Un souvenir

par

Résumé

Un vieil homme nommé Édouard et vivant à Paris tient à retourner sur les lieux de sa jeunesse, à Wescliff-on-Sea, en Angleterre, malgré les remontrances de Ted, jeune homme qui essaie de l’en dissuader. On ne sait pas précisément ce qui lie Ted et Édouard ; on les sait inséparables, par une sorte d’amitié  dialectique (Édouard a besoin de la contradiction de Ted pour continuer à être stimulé intellectuellement), et il semble parfois que les deux personnages sont les deux facettes d’un unique personnage (Édouard se faisait appeler Ted quand il était jeune). Contrairement à ce qu’on pourrait attendre, c’est le vieillard qui est romanesque et romantique, tandis que Ted est extrêmement raisonnable et rationnel.

Édouard explique qu’il veut retourner en Angleterre pour savoir s’il est encore capable d’amour. Ce qui est à l’origine de l’impulsion, c’est une vieille photographie sur laquelle apparaît une certaine Sheila, avec qui Édouard a eu une relation amoureuse quand ils étaient jeunes. Ted finit par lui céder, et par le suivre à contrecœur. Tout au long du voyage, Ted s’obstine à ironiser et détruire les illusions d’Édouard, qui de son côté tâche de retrouver ses sensations de jeunesse.

Comme Édouard est assis à côté d’une vieille dame sentant le désinfectant et la cigarette, il songe à la mère de Sheila, Mrs Walter. Très libérale pour son époque, elle les laissait batifoler à condition qu’ils ne couchent pas ensemble. Toutefois, c’est avec une certaine Béatrix, femme d’âge mûr, qu’Édouard a découvert la sexualité. Il est d’ailleurs resté lié à cette dernière, par un amour sensuel mais mesuré (Béatrix n’a que faire du romantisme), jusqu’à ce qu’elle se suicide sans motif formulé.

Arrivé dans sa région d’enfance, Édouard prend un taxi. À ce moment, on comprend que Ted ne vit que dans la tête d’Édouard, puisque le taxi ne peut le voir. Ne sachant où aller, Édouard se choisit une pension – celle de Mrs Trump, parce que d’après le chauffeur elle a une jolie fille. Édouard espère ainsi retrouver sa situation de jeunesse, dans la mesure où Mrs Walter aussi tenait une pension.

Alors qu’il se promène dans le village, Édouard songe à Mr Sutton, un ingénieur lubrique qui convoitait Sheila en même temps que lui. Les deux hommes se haïssaient. Un jour Mr Sutton a fait croire à Mrs Walter qu’Édouard avait couché avec une autre femme. Il a eu l’avantage à ce moment et s’en est allé avec Sheila. Heureusement, Édouard est parvenu à se disculper avant que Sutton n’ait pu l’épouser puis consommer le mariage.

Le lendemain, Édouard mène l’enquête. En interrogeant un révérend qui loge dans la pension de Mrs Trump, il apprend que  le révérend Roberts, ami de la famille Walter, est décédé depuis vingt ans. En interrogeant Mrs Trump elle-même, il trouve une piste plus intéressante : la mère de Mrs Trump était amie avec une certaine Leila Walter. Au téléphone, Édouard demande davantage de détails. La mère lui explique que cette Leila était amoureuse d’un Français nommé Fred. Édouard pense qu’elle parle de Sheila et lui en se trompant de noms, mais la mère quelque peu amnésique n’est pas capable de donner davantage de précisions.

Édouard va jeter un œil à l’ancienne maison des Walter. Il se remémore un certain nombre de détails : comment il essayait de faire baisser Mr Sutton dans l’estime de Mrs Walter en le calomniant, comment il a été surpris par le fait que le père de Sheila était un être chétif et malingre, comment il aimait le marchand de glaces Peppino. Alors que deux vieilles femmes passent en vélo, Ted suggère que l’une d’elle pourrait être Sheila. Édouard refuse de croire cela parce qu’il poursuit un rêve impossible : retrouver Sheila telle qu’elle était quand ils étaient jeunes. Au balcon de la  maison, apparaît soudain une jeune femme noire.

Puis un vieil homme surgit, qui reproche à Édouard de tourner autour de la maison pour reluquer ladite jeune femme – elle est l’épouse du vieil homme et s’appelle Zénaïde. Quand il comprend qu’Édouard n’est pas là pour cela, il l’invite à boire un grog. Édouard songe alors à ce moment où peu avant leur séparation, Sheila lui a confié qu’elle le désirait autant que lui la désirait – il s’était promis de revenir, mais n’en a rien fait. Tandis que le vieil homme, plein de conceptions racistes, est occupé à tenir Zénaïde enfermée dans un placard, Édouard demande à visiter la maison, mais il se rend compte avec déception qu’elle ne lui évoque rien.                    Par ailleurs, le vieil homme n’a pas connu Mrs Walter.

Édouard va donc interroger le notaire qui s’est chargé de la vente de la maison. Le notaire, qui croyait qu’il allait pouvoir faire affaire avec Édouard, est peu conciliant, ne lui fournit aucune information nouvelle, mais essaie de lui vendre une vieille bicoque tout abîmée apparemment facile à restaurer. Édouard reconnaît ledit bâtiment. Quand il était jeune, il y avait là une sorte de club de jazz, où chantait la très belle et sensuelle Rosella. Un soir, pendant un bain de minuit, il faillit fauter avec elle : Sheila surprit Rosella en train de masturber le jeune homme. Elle lui pardonna vite parce qu’il n’avait pas cherché la caresse. Plus tard, longtemps après la séparation, Édouard a couché avec Rosella, en France, et s’en souvient avec délice.

Au cours d’une énième promenade, Édouard tache de se souvenir des dernières paroles échangées avec Sheila, des paroles émues, un peu amères. Après une invitation secrète de Sheila, ils passèrent leur dernière nuit enlacés dans le même lit, sans toutefois coucher ensemble. Une fois leur séparation, Édouard oublie Sheila dans les bras de Beatrix. Il ne reviendra à Westcliff que quelques années plus tard, après un rendez-vous manqué avec Beatrix. On l’accueille avec regret à la pension Walter : Édouard arrive le jour du mariage de Sheila avec un autre homme, et il est trop tard pour arrêter le processus. Mrs Walter regrette de n’avoir pas laissé Sheila et Édouard consommer leur relation quand ils étaient plus jeunes ; elle imagine que cela les aurait liés. Édouard pense quant à lui que le fait de ne pas avoir couché avec Sheila est ce qui la rend si particulière à ses yeux. Il revoit une dernière fois Sheila, amaigrie et embarrassée, qui ne sait quoi faire à part lui demander de repartir.

Édouard fait enfin la connaissance de la fille de Mrs Trump, Caroline. Il aime sa sincère ingénuité. Ils dînent ensemble à la table de la pension, où ils racontent quelques histoires cochonnes, au grand dam de Mrs Trump. Cette dernière apprend bientôt à Édouard que la mère Trump a rappelé : la Leila dont elle parlait était bien Sheila, et cette Sheila vit encore à Westcliff. Caroline, qui semble de plus en plus séduite par Édouard, propose de l’accompagner chez sa vieille amie.

Édouard, malgré la perplexité de Ted, décide de partir sans revoir Sheila, sans profiter du béguin de Caroline. Il écrit un billet à Sheila, qu’il demande à Caroline de délivrer. Celle-ci l’interroge : « Et si la dame demande de la part de qui ? ». Édouard répond : « Vous lui direz : ce n’est rien qu’un souvenir. »

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