Souvenirs de la maison des morts

par

Les idées défendues par l’auteur

L’intérêt de cette description de la vie telle qu’elle est au sein du bagne, et des bagnards eux-mêmes, réside en ce que l’auteur lui-même fait partie des détenus, et qu’il pose un regard égal, sans pathétisme ni haine, sur ce qui l’entoure. Il décrit simplement les conditions de vie, les liens tissés entre les bagnards, la force qui s’établit entre eux et qui s’étend au rang de puissance commune, unissant le peuple russe tout entier. Souvenirs de la maison des morts est avant tout un éloge du peuple slave, du courage et de la fidélité de ses membres. Il profite de faire partie de ce « tout » afin d’analyser, de tirer des conclusions et des leçons de ses années de détention, par le biais des rencontres et des scènes auxquelles il assiste. Par exemple, il explique souffrir atrocement, bien plus que des privations, des humiliations et des tortures souvent infligées, de la constante promiscuité des uns et des autres, de ne pouvoir jamais se trouver un moment totalement seul. Il décrit de manière totalement objective les divers moyens trouvés par les forçats pour se distraire et tenter d’échapper à leur condition, tel que compter les piquets qui encerclent la palissade du camp et s’imaginer que chacun est un jour de moins passé en ces lieux, les surnoms que chacun se donne les uns aux autres (comme « Névalide » en rapport à l’infirmité de celui-ci, « l’homme à huit yeux » pour qualifier le major craint par tout le monde…) , les tentatives de beuverie que les prisonniers commettent afin de se saouler en gagnant ainsi un certain « respect de l’homme ivre », comme le nomme l’auteur ; car une fois ivre, le prisonnier devient joyeux et échappe par le rire à son quotidien…

L’auteur décrit cette vie, à laquelle s’adaptent les prisonniers, en alternant dialogues basés sur le jeu de mot et l’humour d’hommes n’ayant pas oublié ce que signifie la dérision, et scènes affreuses de tortures et d’humiliations…

Ainsi, Dostoïevski semble nous dire que la vie continue au sein même du bagne, rappelant par là qu’il ne s’agit pas d’un camp de la mort mais d’un endroit destiné à punir avant d’être relâché.

De plus, il nous montre que la société est remise à plat, à égalité au bagne. En effet, il montre que petit peuple, nobles, intellectuels, paysans, fermiers, tous ne sont reconnus plus que par leur unique condition de prisonniers sans qu’aucune distinction ne soit faite. Cependant, il prend conscience du fait qu’au sein des prisonniers, la haine du noble est une chose récurrente et qui gagne en ampleur, annonçant la future prise de pouvoir par Alexandre II qui succèdera au tsar actuel, abolira le servage et effectuera de nombreuses réformes politiques et sociales. Cette antipathie du noble qui gronde jusqu’au fond même de la Sibérie est quelque chose qui marquera l’auteur de manière indélébile, bien qu’il s’aperçoive également que l’intellectuel n’est pas mieux nanti que l’aristocrate dans le monde du bagne. En effet, celui qui bénéficie d’une instruction plus développée ne s’en tirera pas mieux puisqu’il sera totalement mis à l’écart, coupé des autres, marqué comme trop différent. Cependant, le savoir de Dostoïevski sera récompensé lorsqu’il apprend à lire et à écrire au jeune Aléi, soucieux de son avenir après le bagne : la joie que le garçon éprouve, et l’affection qui en découle est telle que l’auteur dit pleurer lors de la libération de celui-ci.

Finalement, il semble même tirer une sorte de plaisir de sa condition de forçat. En effet, il effectue un éloge du travail, affirmant que c’est celui-ci qui le maintint en bonne condition et lui fit supporter la vie de prisonnier. En effet, s’il plaint les détenus obligés de rester à l’ombre de leur cellule poussiéreuse, il explique que pour lui, travailler au grand air est bénéfique. «Je compris vite que, seul, le travail pouvait me sauver, fortifier ma santé et mon corps, tandis que l’inquiétude morale incessante, l’irritation nerveuse et l’air renfermé de la caserne les ruineraient complètement. Le grand air, la fatigue quotidienne, l’habitude de porter des fardeaux, devaient me fortifier, pensais-je ; grâce à eux, je sortirais vigoureux, bien portant et plein de sève. Je ne me trompais pas : le travail et le mouvement me furent très utiles». Son plaisir est de passer d’un travail à l’autre, et il dit aimer par-dessus tout pelleter la neige. Cette manière quelque peu philosophe d’envisager sa punition lui vaut les moqueries de ses camarades, montrant une fois encore la mise à l’écart que subit l’intellectuel. Cependant, à l’instar de cette justice qui l’a envoyé au bagne, il arrive à trouver utilité et bienfait dans son infortune.

Ainsi, Dostoïevski décrit la vie au bagne de façon atypique, en mettant en avant son amour du peuple russe et les leçons qu’il a tirées de cet enseignement. Neutre, il ne tombe pas dans l’éloge, mais décrit fidèlement les quatre années passées au bagne, avec ses hauts et ses bas, fruit d’une justice qu’il considère juste et implacable.

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