Un souvenir

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Michel Déon

Chronologie : Vie &
Regards sur les œuvres principales

 

1919 : Michel Déon – nom de plume devenu le véritable patronyme d’Édouard
Michel – naît à Paris dans une
famille de fonctionnaires et de militaires. Il étudiera, au gré des affectations
de son père fonctionnaire, à Nice et à Monaco, où celui-ci, conseiller à la
cour du prince Louis II, meurt en 1933. Il retourne ensuite à Paris avec sa mère poursuivre sa
scolarité au lycée Janson-de-Sailly. À dix-huit ans il s’inscrit en faculté de droit sous la pression
familiale, même s’il se sent déjà une vocation littéraire et journalistique. C’est
aussi à cette période qu’il rejoint l’Action
française
. Une fois démobilisé, fin 1942, il entame une activité journalistique, d’abord en
tant que secrétaire de rédaction à L’Action
française
. Durant son séjour en zone sud, il rencontre Charles Maurras, qui l’inspirera grandement. Ses lectures sont
alors orientées vers les classiques, les latins et les historiens. Outre
Maurras, les grandes figures qu’il admire sont Stendhal, Joseph Conrad
et Jean-Paul Toulet. Il sera
également très lié à Paul Morand.

Rentré à Paris, il travaillera pour plusieurs
journaux tout en se livrant à l’écriture de romans et nouvelles. Son premier roman publié, Adieux à Sheila, paraît en 1944. Ses premières productions sont cependant
plutôt maladroites. En 1946, il devient correspondant de presse en Suisse et en Italie. Plusieurs bourses lui permettent un long séjour aux États-Unis et au Canada en 1950-1951. Il rencontre outre-Atlantique les futurs prix
Nobel de littérature William Faulkner et Saul Bellow. Ce dernier est encore
inconnu en France et Déon s’essaiera à la traduction de ses textes.

À l’époque de la parution de ses premières
œuvres, Michel Déon fait partie, avec Antoine Blondin et Jacques Laurent
notamment, du groupe d’écrivains baptisé « les Hussards » par l’écrivain Bernard Frank. Ceux-ci, réunis
autour de la figure de Roger Nimier, s’opposent à la figure de l’intellectuel
engagé prônée par Sartre et les existentialistes, et se distinguent par un style cinglant, un goût pour les causes
perdues et leur refus des modes. Le
groupe évolue dans la sphère de l’Action française. La Revue de la Table ronde et la maison d’édition du même nom furent
de leurs porte-voix. Cette dernière fera paraître plusieurs œuvres de Michel
Déon avant d’intégrer la sphère Gallimard. Michel Déon aura en outre été
conseiller littéraire aux éditions Plon et tenu la chronique dramatique des Nouvelles littéraires.

L’écrivain a vécu plusieurs années sur l’île
grecque
de Spetsai (1963-1968),
avant de faire un long séjour au Portugal (consécutif à la lecture des pages de
Jacques Chardonne sur Sintra) puis de partager son temps entre l’Irlande, dès 1969, où il suit cette fois la piste de Joyce et Beckett, la Grèce et Paris. L’Italie a aussi beaucoup compté pour lui. Plusieurs de ses œuvres
apparaissent ainsi imprégnées de la matière de ces pays.

1970 : Le roman Les Poneys sauvages, qui remporte le prix Interallié ainsi qu’un grand succès, est la première œuvre véritablement
ambitieuse de Michel Déon, qui a cinquante ans passés à sa publication. Il
s’agit d’une vaste fresque sur la décadence de l’Occident, entrelaçant
sur une trentaine d’années les parcours de quatre étudiants de la génération de
l’auteur, lesquels se rencontrent à l’université de Cambridge peu avant la
Seconde Guerre mondiale. Globe-trotteurs, esthètes, agents secrets, en tout cas
passionnés, on les retrouve à Madère, à Aden, en Grèce, en Italie, en Pologne
ou en Irlande. À personnages hors-normes, femmes exceptionnelles, aux
nationalités multiples. L’œuvre, toujours l’une des plus lues de Michel Déon,
est parue dans une édition retravaillée en 2010, l’auteur l’ayant jugée mal
écrite à sa relecture.

1973 : Un taxi mauve a pour protagoniste un journaliste quinquagénaire
retiré dans la campagne irlandaise
après la mort de son fils. Le récit foisonnant évoque ses rencontres avec des
personnages fascinants, dont une fratrie de deux frères et deux sœurs hauts en
couleur, un mystérieux homme appelé Taubelman qui s’avèrera finalement mort
depuis trois ans, et un docteur humaniste, partisan de l’IRA, se déplaçant dans
un taxi mauve. La nature sauvage irlandaise, notamment aperçue lors de parties
de chasse, occupe une place centrale
dans le récit, où il est question des tensions
politiques
et des complots de l’IRA. L’œuvre, la plus lue de Michel Déon, et
qui a remporté le Grand prix du roman de l’Académie française, sera adaptée en
1977 au cinéma par Yves Boisset avec Charlotte Rampling, Philippe Noiret et
Fred Astaire dans les rôles principaux.

