Si c'est un homme

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Résumé

Primo Levi est envoyé à Fossoli en 1943 ; il est alors âgé de vingt-quatre ans. Arrêté pour ses actions antifascistes, le jeune homme se présente rapidement comme un Italien juif, ce qui le conduit à rejoindre d’autres Juifs et prisonniers de toutes nationalités. Quelques semaines plus tard, ces individus sont regroupés : ils vont être déportés. Malgré l’incompréhension et la stupeur, tous rejoignent les wagons qui, après quinze jours de trajet, les mènent jusqu’à Auschwitz. Sur place, une sélection est faite : les hommes valides d’un côtés ; femmes, enfants et malades de l’autre. Deux jours après leur arrivée, plus de cinq cents personnes sont gazées.

La sélection terminée, Primo Levi est envoyé avec les autres hommes, tiraillés par la soif, dans une pièce nue et froide où une longue attente commence. Quand enfin on vient les chercher, ce n’est que pour leur ôter tout ce qu’ils possèdent : plus de vêtements, plus de chaussures, plus de cheveux. Leurs anciens habits sont remplacés par des uniformes du camp et un numéro leur est tatoué sur le bras. Très vite, Primo apprend les règles insensés des lieux et tente, comme il le peut, de survivre malgré le froid, la faim et la certitude que la mort est proche.

Un jour, alors que la peur et le doute l’envahissent, il tombe sur Steinlauf, une connaissance du camp. Celui-ci est en train de se laver et de se frotter consciencieusement, malgré l’absence de savon et l’eau sale. Primo Levi reste incrédule devant l’énergie dépensée pour une tâche d’une inutilité évidente. Mais pour Steinlauf, être propre est un moyen de garder sa dignité, de se différencier encore de la bête, malgré leur condition de vie inadmissible. Si le jeune Italien ne saisit pas toute la portée du geste, il comprend néanmoins la nécessité pour l’homme de se raccrocher à quelque chose, pour ne pas sombrer.

Au camp, Primo Levi est assigné comme beaucoup d’autres au déplacement de lourdes barres de fer. Mais alors qu’il se rend au dépôt pour déposer sa charge, il sent la barre glisser de son épaule. Sans avoir le temps de réagir, le jeune garçon se retrouve avec la jambe profondément entaillée et sanglante. Considéré comme momentanément invalide, il rejoint le « K.B », l’infirmerie du camp. Après des heures passées à attendre un verdict, dans le froid, nu et sans comprendre ce qui se dit, Primo Levi est envoyé quelques jours dans un block de repos : sa blessure peut guérir, il évite donc les chambres à gaz. Mais tous n’ont pas cette chance et c’est ainsi que l’homme avec qui il fait connaissance sur place est envoyé, deux jours plus tard, à la mort. Le K.B est pour beaucoup un lieu de repos, où l’on n’a plus à souffrir du froid, des coups, et surtout où l’on ne travaille plus. Ainsi, pendant quelques instants, les prisonniers peuvent discuter, se rappeler leur vie antérieure et oublier quelque peu la faim. Malgré tout, le séjour au K.B n’est pas permanent ; il n’est qu’une trêve dans leur calvaire.

Après vingt jours de repos, la plaie de Primo est enfin cicatrisée. Il est alors envoyé dans un block qu’il ne connaît pas, sans ses précieuses affaires, avec seulement des vêtements et des chaussures auxquelles il n’est pas encore habitué et qui vont le faire souffrir. Il doit de nouveau affronter le froid et la fatigue, mais surtout faire face à ses horribles rêves où il s’imagine manger ou encore être de retour chez lui, auprès de ses proches. Heureusement, il retrouve Alberto, son meilleur ami. Sensiblement du même âge que lui, Alberto est un débrouillard : il sait avec qui marchander, qui éviter et à qui tenir tête pour obtenir ce qu’il veut. Primo Levi gardera de lui un souvenir très fort, bien après sa sortie des camps.

Le travail se fait de plus en plus difficile. Avec le froid et la neige, les lourdes charges que doivent porter les prisonniers deviennent insupportables. Chacun se bat pour récupérer la barre de fer la plus légère mais à la fin, chacun devra malgré tout supporter une charge importante. Les latrines restent le seul moyen de s’octroyer un peu de répit. Les quelques minutes sans travailler pour y aller et en revenir sont des minutes de bonheur. Mais elles ne durent pas. Seul l’appel de la cantine permet de réellement se reposer. Et les journées passent ainsi, sans s’arrêter. Primo Levi a heureusement à ses côtés un compagnon sympathique en la personne de Resny, qui lui rend la vie la moins dure possible.

