Tistou les pouces verts

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Maurice Druon

Chronologie : Vie &
Regards sur les œuvres principales

 

1918 : Maurice Druon naît à Paris
dans une famille aux racines multicontinentales et baignée par la
littérature ; il est en effet lié à l’homme de lettres Antoine-Hippolyte
Cros (1833-1903), et son père, émigré avec sa famille de Russie, acteur qui se
suicide peu après sa naissance, est le cadet de Joseph Kessel. L’enfant prend le nom du fils de notaire, éleveur de
volailles qu’épouse sa mère actrice alors qu’il a huit ans. Après une enfance
en Normandie et des années de Lycée à Vanves, Maurice Druon vient étudier les lettres à Paris et suivre les cours de l’École
libre des sciences politiques
. À cette période il commence à collaborer à
des périodiques et son oncle Joseph Kessel l’introduit dans des milieux
cultivés et artistes.

1943 : Maurice Druon accomplit ses obligations militaires, participe aux
combats, et une fois démobilisé retourne à ses occupations littéraires et fait
représenter une pièce en 1942 à Monte-Carlo avant de s’engager
dans la résistance. Alors qu’il est
expatrié en Angleterre où il vient
de rejoindre les Forces françaises
libres
, le jeune homme, déjà auteur de la chanson Le Galérien, écrit avec Joseph Kessel les paroles françaises du Chant
des partisans
, qui invite le peuple à résister à l’ennemi nazi, à
partir d’une mélodie composée en 1941 d’abord sur un texte russe. La chanson
connaît rapidement un grand succès et se voit utilisée comme signe de
reconnaissance dans les maquis. Elle connaîtra de nombreux interprètes, dont
Yves Montand après la guerre. Pendant le conflit, le jeune homme fera notamment
office de voix de la BBC pour l’émission Honneur
et Patrie
, ainsi que de correspondant
de guerre
auprès des armées françaises. Ses expériences de guerre,
notamment en tant que cadet de l’École
de Saumur
et officier de cavalerie,
lui inspirent un livre de souvenirs, La Dernière brigade, qui paraît chez
Grasset en 1946.

1948 : La première grande saga romanesque de Maurice Druon, qui devait
s’intituler La Fin des hommes,
prendra finalement, en raison du succès de son premier tome, le nom de celui-ci,
Les
Grandes familles
, qui remporte le prix Goncourt face à Vipère au poing. Cette fresque est
centrée autour d’une famille à la
tête d’un empire industriel, dont le
parcours est prétexte à dresser un tableau de la société française de l’entre-deux-guerres,
des années 1940 et 1950, en concentrant le regard sur les milieux politiques et financiers, et en épinglant le cynisme et la haine qui en motivent les acteurs. Ce premier volume sera suivi de La Chute des corps en 1950 et Rendez-vous aux enfers en 1951. Maurice
Druon poursuit en parallèle une carrière au théâtre, avec la comédie Un
voyageur
, jouée en 1953 à la Comédie-Française, et le mélodrame Le Coup de grâce, écrit avec Joseph
Kessel.

1955 : La suite romanesque historique Les Rois maudits, qui assure à
Maurice Druon une place d’importance dans les lettres françaises, prend pour
point de départ la malédiction qu’aurait lancée Jacques de Molay, dernier grand
maître de l’ordre du Temple, brûlé en 1314 pour hérésie, à l’encontre du roi Philippe le Bel qui l’a fait arrêter,
et de sa descendance. Maurice Druon,
aidé de collaborateurs – dont
Edmonde Charles-Roux –, pour ne pas dire de nègres – ce dont il ne se cachait pas –, donne ainsi un aperçu de
l’histoire de France, mêlant légendes et histoire réelle, en suivant le
parcours de ce roi et de ses successeurs, les intrigues menées par leur
entourage, jusqu’au déclenchement de la guerre de Cent Ans, au gré d’une valse
de rois qui semblent en effet « maudits » tant leurs règnes sont
courts. Cette saga sera adaptée deux
fois à la télévision, d’abord en 1972 par les réalisateurs Marcel
Jullien et Claude Barma, puis en 2005
par Josée Dayan, en rencontrant à chaque fois un immense succès. Dans le
premier tome, Le Roi de fer, est présenté Philippe le Bel, ce roi intransigeant
qui fait arrêter les chevaliers du Temple, qu’il juge trop riches et influents,
suite à quoi leur procès inique se traînera sur sept ans. Si les relations avec
la couronne d’Angleterre apparaissent apaisées, l’affaire de la tour de Nesle vient ébranler le royaume : les
épouses des deux princes royaux auraient trompé leurs époux avec deux frères
haut placés. Les tribulations autour de la succession
au comté d’Artois, entre Robert et sa tante Mahaut – personnage haut en couleur, figure de femme avide et
sans scrupules – viennent en outre complexifier l’écheveau romanesque.

