Traité de la nature humaine

par

Livre I : De l’Entendement

L’empirisme mis en lumière par Hume est en fait une théorie nouvelle qui assure que les connaissances humaines proviennent de nos sens, puis de nos expériences personnelles. Cette conception sera la base de plusieurs de ses hypothèses ultérieures. Alors comment parvient-il à cette thèse ?

Selon ce grand philosophe, nos idées ont une origine simple, bien qu’elles soient chacune complexes. Il parvient donc à ce raisonnement : les idées sont avant tout simples. Elles ont pour fondement des impressions. En toute logique, puisqu’il s’agit de perceptions, ces impressions sont perçues par nos sens. Hume arrive donc à la conclusion que nos idées ne sont pas extérieures à notre expérience puisque ce qui permet de se faire une idée du monde ce sont nos sens, qui sont en contact direct avec l’extérieur.

Hume est aussi le premier à introduire dans ses écrits ce qu’on appelle des « questions de fait » en français. Dans sa langue maternelle, nous le traduirions plutôt de la façon suivante : « matter of fact ». Selon lui, ces fameuses questions ne sont pas en rapport avec le raisonnement mais avec l’expérience, avec le vécu. Ces questions doivent donc avoir pour réponse des résultats d’expériences précis. C’est pourquoi il critique largement les doctrines antérieures à la sienne qui affirment certaines conclusions métaphysiques par la présence d’un Dieu Tout Puissant. Il est également en désaccord avec les méthodes assurant l’existence d’une âme à l’homme. En effet, ces connaissances, que ses prédécesseurs ont pu prouver par raisonnement personnel, ne sont pas connaissances à ses yeux. Comment peuvent-elles l’être puisque nous n’avons pas l’expérience de ces choses ? Effectivement, si l’expérience passe par les sens et les impressions, comme nous avons pu le voir antérieurement, alors nous n’avons pas d’impression de l’existence de Dieu ou de l’âme humaine. Par conséquent, Hume refuse de croire, d’un point de vue purement philosophique et concret, à la présence d’un Dieu au ciel ou à celle d’une âme dans notre corps.

David Hume possède trois outils qui lui permettent de continuer et d’approfondir ses recherches. Dans cette partie du livre I, il en présente deux au lecteur. Il s’agit du microscope et du rasoir. Évidemment, il ne parle pas réellement de ces objets de façon concrète. Ils ne sont que des mots à placer sur des manières de raisonner.

Le « microscope » de Hume est simplement le fait de séparer en plusieurs petites idées simples une grand idée complexe. Cette technique serait en fait une manière de mieux appréhender une idée et donc de mieux la comprendre. Ensuite, si une idée simple déjà décomposée est toujours incompréhensible, alors il s’agit de la mettre à part des autres idées et de revenir peu à peu sur l’impression de notre corps qui est à l’origine de cette idée. C’est donc un raisonnement en chaîne qui vise à « zoomer » au fur et à mesure sur une idée incomprise. C’est en réalité le fonctionnement exact d’un microscope.

Le « rasoir », quant à lui, sert en fait à « découper » les idées abstraites et à les retirer de la réflexion. En effet, si on se trouve dans l’incapacité totale de relier un concept philosophique à une idée simple mise à part par le « microscope », alors c’est que ce concept n’a aucune signification, aucun sens. Hume désire ne surtout pas baser sa réflexion sur des idées ou des concepts totalement abstraits. Souvent, ces idées sont en fait conventionnelles à la religion. Il les repousse alors pour se concentrer sur des faits dont l’origine est les impressions. Ainsi, le philosophe semble être extrêmement défavorable aux idées abstraites.

Ensuite, Hume poursuit sa thèse en affirmant que l’esprit humain sait former de façon naturelle et sans fondement, des liens entre ses idées et les impressions qu’il a pu connaître dans le monde extérieur. Il prend l’exemple d’une boule de billard que l’on fait se mouvoir. Dans tous les cas, l’esprit ayant déjà assisté à une partie de ce jeu associera le mouvement de la boule à un impact, un heurt. Par conséquent et selon sa définition, cette association est en fait une capacité de l’esprit humain à prévoir une chose, à l’anticiper, en se basant sur des impressions et donc des expériences déjà vécues.

C’est à ce moment de son explication que Hume présente son troisième outil. Il s’agit de la « fourche ». Les idées peuvent en effet, chez ce philosophe, être séparées et organisées en deux catégories. On trouve d’abord les vérités intemporelles et universelles. Elles sont nécessaires et caractérisées par leur vérité. On trouve ensuite les idées contingentes. Elles sont relatives au monde et à ce qui s’y trouve. Il s’agit donc, encore une fois, de « questions de fait ».

Bien que l’empirisme de Hume soit une première philosophique, il prend tout de même racine chez différents auteurs qu’il admire. Il s’agit de Berkeley avant tout, à qui il a pris le concept selon lequel les idées ont toujours pour origine des impressions provenant elles-mêmes d’expériences. C’est donc aussi de cet auteur qu’il tire le fait que les idées abstraites ne sont pas bonnes à prendre en considération. Mais il s’est également inspiré d’un second auteur tout aussi important. Il n’est autre que Locke. Celui-ci refuse d’admettre des idées qui seraient innées à l’esprit. Il pense donc à deux sources de nos idées. La première serait celles qui découlent de nos sensations et celles, ensuite, qui découlent de nos raisonnements et réflexions.

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