Avec de si dures journées, les plaisirs sont simples : l’arrivée du soleil, marquant immanquablement la fin de l’hiver, est une bénédiction. Chacun profite de ses rayons chauds et de sa lumière. C’est l’occasion pour certains de réellement découvrir le camp et ses environs. Mais aujourd’hui, une autre bonne nouvelle les attend : l’organisateur de leur kommando a déniché plusieurs litres de soupe supplémentaires pour le déjeuner. Pour une fois, chacun pourra se resservir et avoir un litre en plus de nourriture. C’est dans ces rares moments que les hommes du camp repensent à leur famille : enfin « [ils peuvent] être malheureux à la manière des hommes libres ».

Au camp, de manière assez naturelle, un trafic ainsi qu’une bourse se sont mis en place. À Auschwitz, tout ou presque est négociable : les chemises, le pain, la soupe, les fils de fer ou encore la graisse pour chaussures, tout peut servir de monnaie d’échange. Certains vont même jusqu’à arracher leurs dents en or pour récupérer une ration de pain supplémentaire. Si ces pratiques sont officiellement réprimandées par le camp, dans la réalité, les SS eux-mêmes profitent de ce commerce. Le jeune Primo Levi comprend ce système avec le temps ; il comprend également que les notions de bien et de mal n’ont ici plus aucune signification.

Cette constatation le mène d’ailleurs à une autre. Il existe au camp deux types d’individus : les « damnés » et les « élus ». C’est-à-dire qu’il y a ceux qui avancent sans jamais essayer d’obtenir plus que ce qu’on leur donne et qui inexorablement s’enfoncent jusqu’à la mort, et les autres, qui se débrouillent pour faire du troc, et obtenir quelques avantages, dans le but de survivre encore un peu. Parmi eux, certains ont conservé des principes moraux – ce sont cependant des exceptions. Pour tenir dans cette jungle, les plus bas instincts sont souvent de mise.

Un nouveau kommando vient d’ouvrir à Auschwitz : le kommando de chimie. Pour quelques-uns comme Primo Levi, c’est une opportunité en or. Avec ses années d’étude, il se sent en mesure de passer l’examen imposé, même en allemand. Mais au lager – le camp –, on ne peut jamais être sûr de rien. Finalement, ils seront sept à se présenter, dont son ami Alberto. L’examen terminé, ils attendront de longs jours les résultats.

Un nouveau travail est proposé à Primo Levi, et en comparaison de ce qu’il faisait auparavant, il semble paradisiaque. Ils appartient à une petite équipe qui travaille sans surveillance et peu profiter un peu du soleil. Là-bas, Primo Levi s’est fait un nouvel ami, Jean, avec qui il a beaucoup de choses en commun. Jean est le plus jeune de l’équipe, c’est pourquoi il a été nommé Pikolo, l’équivalent de commis-livreur. Alors que Primo Levi accompagne Jean chercher la soupe, celui-ci lui fait part de sa volonté d’apprendre l’italien. Le jeune homme lui récite alors quelques vers de Dante, qui, prononcés dans ce contexte si particulier, prennent tout leur sens.

Comme il s’y attendait, le test de chimie n’a jamais rien donné. Mais l’espoir renaît grâce aux rumeurs d’un débarquement sur les côtes normandes. Par ailleurs, les bombardements qui ont lieu contribuent à renforcer cet espoir. Mais Primo Levi, comme beaucoup d’autres, préfère se réfugier dans l’indifférence, de peur d’une déception. Cependant, sa rencontre surprenante avec Lorenzo, un civil italien, lui permet de survivre encore quelques mois au camp. Par pure générosité, celui-ci lui apporte en effet pendant six mois de la soupe, du pain, et transmet pour lui des lettres vers Italie. Pour le jeune Primo, cet ouvrier sera un moyen de se rappeler que lui aussi est et restera un homme.