La même année paraît le deuxième volume, La
Reine étranglée
. Louis X le
Hutin
est maintenant au pouvoir, et Charles de Valois est le nouvel homme fort
du gouvernement. Celui-doit affronter les anciens ministres de Philippe IV, et
les intrigues autour du pouvoir royal se poursuivent donc de plus belle. La
« reine étranglée » du titre, c’est Marguerite de Bourgogne, épouse de Louis X, incarcérée suite à
l’affaire de la tour de Nesle, qui hésite à reconnaître son adultère et à
déclarer que sa fille n’est pas du roi, conditions émises pour sa libération. En
1956 paraît Les Poisons de la Couronne, troisième tome de la saga, où le
roi Louis se voit attribuer une nouvelle épouse, Clémence de Hongrie, après la
mort de Marguerite en prison. Druon et sa fine équipe continuent ici de mêler
intrigues amoureuses et politiques, l’échiquier des forces en place pouvant
être chamboulé à tout moment à coups d’empoisonnement. Pour la première fois
depuis trois siècles, après la mort de Louis X, qui n’aura régné que dix-huit
mois, la couronne ne peut être posée sur la tête de l’héritier du roi défunt,
la jeune Clémence de Hongrie étant encore enceinte.

1957 : Le seul livre pour la jeunesse de Maurice Druon, Tistou les pouces verts, est
devenu un classique du genre. Tistou est un petit garçon dont le talent
s’affirme grâce à un enseignement
plus direct qu’à l’école. En effet,
alors qu’il ne fait que dormir en classe, auprès du jardinier Moustache, il se
découvre un talent pour faire pousser instantanément des plantes et des fleurs.
Son don contraste étrangement avec le métier de son père, marchand de canons,
et Tistou l’emploie selon la partition que lui dicte son grand cœur.

Cette année-là paraît également La
Loi des mâles
, quatrième tome de la saga des Rois maudits, où est expliqué comment l’arme juridique de la loi salique, qui écarte les femmes de
la succession au trône, a été bricolée par Philippe de Poitiers, frère de Louis
X devenu Philippe V, homme bien moins velléitaire que le défunt roi et qui,
ironiquement, la subira dans sa succession.

1959 : Dans le cinquième tome de la suite romanesque, La Louve de France,  Isabelle, qui dénonçant ses deux
belles-sœurs avait déclenché l’affaire de la tour de Nesle, revient au centre
de l’intrigue. Tristement mariée au roi d’Angleterre Édouard II, homosexuel
notoire, elle servira d’ambassadrice auprès du roi de France, dont son mari est
le cousin et le vassal, se retrouvera plongée dans un nouveau complot et,
ironiquement, adultère à son tour. En 1960
paraît Le Lis et le Lion, qui devait terminer la saga avant le
rebondissement de 1977, et qui clôt non seulement le conflit entre Robert
d’Artois et sa tante Mahaut, mais aussi l’histoire de la dynastie des Capétiens,
avant le règne des Valois,
succession qui donne le lieu à la fameuse guerre
de Cent Ans
.

