Une vie de boy

par

L'exploitation coloniale

Lesrapports entre l’homme blanc (le colon) et l’homme noir (le colonisé) sont unthème central de ce roman. Les colons font preuve d’une brutalité physique etmorale extrême à l’égard des travailleurs africains, dans des conditions oùseule une relative liberté de corps semble séparer la colonisation de l’esclavagepur et simple.

         «Quand je revins à moi, j’étais couché sur une natte dans un lit de bois, isolédans une cabine dont les cloisons descendaient à une certaine distance du sol.De mon lit, je ne voyais que les pieds des gens. La poignée de ma cabinetourna. Je fermai les yeux. »

         LesAfricains sont totalement impuissants devant les injustices commises par lescolons. Souvent accusés et punis violemment pour des crimes qu’ils n’ont pascommis, les Africains se retrouvent sans ressources face à la machineadministrative et policière coloniale, et ne peuvent que subir un châtimentimmérité. L’exemple de Toundi, accusé à tort d’être l’amant et donc le complicedu vol des salaires par Sophie, est très parlant à cet égard, et témoigne desdysfonctionnements du système colonial. Le jeune homme est privé des droits lesplus fondamentaux, il n’a pas accès à une justice équitable ou à un avocat pourle défendre. Il est soumis à de mauvais traitements mais également à des coupsviolents et répétés. Lorsqu’il suggère que Sophie a pu s’enfuir en Guinéeespagnole, cette supposition désespérée est interprétée comme un aveu deculpabilité par ses tortionnaires.

         Lemanque fondamental de justice de l’administration coloniale est poussé jusqu’àun extrême qui frôle parfois l’ironie : Toundi se voit accusé d’avoirpropagé la rumeur de l’infidélité de la Commandante et il est châtié pour cecrime qui n’en est pas un ; il n’a absolument rien dit à qui que ce soitet toute la colonie était au courant de la conduite de la femme du Commandant.

         Laseule à se rebeller contre le système colonial est Sophie. Soumise àl’exploitation sexuelle de son employeur, qui a transformé sa cuisinière enmoyen de satisfaire ses besoins sexuels, elle fait part de son sentimentd’injustice à Toundi qui y reste sourd. Elle choisit finalement de se libéreren s’enfuyant avec l’argent des salaires, se libérant ainsi de la domination decelui qu’on pouvait appeler son maître, tant il dispose à volonté du corps dela jeune fille.

« Dans l’église Saint-Pierrede Dangan, les Blancs ont leurs places dans le transept, à côté de l’autel.C’est là qu’ils suivent la messe, confortablement assis sur des fauteuils derotin recouverts de coussins de velours. […] la nef de l’église, divisée endeux rangées, est uniquement réservée aux Noirs. Là, assis sur des troncsd’arbres en guise de bancs, ils sont étroitement surveillés par des catéchistesprêts à sévir brutalement à la moindre inattention des fidèles. Ces serviteursde Dieu, armés de chicottes, font les cent pas dans l’allée centrale qui séparehommes et femmes. »

         L’exploitation coloniale est encoreprésentée à travers les moyens qu’elle met en place pour maintenir le systèmeoppressif. La ségrégation en est le fer de lance. Il y a une séparationsystématique dans la société du blanc et du noir : la ville est séparée enquartiers blancs et en quartiers noirs ; à l’église aussi, la séparationentre les races est faite. Il n’y a, à aucun point de vue, la moindre égalité,même circonstancielle entre l’homme blanc et l’homme noir tout au long durécit. Le noir n’est pas considéré comme un être humain à part entière. Cemanque de considération est notable dans le comportement de la femme duCommandant qui ne prend pas la peine de dissimuler ses frasques aux yeux desdomestiques noirs de la maison. Leur opinion, s’ils en ont une, n’a aucunevaleur.

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