1975 : Dans le roman picaresque Le
Jeune Homme vert
, Michel Déon se crée un nouvel alter ego en la
personne de Jean Arnaud, un enfant trouvé adopté aux lendemains de la Première
Guerre mondiale par un couple de gardiens normands. Le lecteur, rendu complice
de l’histoire par de nombreuses adresses qui lui sont faites, suivra les aventures rocambolesques de ce jeune
homme à travers l’Europe. Celui-ci
apparaît sans cesse tiraillé entre l’éducation simple qu’il a reçue et le
milieu aristocratique auquel il a eu accès à travers les employeurs de ses
parents adoptifs. Au-delà du parcours individuel, Michel Déon s’attache à
restituer les réalités sociales du temps. Deux ans plus tard, en 1977, l’auteur contera la suite des
aventures du héros, qui a fait la guerre et se retrouve dans une maison close
d’Auvergne, dans Les vingt ans du jeune homme vert. Jean Arnaud y vit son
premier grand chagrin amoureux après
s’être épris d’une passante elle-même amoureuse, qui le paie de retour tout en
se soustrayant à lui. L’auteur traduit les différentes réalités de la France sous l’Occupation, rend
fidèlement une certaine insouciance,
demeurée possible en certains lieux, et intervient à plusieurs reprises au sein
de la narration pour émettre des commentaires sur les évènements passés ou à
venir. L’année suivante, en 1978, Michel Déon fait son entrée sous la coupole
de l’Académie française.

1984 : L’amour de Michel Déon pour l’Italie lui a inspiré Je
vous écris d’Italie
, l’histoire d’un officier d’infanterie qui, quatre
ans après avoir servi durant la campagne d’Italie de 1945, retourne sur les
lieux de ses souvenirs encore frais. Il est d’une part motivé par sa vocation
d’historien – le passé de Valera, une bourgade fortifiée d’Ombrie, fondée
quatre siècles plus tôt par un condottiere, l’intéresse en effet au plus haut
point –, tout comme par l’espoir de retrouvailles avec la belle et noble femme
qui avait été son hôtesse en ces lieux. Il est question de la nature italienne, de mœurs immuables en
des coins reculés et de l’organisation d’une fête païenne. Dans les trois dernières œuvres évoquées, Michel Déon
apparaît très inspiré par Stendhal.

1987 : L’écrivain parle à nouveau de lui à travers un alter ego dans La
Montée du soir
, roman qu’il présente comme le plus cher à ses yeux. Il
y met en scène un homme quasi septuagénaire qui, au « soir » de sa
vie, fait l’expérience des souvenirs qui
s’enfuient
, des choses qui lui échappent, comme cette canne d’alpiniste
qu’il perd, ce corail cassé, ce plat ancien que brise son chien – autant de
choses qui le marquent profondément, alors que lorsqu’il apprend que cette
maîtresse qu’il pensait adorer le quitte, il ne rencontre en lui
qu’indifférence. C’est l’expérience d’une solitude
inconnue, après une vie trépidante, que raconte ici l’auteur.

 

Michel Déon a écrit plus d’une quarantaine
d’ouvrages. Il a œuvré, mais de manière anecdotique, pour le théâtre, mais
aussi pour la littérature jeunesse avec le conte Thomas et l’infini (1975).

 

 

« Maintenant que j’écris cette histoire tandis qu’elle
s’achève après un hiver doré, je sais qu’une vérité viscérale a besoin de se
faire jour en nous, que seuls certains êtres sont capables de nous l’arracher
ou certains signes de la provoquer et qu’il importe de ne pas l’étouffer si
l’on ne veut pas être rongé. Elle crée la vie, notre vie, un douloureux
enfantement jusqu’à la mort, un mélange de désespoir et d’exaltation sans
lequel rien n’aurait de sel. »

 

Michel Déon, Un taxi mauve, 1973

 

« Ce ne sont pas de
graves et ostensibles défauts qui déboulonnent une statue – et même, bien au
contraire, on pourrait dire que les défauts graves et ostensibles grandissent
un homme qui vaudrait peu sans ses vices et sa cruauté – mais des petitesses,
de maladroits mensonges. »

 

Michel Déon, Un déjeuner de soleil, 1981

 

« Il avait maintenant
trente-cinq ans, l’âge ingrat des adultes. La métamorphose d’un homme jeune en
un homme mûr ne se fait pas sans quelques grincements : cheveux gris aux
tempes, légers ennuis de santé pendant l’hiver, agacement de revoir toujours
les mêmes têtes. »

 

Michel Déon, À la légère, 2013

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