1963 : Dans Les Mémoires de Zeus, Maurice Druon s’intéresse à d’autres luttes de pouvoir, celles de la
mythologie grecque, où dieux et héros se croisaient. L’œuvre a donc à nouveau
des allures de fresque, puisque
toutes les tribulations de ces personnages antiques sont romancées, mais
l’auteur ne s’en tient pas à des rappels érudits : l’ouvrage devient en
effet prétexte à l’évocation de l’humanité actuelle, et de questionnements universels, ayant trait au recul de la spiritualité,
à la peur de la mort ou à la pente à l’autodestruction. L’ouvrage est d’abord
paru en deux tomes, L’Aube des dieux en
1963 et Les Jours des hommes en 1967.
En 1966, Maurice Druon est élu à l’Académie française.

1973 : Ce gaulliste qui défend
des idées conservatrices voire réactionnaires – il fut notamment
révulsé par Mai-68 – est nommé ministre
des Affaires culturelles
par Pierre Messmer sous Georges Pompidou qui fait
là un pari, poste auquel il fera craindre, notamment aux directeurs de théâtre,
la promotion d’un art officiel, et
au cinéma la censure. Il reste à son
poste jusqu’en mars 1974 puis s’engage pour la formation gaulliste le
Rassemblement pour la République. En 1978, il est élu député RPR du XVIIe arrondissement, l’année suivante
député européen.

1977 : Dix-sept ans après la fin de la saga des Rois maudits, Maurice Druon lui offre un rebondissement éditorial
avec Quand
un roi perd la France
, en changeant de style, puisque la narration devient personnelle et c’est ici le clairvoyant
cardinal
Hélie de Talleyrand-Périgord
qui raconte les débuts
de la guerre de Cent Ans et les
règnes problématiques de Philippe VI de
Valois
et de Jean II le Bon.

1985 : L’ancien benjamin de l’assemblée devient secrétaire perpétuel de l’Académie française et mettra en œuvre la
neuvième édition du Dictionnaire. À
ce poste qu’il occupe jusqu’en 1999 il se distingue par son ouverture à la francophonie, mais aussi
par sa misogynie à l’occasion de
l’élection de Marguerite Yourcenar, première académicienne, dont se fait
peut-être aussi l’écho son opposition à la féminisation des noms de métiers,
exemple de sa volonté d’une évolution
lente
de la langue française. Il
écrit divers essais et prend part à la vie publique, notamment politique, en
exprimant ses adhésions (
Jacques Chaban-Delmas, Nicolas Sarkozy)
et ses dégoûts (François Bayrou, Valéry Giscard d’Estaing), principalement en
tant qu’éditorialiste pour Le Figaro. La pensée qu’il exprime apparaît
toujours motivée par deux principes : la supériorité de l’intérêt français et la dignité de la personne humaine.

2009 : Maurice Druon meurt à
Paris à l’âge de quatre-vingt-dix ans. Les
Rois maudits
lui auront valu une célébrité
internationale
et son existence fut parcourue de nombreux honneurs ; ce personnage de la vie publique
française, aussi bien homme d’action que de représentation, reçut notamment la
grand-croix de la Légion d’honneur.

 

 

« “Pape
Clément !… Chevalier Guillaume !… Roi Philippe !… Avant un
an, je vous cite à paraître au tribunal de Dieu pour y recevoir votre juste
châtiment ! Maudits ! Maudits ! Tous maudits jusqu’à la
treizième génération de vos races !…”

Les
flammes entrèrent dans la bouche du grand-maître, et y étouffèrent son dernier
cri. »

 

Maurice
Druon, Le Roi de fer, 1955

 

« Les princes médiocres ne tolèrent qu’un entourage de
flatteurs qui leur dissimulent leur médiocrité. »

 

Maurice Druon, La Reine étranglée, 1955

 

« La
possession ne fait pas le pouvoir. On n’est le maître, vraiment, que lorsqu’on
a si bien travaillé le fauve qu’il se couche à la voix, rentre les griffes, et
qu’un regard lui sert de barreaux. Les défiances de Robert étaient pour
Béatrice comme autant de griffes à limer. En toute sa carrière de chasseresse
elle n’avait jamais eu l’occasion de piéger si grand gibier, et réputé si
féroce que c’en était proverbe. »

 

Maurice
Druon, Le Lis et le Lion, 1960

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