Winter

par

L’isolement et la dureté de la vie

Pour deux personnes qui n’ont jamais été confrontées àun climat rigoureux, se rendre pour l’hiver dans le Nord des États-Unis est uneaventure éprouvante. Mais encore, la solitude imposée par le grand froid, laneige et la faible population ajoutent à l’inconfort. Nous pouvons sans peineimaginer ce que devait être la vie, il y a bien des années, dans de nombreusesrégions du continent américain.

Rick Bass et sa femme partent donc vivre dans lavallée du Yaak, avec son unique saloon, ses deux téléphones publics et safaible population. Ils s’y installent et subissent la nature comme jamais ilsne l’ont subie dans les villes. Ils deviennent alors conscients de leurvulnérabilité face à la toute-puissance de l’environnement, que rien ne vientatténuer.

« Quarante degrésau-dessous de zéro. Nous avons un peu peur. Nous sommes à la merci du froid.Nous l’espérons clément […] Mais pour le moment, nous dormons devant lacheminée, le bois brûle nuit et jour, et nous tournons maladroitement les pagesde nos livres de nos mains gantées. »

Livré à la nature, l’auteur est forcé de se rendre àl’évidence ; il a laissé derrière lui l’ordre et la prévisibilité que l’onattribue à nos villes. La nature est imprévisible et cruelle, implacable etprofondément belle – « Je crois queje commence à apercevoir un schéma, que je discerne à travers cette pluie et cesoleil – qu’il n’y a aucun schéma. »

L’isolement agit comme une peine supplémentaire quiappesantit le quotidien des protagonistes. Ils ressentent un manqued’interactions humaines, ces interactions en fonction desquelles nous apprenonsà nous définir, les interactions par lesquelles nous existons en société. Maistout près de la frontière canadienne, entourés de neige, de grizzlis, dewapitis, de pumas et de caribous, leur vie passée leur manque :

« Ils sont tellement loin.Ma famille et l’autre partie de ma vie – les amis, les connaissances –, et ilsforment une autre galaxie. Ça ne rime à rien, c’est une drôle de façon devivre, mais ça me plaît. Si le bonheur ne coûtait rien, ça ne vaudrait pas lapeine de le posséder. Voilà ce que je me dis – et me redis. »

Finalement, perdus dans leur lutte pour la survie, ilscommencent à se découvrir eux-mêmes. Ils entrent en contact avec leur naturesauvage, découvre une joie de vivre particulière dès lors qu’on accomplitseulement des gestes qui ont beaucoup plus de sens. Il y a une exaltationprimaire à savoir que chaque acte, chaque pensée est vouée à la conservation età la pérennisation de sa propre existence ; il n’y a aucun doute quant àleur utilité.

« Je commence à medissocier de la race humaine. Je ne voudrais pas passer pour un malotru – maisça me plaît. Ça me plaît même tellement que ça me fait un peu peur. C’est unpeu comme si en baissant les yeux vers ma main, j’y voyais pousser un début defourrure. »

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