Sonnets

par

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Louise Labé

Chronologie : Vie &
Regards sur les œuvres principales

 

≈ 1524 : Louise
Labé – née Louise Charly – voit le jour
à Lyon. Son père est un cordier
ayant repris le commerce prospère du précédent mari de la veuve qu’il épouse, tout
comme le nom de celui-ci : Labé. Louise, qui naîtra d’un second mariage, tendrement
aimée par son père, fasciné par sa beauté
et sa vivacité, est éduquée comme une jeune fille de bonne famille, fait exceptionnel pour une femme
issue du peuple, et de parents illettrés. Elle
apprend le latin, des rudiments de
grec, parle couramment l’espagnol et
l’italien, chante, compose et
s’accompagne au luth. Elle pratique
en outre l’équitation et se gagne
une réputation d’habile écuyère. Plus étonnant, elle est initiée au maniement des armes, habituellement
réservé aux hommes.

1543-1545 :
Louise Charly devient Louise Perrin
en épousant Ennemond Perrin, un riche cordier de trente ans son aîné,
se gagnant par là le surnom de « Belle
Cordière 
». La fortune de son mari lui permet de se constituer une bibliothèque fournie, en un temps où
les livres coûtent cher, et de tenir
salon
. Elle ne lui aurait pas été fidèle, et sa beauté, avec ses mœurs
libres
, lui auraient gagné une réputation de courtisane lettrée (rumeur reprise par Jean Calvin). Le poète Olivier de Magny notamment aurait
chanté leurs amours dans son Ode à sire
Aymon
, où il se moquerait de M. Perrin. On a rapporté qu’en 1542, la
poétesse se serait déguisée en homme
et aurait suivi un amant au siège de Perpignan, se faisant passer pour « le
capitaine Loys » parmi la suite du Dauphin, futur Henri II. Après avoir
participé aux combats, elle se serait illustrée aux jeux martiaux de la joute.
La troisième élégie ferait référence à ces œuvres guerrières.

 

Le contexte lyonnais

 

La ville de Lyon connaît un
grand essor au XVIe siècle. C’est un grand centre commercial,
militaire, où l’imprimerie est en
outre en pleine expansion. De nombreux gens de lettres s’y croisent, venant
faire publier leurs ouvrages, d’autant que la ville jouit d’une réputation de liberté,
de par l’absence de parlement et d’université, souvent freins aux idées
avant-gardistes ailleurs. Le directeur du collège de la Trinité, Barthélemy
Aneau, est d’ailleurs un humaniste dont l’aura attire dans la ville des hommes
de valeur. La cité verra ainsi passer Rabelais, Clément Marot ou Bonaventure Des
Périers. Un groupe de poètes néo-latins
se forme dans les années 1536-1538 autour d’Étienne Dolet, qui renouvelle les cadres poétiques tout en
retournant à des poètes classiques
négligés (Ovide, Horace, Properce, Catulle, Tibulle) ou en acclimatant des poètes
italiens
comme Pétrarque (Lyon nourrit
des liens intimes avec l’Italie, une grande part de sa population en est
originaire). Ils versent volontiers dans la poésie amoureuse, employant les formes de l’ode, de l’épigramme et
de l’églogue. Maurice Scève et Clément Marot subissent leur influence.
Véritable carrefour poétique, la ville devient dès 1544 un des centres de la poésie emblématique et didactique. Si les poètes lyonnais ne
formaient pas à proprement parler une école, ils ont enrichi le vocabulaire
poétique
et intégré à la poésie des éléments
philosophiques
en même temps qu’ils ont favorisé la pénétration du pétrarquisme
en France.

 

1555 : Louise
Labé, par privilège accordé par le roi, se voit, fait exceptionnel pour une
femme, publiée de son vivant. Un volume à son nom paraissant chez Jean
de Tournes, célèbre imprimeur, connaît un succès
immense
et immédiat. Après une
préface féministe adressée à Clémence de Bouges, incitant les femmes à écrire,
s’ensuit Le Débat de folie et d’amour, un dialogue en prose s’inscrivant dans le genre médiéval du débat. Ce conte allégorique, composé de cinq
discours, reprend une matière italienne (influencée par Castiglione et Bembo)
mêlée à des idées inspirées d’Érasme. Amour et Folie s’y entretiennent et s’y
chamaillent à l’occasion d’un festin donné par Jupiter. C’est cette partie de
l’ouvrage qui connut la plus grande faveur de ses contemporains et des lecteurs
des siècles suivants. Voltaire la louera et La Fontaine y trouvera le sujet de
l’une de ses fables.

Le recueil comprend en
outre vingt-quatre sonnets – le
premier en italien et les suivants en décasyllabes français – qui s’attachent à
présenter l’amour sous différents éclairages. Trois élégies, évoquant la fatalité
de l’amour
que la poétesse ressent, paraissent largement influencées par Ovide, un auteur qu’elle appréciait
particulièrement, et notamment ses Héroïdes.
Enfin, le volume est complété de vingt-quatre poèmes écrits par des pairs
(Baïf, Pontus de Tyard, Marot, etc.) en hommage à l’auteure. Signe de
l’engouement autour de l’ouvrage, il est réédité trois fois au cours de l’année
1556.

