Souvenirs de la maison des morts

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Résumé

En 1850, Alexandre Petrovitch Goriantchikov aété condamné à dix ans de bagne pour avoir assassiné sa femme. Le narrateur dela préface l’a connu après cette épreuve et l’a vu mener une vie humble, celled’un homme instruit porteur d’un lourd fardeau. Puis Alexandre Petrovitch estmort, et des notes sur ses années passées au bagne furent retrouvées. Ce sontces notes qui forment le corps du récit, dont le narrateur est Alexandrelui-même.

 

Premièrepartie

 

C’est dans le dur climat de Sibérie qu’ildécouvre le bagne, délimité par les pieux d’une haute palissade. Au dehors,c’est la vie ; à l’intérieur, un espace mort, des hommes à part quiportent les fers aux pieds, dans une promiscuité permanente. Des casernesconstituent les lieux de vie des forçats. Ils y sont enfermés au crépuscule eten sortent chaque matin pour exécuter les travaux qui leur sont assignés.Chaque caserne est surveillée par un invalide. En outre, un forçat portant letitre de prévôt est désigné pour l’administrer. Le prévôt de la caserne où vitAlexandre se nomme Akim Akimyrch. Qui sont les forçats ? Des meurtriers,des malandrins, des filous, des voleurs… Certains sont des soldats, ouappartiennent à la « section spéciale », celle des archi criminels.Ils sont pour la plupart issus du peuple, et Alexandre, homme instruit, perd tousles privilèges de sa classe en se trouvant enfermé avec des hommes qui auraientdû lui montrer du respect s’il les avait croisés hors du bagne. Or, lapromiscuité à laquelle ils sont soumis est l’occasion pour eux de prendre unerevanche sur le « monsieur » qu’il est. Les bagnards ne perdent pastoujours au change en étant condamnés : ils ont un toit sur la tête, ilsmangent, ils peuvent même gagner quelque argent. En revanche, les hommes commeAlexandre se voient privés non seulement de la liberté mais aussi des plaisirsd’une vie confortable : leur peine s’en trouve décuplée.

Après trois jours sans travaux forcés,Alexandre doit travailler de ses mains, ce dont il n’a pas l’habitude, et samaladresse lui vaut les quolibets de ses compagnons d’infortune. Il ne se sentapprécié que de Boulot, le chien qui vit là, nourri des restes des forçats, àqui il a fait l’aumône de quelques caresses. Il apprend à vivre dansl’atmosphère méphitique de la caserne cadenassée dès le couvre-feu. Là, à lalueur de bougies, les forçats travaillent pour eux-mêmes, comme d’honnêtesartisans qui vendront le fruit de leur labeur pour quelques kopecks, ou bienils jouent aux cartes la nuit durant. On s’insulte, on boit de l’eau-de-vie, eton essaie de dormir, parmi les ronflements et les voix rudes. En général, lesforçats arborent un air de fausse dignité, car il n’est pas question de geindresur soi. Les joyeux drilles sont considérés comme des propres à rien. En outre,ils vivent sous la menace permanente de terribles châtiments corporels :les baguettes ou les verges, qui déchirent le dos. Les coups se comptent pardizaines, ou centaines, voire milliers, et la sanction est alors appliquée enplusieurs fois, de crainte que le condamné ne meure sous les coups. Pourtant,les bagnards prennent le risque d’introduire de l’alcool dans l’enceinte et d’enfaire le commerce, ce qui est formellement interdit. Dépenser le peu d’argentqu’ils ont est toutefois leur dernier espace de liberté.

Certains camarades se sont montrés amicaux avecAlexandre : Petrov, étrange personnage à la conversation amicale maisdécousue. Il y a Isaïe Fomitch, seul bagnard juif, et aussi Ali, jeuneCircassien à qui Alexandre apprend à lire et à écrire. Les semaines passent, etNoël approche : on emmène les bagnards aux étuves, qui offrent unedantesque vision d’hommes transpirant dans une chaleur infernale et piétinantleur propre crasse, puis on célèbre la fête avec solennité ; c’est unrappel des jours heureux, qui finit en une mélancolique saoulerie. Autreévénement marquant : les bagnards montent trois soirées théâtrales quilibèrent leurs esprits le temps de quelques saynètes comiques.

