champion, jusqu’à ce que lors
d’une exposition, il se fasse agresser par un homme venu vandaliser au cutter
une toile du peintre Émile Morand. Antoine perd
alors une main suite à la chute
d’une statue. Dès lors, sa passion du billard va être remplacée par une passion vengeresse. Ce roman noir se
distingue par le statut du héros qui mène l’enquête, en dehors des sphères
policières, et l’exploration des dessous
du milieu de l’art
que découvre Antoine au gré de ses recherches.

1991 : Le roman La Commedia des ratés, qui remporte plusieurs prix littéraires,
fait plus largement connaître Tonino Benacquista. Il raconte le retour d’Antonio sur les terres de ses aïeux en Italie.
Il s’y est rendu afin d’élucider le mystère
de la mort de son ami Dario, et il se trouve sur place
confronté à des mœurs qu’il connaît
mal et à des personnages – mamma
italienne, mafieux locaux, nostalgiques du fascisme – que l’on dira « typiques ». Si Antonio réalise
encore mieux ce qui le sépare de ses origines qu’il dénigrait davantage que son
ami, une certaine tendresse vient par exemple adoucir l’agacement que lui
causaient ses parents, de par la meilleur compréhension qu’il acquiert de cette
culture originelle. Le récit se distingue par un ton particulièrement humoristique
voire sarcastique.

En 1994
les œuvres de Tonino Benacquista commencent à être adaptées. La Maldonne des sleepings est ainsi
déclinée sur le petit écran par Luc Béraud. Le titre devient Couchettes express et le casting compte
Jacques Gamblin. Son roman noir Les
Morsures de l’aube
(1992) sera adapté à l’écran par Antoine de Caunes en
2001, et sa nouvelle La Boîte noire
par Richard Berry en 2005.

1997 : Avec Saga, Tonino Benacquista quitte le genre noir et fait désormais
résolument partie du cercle des auteurs
dits à succès. Il imagine dans cette
œuvre foisonnante que quatre scénaristes
très dissemblables se trouvent réunis autour d’une même mission : créer une série qui sera diffusée à des
heures creuses sans aucune contrainte
sinon un très faible coût. Leur synergie va finalement produire quelque chose
d’étonnant et la série, contre toute attente, rencontrer un franc succès. Tonino
Benacquista parle du processus créatif,
de l’univers télévisuel, de son cynisme, du pouvoir d’un fan-club, du phénomène
des produits dérivés, en même temps qu’il s’attache à rendre humains et bien
caractérisés les scénaristes, de jeunes gens qu’un même urgent besoin de
travailler avait réunis et sur les vies personnelles desquels l’auteur ouvre
des fenêtres.

2001 : Le roman Quelqu’un d’autre parle de deux hommes qui décident, après une
partie de tennis acharnée et quelques verres, de devenir « quelqu’un
d’autre ». En effet Thierry, un encadreur rêvant de devenir détective
privé, et Nicolas, cadre dans un grand groupe, trouvent leur passé pesant et
voudraient tout changer. Ils passent
alors un pacte et se donnent
rendez-vous dans trois ans, dans le
même bar où ils se trouvent, pour constater lequel des deux a gagné. Dès lors
la narration alterne de l’un à l’autre, et Tonino Benacquista parvient à
installer une ambiance oppressante et
une certaine tension tout au long du
récit, en même temps qu’il permet une réflexion sur la possibilité d’une révolution personnelle.

La même année, il publie Tout à l’ego, un recueil de
dix textes devenu La Boîte noire et
autres nouvelles
lors de sa parution en folio. L’auteur dans ces récits
raconte un quotidien qui se grippe, verse parfois dans l’invraisemblable, ce
qui donne lieu à des histoires loufoques.
Toujours en 2001, après plusieurs expériences au cinéma comme consultant ou
scénariste, la consécration arrive avec Sur mes lèvres, césar du meilleur
scénario, que Tonino Benacquista a coécrit avec Jacques Audiard. Nouvelle
collaboration avec Audiard, le scénario de De battre mon cœur s’est arrêté
remportera à nouveau un césar en 2005,
celui de la meilleure adaptation.

2004 : Malavita est l’histoire comique, pleine de dérision, d’une
famille d’émigrés américains venus
habiter dans un petit village de
Normandie
. Sous des dehors lisses, les Blake cachent en réalité un lourd
secret : le père est un mafieux repenti ayant trahi ses anciens compagnons de crime bénéficiant
d’un programme de protection des témoins. Il tente de se reconvertir en
écrivain, se plongeant dans ses mémoires alors que la langue n’a jamais été son
fort. Leur quotidien va se trouver bouleversé quand un pont improbable se fait
jour, via une feuille de chou locale, entre le petit village normand et les
mafieux américains toujours à leur poursuite. Cette œuvre connaîtra une suite
en 2008 avec Malavita encore, où l’on
retrouve la famille Blake à
Montélimar cette fois, mais que la personnalité du père, grossier et colérique,
a déchirée.

 

Le scénariste de bande
dessinée

 

Scénariste pour la télévision et le cinéma, Tonino
Benacquista écrit également pour la bande dessinée. Il a commencé sa carrière
dans le domaine avec L’Outremangeur, une bande dessinée
sur un commissaire obèse qui mange outrancièrement en raison d’un souvenir d’enfance
qui va refaire surface. Cette œuvre que Tonino Benacquista a scénarisée en 1998
en collaboration avec Jacques Ferrandez est adaptée au cinéma l’année suivante par Thierry Binisti avec Éric
Cantona dans le rôle principal.

Tonino Benacquista a notamment coécrit avec Daniel Pennac les 74e et 75e
albums de Lucky Luke, Lucky Luke
contre Pinkerton
(2010) et Cavalier
seul
(2012).

 

 

« Je n’aime pas faire souffrir inutilement car toutes mes
pulsions sadiques sont satisfaites quand je fais souffrir utilement. »

 

« – Trois mois qu’il
s’enferme dans sa putain de véranda, dit-il, tout son vocabulaire doit y passer
plusieurs fois par jour.

– Dis que ton père est
analphabète…

– Mon père est un Américain
de base, tu as oublié ce que c’était. Un type qui parle pour se faire
comprendre, pas pour faire des phrases. Un homme qui n’a pas besoin de dire
vous quand il sait dire tu. Un type qui est, qui a, qui dit et qui fait, il n’a
pas besoin d’autres verbes. Un type qui ne dîne, ne déjeune et ne soupe jamais
: il mange. Pour lui, le passé est ce qui arrivé avant le présent, et le futur
ce qui arrivera après, à quoi bon compliquer ? As-tu déjà listé le nombre de
choses que ton père est capable d’exprimer rien qu’avec le mot “fuck”
?

– Pas de cochonneries, s’il
te plaît.

– C’est bien autre chose
que des cochonneries. “Fuck” dans sa bouche peut vouloir dire :
“Mon Dieu, dans quelle panade me suis-je fourré !”, ou encore :
“Ce gars-là va me le payer cher un jour”, mais aussi “J’adore ce
film”. Pourquoi un type comme lui aurait besoin d’écrire. »

 

Tonino Benacquista, Malavita, 2004

 

« En y regardant de
près, le travail du scénariste n’est pas très éloigné de celui du paranoïaque.
Tous deux sont des scientifiques du soupçon, ils passent leur temps à anticiper
sur les événements, imaginer le pire, et chercher des drames affreux derrière
des détails anodins pour le reste du monde. »

 

Tonino Benacquista, Saga, 1997

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