Une vie de boy

par

La violence

Une Vie de Boy est un réquisitoire contre lacolonisation et ses méthodes dans les pays africains. L’auteur choisitd’employer un narrateur-sujet pour faire vivre au lecteur les impressionsdirectes du personnage. Et l’un des aspects qui frappe le plus dans le récit estla violence. La violence envers les noirs est omniprésente, qu’il s’agisse deviolence verbale ou de violence physique ; elle est à sens unique et d’unebanalité inquiétante.

         Par exemple, lors de l’entretiend’embauche de Toundi, les questions qui lui sont posées se résument à despréjugés attribués aux noirs par leurs patrons blancs : est-il un voleur,est-il croyant, a-t-il peur de l’enfer ? Même si le personnage de Toundine semble pas particulièrement choqué par ces questions, le lecteur perçoit toutde même la gravité d’une accusation qui se répercute sur toute une race.Cependant, la violence verbale est anodine en comparaison de la violencephysique dont les personnages noirs du roman sont les victimes.

« M. Moreau, échevelé, les manches de sa chemise retroussées, s’acharnaitsur mes compatriotes avec une telle violence que je me demandais avec angoisses’ils sortiraient vivants de cette bastonnade […] Le grand Sara accourut,présenta son arme et asséna un coup de crosse sur les suspects.

– Pas sur la tête… ils ont la tête dure… sur les reins…

Ndjangoula donna un coup de crosse sur les reins. Les nègres s’affaissaientet se relevaient pour s’affaisser de nouveau sous un autre coup plus violent. »

Deux exemples sont développés endétail : celui de Sophie et celui de Toundi. Dans le cas de Toundi, lejeune homme est accusé à tort, battu, torturé jusqu’à ce que mort s’ensuive. Àaucun moment dans le traitement qui lui est infligé la moindre pitié n’intervient.Sa vie n’a pas de réelle valeur aux yeux du Commandant. Du moins, elle a moinsde valeur que sa réputation et sa fierté. La violence dont le personnage deSophie est la victime est tout aussi choquante, sinon plus encore. Lacuisinière subit fréquemment les abus de son maître. Elle n’est pas considéréecomme une femme par l’homme qui se sert d’elle comme exutoire pour ses pulsionssexuelles, mais uniquement comme un outil. Ainsi, le personnage de Sophie subitune invasion qui touche non seulement son corps et son intimité, mais égalementsa psyché.

         La violence dans Une vie de Boy est omniprésente, dans le comportement des blancsenvers les noirs, dans les châtiments qui leur sont infligés, dans les rafleseffectués dans les quartiers noirs, et en bien d’autres occasions. Elle estperçue comme un droit naturel du colon sur le colonisé, et semble représenterla norme des rapports sociaux entre le dominant et le dominé au moment de lacolonisation. Il s’agit d’une violence dont se délectent particulièrement despersonnages comme le commissaire Gosier-d’oiseau, son acolyte Eau-de-viande, lechef des gardes ou encore le vicaire Vandermayer qui usent de violencegratuite, semble-t-il, à chaque fois que l’occasion se présente.

« – Passe-moi la chicotte dit Gosier-d’oiseau.Il fit siffler le nerf d’hippopotame sur le dos du garde qui poussa unbarrissement de douleur.

– Là ! C’est comme ça qu’il faut frapper !Recommence !

    – Crie !Crie donc pleurait-il en s’acharnant sur moi…

    – Ta gueule! lui cria l’amant de Sophie en me décochant un coup de pied sur le menton…

    – Demainrien à manger…Chicotte toute la journée… »

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