 

Deuxièmepartie

 

Bientôt, des troubles pulmonaires conduisentAlexandre à l’hôpital, vaste bâtiment qui s’élève hors de l’enceinte. On y esttraité comme les autres forçats, et seuls les médecins montrent de lacompassion. On y trouve de vrais malades mais aussi des forçats épuisés par lelabeur qui simulent quelque maladie et, avec l’accord tacite des médecins,retrouvent des forces. Il y a aussi les condamnés en attente de châtimentcorporel qui retardent par tous les moyens le moment de leur supplice. Si lesbaguettes sont douloureuses mais supportables, les verges sont souventmortelles. C’est à l’hôpital que ces malheureux viennent se remettre ou mourir,comme Orlov, qui meurt sous deux mille coups de baguettes. Les condamnés civilsont beau soudoyer le bourreau pour qu’il n’emploie pas toute sa force lors dela fustigation, cela ne suffit pas, surtout si le supplice est dirigé par lelieutenant Jerebiatnikov, un sadique qui est le seul officier à prendre plaisirà ces cérémonies. À l’hôpital, dans l’atmosphère méphitique et parmi lesmalades aux habitudes répugnantes, Alexandre coule des jours d’un ennui mortel.

Arrive le printemps, renaissance de la naturequi fait naître un tourment intérieur chez les forçats et les pousse à lanostalgie. C’est la saison des rares évasions, malgré la crainte des châtimentset de la famine : mieux vaut être libre et affamé qu’un forçat biennourri. Les fêtes pascales offrent aux détenus une semaine de repos trèsappréciée. Quelques animaux viennent en outre rompre le quotidien laborieux etrépétitif : un bouc, que l’on finira par manger ; des chiens, queseul Alexandre flatte de quelques caresses ; un aigle blessé, qui passedes mois en pénitence contre la palissade, objet de la cruauté amusée desforçats qui finissent par lui rendre la liberté – et le cheval, indispensablemoyen de traction dans la maison de force, que les détenus ont le droit dechoisir et d’acheter : cet achat commun, événement exceptionnel, est undes rarissimes moments où les forçats ont le droit d’exercer leur libre arbitre.C’est ainsi que la première année de bagne, la plus abominable de sa vie,s’écoule pour Alexandre. Vient ensuite l’habitude, qui apaise les tourments.

Alexandre a beau faire, il ne parvient pas àse faire apprécier des gens du peuple. Il ne peut fréquenter que les autresnobles, russes ou polonais, car les nobles ne seront jamais considérés commedes camarades par les autres bagnards. Ainsi, lors d’une « doléance »– réclamation adressée aux autorités et évidemment vouée à l’échec –, il esthors de question que les nobles s’associent à cette démarche. Le fossé socialreste infranchissable, en dépit de la constance des efforts d’Alexandre. Aumoins aura-t-il découvert le peuple russe dont il ignorait pratiquement tout.Très rarement, des forçats s’évadent, ils veulent « changer desort », et les bagnards espèrent que les camarades ne seront pas repris,mais ces espoirs sont souvent vains, et ce sont les baguettes ou les verges quimarquent la fin de l’aventure. Les deux dernières années de la détentiond’Alexandre, le bagne passe sous administration militaire, mais le quotidiendes prisonniers n’en est pas pour autant beaucoup changé. Cependant, Alexandrea maintenant quelques amis, et il est considéré comme un brave homme. Arriveenfin la libération : Alexandre fait ses adieux à ses camarades, on luiôte ses fers, il retrouve le droit de lire… Cette ineffable minute marque lesretrouvailles avec le monde des vivants. Il a quitté la maison des morts.

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