1566 : Louise Labé
meurt à Parcieux-en-Dombes, près de
Lyon, âgée d’une quarantaine d’années. Quasiment rien n’est connu des dix
années qui ont précédé, sinon qu’elle rédigea son testament en 1565, dans
lequel elle faisait don de tous ses biens aux pauvres.

 

Éléments sur l’art de Louise
Labé

 

Louise Labé recycle une matière antique en reprenant les anciens mythes et en se référant notamment
à Sappho (dans la première élégie, elle se présente comme sa continuatrice),
mais certains de ses inspirateurs sont
plus récents, comme Pétrarque – par sa rhétorique faite
d’antithèses, la figure de Laure, les thèmes de la solitude, de l’absence et
de la nuit –, Érasme et son Éloge de la folie, le poète hennuyer
d’expression française Jean Lemaire de
Belges
(1473-1524), le cardinal vénitien Pietro Bembo (1470-1547), lui-même imitateur de Pétrarque et auteur
de dialogues sur l’amour, Clément Marot,
Maurice Scève, Ronsard ou le poète italien Jacopo
Sannazaro
(≈ 1455-1530), un temps exilé en France.

La poésie de Louis Labé, qui ne compte que 662
vers, apparaît plus orientée vers la sensualité,
le tourment amoureux, que celle de ses
amis poètes, Maurice Scève et Pernette du Guillet en tête, davantage versés
dans la sophistique sentimentale et la métaphysique amoureuse. Associant le rire et l’amour, ses vers enjambent le
chagrin et la mélancolie. Leur particularité est d’apporter un point de vue proprement féminin sur la
relation passionnelle.

Louise Labé a défendu une vision moderne de la femme, dont le regard doit porter au-delà des
tâches ménagères – leur esprit doit ainsi s’élever « par-dessus leurs
quenouilles et leurs fuseaux » écrit-elle –, et dont l’ambition devrait
être d’égaler les hommes en science et en vertu.

Du point de vue du style, sa poésie apparaît d’un grand
dynamisme verbal
. Si l’amour et la passion sont ses sujets quasi exclusifs,
ses vers obéissent à une grande
discipline oratoire
. Elle montre ainsi un sentiment prononcé du rythme, de l’équilibre et de la symétrie.
L’usage qu’elle fait de l’épithète, ses énumérations et ses invocations sont
aussi remarquables. Sa manière va dans le sens d’un assouplissement des structures
du sonnet
.

Il faut noter que certains travaux
d’universitaires (notamment les thèses de Mireille Huchon, soutenues par Marc
Fumaroli) ont remis en cause l’existence de la poétesse, dont le nom serait un pseudonyme derrière lequel aurait
œuvré un groupe de poètes liés à Maurice Scève.

 

 

Ce qu’on a dit sur Louise Labé

 

« Et bien qu’ell’ soit en tel nombre si belle,

La beauté est le moins qui soit en elle :

 

Car le savoir qu’elle a,

Et le parler qui soevement distille,

Si vivement animé d’un doux style,

 

Sont trop plus que cela.

Sus donc, mes vers, louez cette Louise »

 

         Jacques Peletier du Mans, Ode à la louange de Lyon

 

« Pernette du Guillet et surtout Louise Labé ont
donné à notre littérature quelques-unes des œuvres qui méritent de nous rester
les plus chères, œuvres voluptueuses et pures, porteuses d’une charge presque
terrible de tendresse et de connaissance. Les paroles de Pernette et de Louise
sont irremplaçables, elles n’ont plus été prononcées après elles, fût-ce par
les plus violentes et les plus tendres des filles de Racine. […] Tel huitain
de Pernette du Guillet, tels sonnets de Louise Labé sont la voix même d’une
civilisation qui ne cherche pas à s’accomplir ailleurs que dans les voluptés,
les souffrances et les connaissances de la terre, la voix du seul paganisme
possible. Jamais, dans la littérature, l’impudeur même des sens n’a atteint à
une telle gravité. Jamais l’âme et le corps n’ont paru aussi peu séparés, la
lucidité la plus claire ainsi présente dans les exigences de l’amour et dans ses
gratitudes, dans les corps comblés et dans les corps avides, jamais l’âme n’a
été ainsi engagée et mise en jeu tout entière dans la passion sans cesser
pourtant d’y trouver un surcroît de pouvoir, de connaissance et
d’enrichissement, jamais l’être humain n’a su conserver cette possession de soi
dans la possession de l’autre. Cette claire amitié, cette tendresse et cette
décence jusque dans les caresses que le corps reçoit et donne, ou brûle de
donner et de recevoir. Il convient moins de parler ici de passion, que d’une
véritable création amoureuse, qui ne tient de la passion que sa violence et son
intensité presque mortelle.
 »

 

Thierry Maulnier, Introduction à la poésie française, 1939

 

 

Ce
qu’elle a écrit

 

« Car
je suis tant navrée en toutes parts

Que plus
en moi une nouvelle plaie,

Pour
m’empirer, ne pourrait trouver place »

 

Louise
Labé, Sonnets, III, « Ô longs
désirs, ô espérances vaines »

 

« Baise m’encor, rebaise-moi et baise ;

Donne m’en un de tes plus savoureux,

Donne m’en un de tes plus amoureux :

Je t’en rendrai quatre plus chauds que braise. »

 

Louis
Labé, Sonnets, XVII

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