Ursule Mirouët

par

L’héritage

Avant d’aborder le thème de l’héritage dans Ursule Mirouët, notons l’importance de celui-ci dans la société française du XIXème siècle. Alors, la France connaît une succession de chamboulements politiques, de la chute de l’empire napoléonien à la création du Second Empire. Avec le changement constant de régimes et de pouvoir, la bourgeoisie doit lutter pour maintenir sa position sociale et assurer son futur, spécialement sur le plan financier. Ainsi entre en jeu la question de l’héritage. Les ressources financières que constituait un héritage tout entier étaient faramineuses, d’autant plus quand le défunt était un bourgeois. Et bien que pour certains la fortune d’un héritage était nécessaire pour leur survie, pour d’autres c’était plutôt un moyen de s’enrichir (cas de l’épouse du Comte de Portenduère, dont la fortune s’élève à soixante mille livres de rentes). Dans d’autres cas (et cette dernière situation est la plus illustrée dans les pièces de théâtre), certaines femmes épousent des hommes riches (ou vice-versa) puis les assassinent. Mais la situation se complique non seulement lorsque la famille du défunt est une grande famille – par conséquent, il est difficile de partager les biens – ou lorsque l’héritage est légué à un membre qui n’appartient pas à la famille, comme c’est le cas dans Ursule Mirouët.

 

Ayant ainsi établi la situation socio-politique dans laquelle se déroule le roman, on peut mieux comprendre pourquoi tant d’intrigues et de subterfuges sont mis en place par les Minoret pour dérober cet héritage des mains d’Ursule. Pour les héritiers du docteur Minoret, Ursule est une « bête noire », une « épée de Damoclès » ; elle représente un obstacle à l’obtention d’une fortune qui leur revient de droit. Ils ont patiemment attendu l’heure de la mort du patriarche pour s’approprier ses biens. Comme le texte le mentionne (faisant référence à Mme Crémière) : « Cette financière du dernier ordre, pleine de prétentions à l’élégance et au bel-esprit, attendait l’héritage de son oncle pour prendre un certain genre ».

 

C’est ainsi que Minoret-Levrault, en tête de liste, lance le premier de multiples intrigues pour attiser la colère et le ressentiment des autres héritiers à l’égard d’Ursule. De cette convoitise des biens d’autrui, naissent dans le cœur de l’homme des stratagèmes malhonnêtes visant à dérober l’autre. Et dans le cadre de la famille Minoret, les machinations sont multiples. D’abord, Désiré Minoret entreprend de séduire Ursule afin de l’épouser et de gagner sa fortune. Ensuite, c’est Minoret-Levrault qui tente de brûler le testament légué du défunt docteur, qui indiquait Ursule comme son héritière. Lettres anonymes, menaces et calomnies se multiplient.

 

Le thème de l’héritage ainsi discuté ne sert pas seulement à dénoncer la cupidité de la société, un amour de l’argent qui cause le retournement tragique de frères les uns contre les autres, mais Balzac nous démontre aussi la solidarité indestructible lorsqu’il s’agit de faire le mal. 

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