L’hiver arrive. Une nouvelle fois, les prisonniers doivent affronter le froid et la neige, seulement couverts d’une chemise et d’un pantalon. Certains envisagent d’en finir maintenant mais personne ne passe vraiment à l’action ; ils sont trop apathiques pour cela. Et de toute façon, les SS vont choisir pour eux. En ce dimanche, une sélection est faite, arbitrairement. Leur destin est ainsi scellé en quelques minutes. Aujourd’hui, Primo Levi échappera à la mort, mais cette nouvelle n’éveille en lui aucun émotion et le rencontre indifférent.

Novembre est arrivé, et avec lui, un mauvais temps persistant. Cela fait dix jours qu’il pleut. Primo, comme ses compagnons de baraque, travaille sans s’arrêter, trempé par la pluie, savourant la seule joie de ne pas avoir à supporter un vent glacial. Aujourd’hui, il a à ses côtés un Hongrois, Klaus, dont il sait que le temps est compté : Klaus s’imagine encore être un homme libre, il travaille vite, sans s’économiser, s’excuse de ses erreurs et surtout est toujours plein d’espoir. Pour le ragaillardir quelque peu, Primo Levi lui raconte avoir rêvé de lui, mangeant à ses côtés, au chaud, entouré de sa famille. C’est un mensonge, mais cela reste un moyen d’échanger et de réconforter.

Après des mois à ne plus espérer, trois prisonniers sont finalement choisis pour aller travailler au laboratoire de chimie ; Primo Levi fait partie des élus. Grâce à ses nouvelles fonctions, il va passer l’hiver au chaud, sans craindre un membre gelé ou la maladie, et sans être contraint de porter des choses au-dessus de ses forces. Par ailleurs, leurs allées et venues sont assez libres, ce qui lui permet de faire du trafic de savon et d’essence. Mais dans ce laboratoire, il se retrouve avec des femmes, des Allemandes qui ne connaissent rien de la vie des camps. Elle sont méprisantes, refusent de leur adresser la parole et s’arrangent pour mettre leurs bêtises sur le dos des pauvres prisonniers. Sans retenue, elles parlent de leurs projets, de Noël qui arrive, etc. Primo Levi se souvient alors qu’il y a un an à peine, il était encore un homme libre, pour qui « les mots “tuer” et “mourir” avaient […] un sens tout extérieur et littéraire ».

Primo Levi et Alberto viennent de réussir à mettre au point plusieurs combines ingénieuses qui ont le mérite de les faire monter dans l’estime de plusieurs prisonniers du camp. Même si leurs conditions de vie restent identiques, cela leur apporte un peu de baume au cœur. Cependant, l’exécution d’un de leurs camarades met fin à ce sentiment agréable : accusé d’avoir fait sauter un four crématoire, l’homme est condamné à la pendaison. Il n’est certes pas le premier à être pendu, mais il est en revanche le seul à avoir gardé toute sa hargne, à n’avoir pas plié. Honteux de leur passivité, Alberto et Primo peinent à se regarder dans les yeux : ils ont beau avoir réussi quelques magouilles, ils n’en restent pas moins des hommes brisés.

Le 11 janvier 1945, Primo Levi contracte la scarlatine. Trop faible pour travailler, il est mené au K.B où il est alité avec d’autres malades. Le 16 janvier, le barbier du K.B vient les informer que le lendemain, les plus valides d’entre eux quitteront le camp. Nombre d’entre eux pensent avoir enfin atteint le moment de leur libération, mais Primo Levi reste méfiant. Par ailleurs il le sait, il est trop faible pour marcher. Il reste donc sur place et ne prend pas part à la marche. Sur les vingt mille hommes partis, aucun ne reviendra. Alberto, le meilleur ami du jeune Italien, est de ceux-là. Primo Levi, resté avec quelques huit cents hommes au camp, s’aperçoit bien vite que les Allemands ont désertés : ils sont maintenant livrés à eux-mêmes. Avec une température de moins vingt dehors, les chances de survie sont maigres. Par ailleurs, les rations de pommes de terre ne tiendront pas plus de deux jours. Comme si la situation n’était pas suffisamment difficile, le camp commence à être bombardé et des feux prennent, ici et là. Finalement, Primo Levi et ses amis parviendront à tenir dix longs jours dans des conditions difficiles et précaires avant d’être sauvés par les Russes le 27 janvier 1945.

Après cette captivité inhumaine, chacun d’eux tentera de reconstruire sa vie et de la reprendre là où il l’avait laissée.

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