Winter

par

Résumé

L’auteur et narrateur, Rick Bass, est géologue en plus d’être écrivain. Originaire du Texas, il vit avec sa compagne Elizabeth dans l’état du Mississippi. Poussé par le désir de trouver un « refuge d’artiste », tous deux se mettent en quête d’un lieu paisible, isolé, proche d’une eau courante, et où le vent souffle librement dans les grands arbres. Au volant de leur vieille voiture, ils parcourent les États-Unis à la recherche d’un lieu idéal qu’ils pourraient acheter, et finissent par atteindre une vallée toute proche de la frontière canadienne, la vallée de Yaak, dans le Montana. Un ranch, plusieurs bâtiments, de vastes terrains à surveiller et entretenir… Rick et Elizabeth ne seront pas propriétaires mais gardiens du domaine pour le compte d’un dénommé Holger. Le bonheur qu’ils en retireront sera cependant bien le leur. Winter est le journal tenu par Rick Bass, la chronique de ce premier hiver passé dans le froid et la solitude du Montana, du 13 septembre au 14 mars.

Rick passe les deux premières semaines seul, avec ses deux chiens, dans l’attente d’Elizabeth. Il découvre l’univers qui va être le sien. Silencieux, immobile, le paysage ne s’anime que lorsqu’apparaît un animal : lièvre, cerf, orignal, ours même, et dans le ciel, de vastes oiseaux comme les tétras, et ces chouettes qui chantent la nuit. Il y a des hommes aussi, une petite communauté, solidaire et individualiste à la fois, disséminée sur ce vaste territoire. On se retrouve au Dirty Shame, le bar-saloon où l’on boit de la bière en jouant, où l’on parle chasse et pêche, où l’on regarde les matches de football américain à la télé, car le Dirty Shame reçoit l’électricité, contrairement aux fermes isolées comme celle d’Elizabeth et Rick. Et l’on parle surtout de celui qui arrive lentement mais sûrement : winter – l’hiver, ce terrible moment de l’année qui éprouve les êtres et les choses. Quand tombera la première neige ? C’est la question que se posent Jim Kelly, le garde forestier, ou Tom et Nancy Orr, chez qui les poignées de portes et de placards sont faites de corne de wapiti polie, et tous les membres de la communauté. Quand Elizabeth débarque en pleine nuit à la petite gare de Libby, la ville la plus proche de la vallée, c’est un mari barbu qui l’accueille, un homme bien décidé à prendre sa place parmi les habitants de la vallée de Yaak.

Dès septembre, la grande affaire est de rentrer le bois pour l’hiver. Pour ce faire, Rick passe ses journées dans la forêt à débiter en bûches d’immenses troncs de mélèze. Il a appris à se servir d’une tronçonneuse, un puissant et dangereux engin qui mord la pulpe des troncs avec aisance et trancherait en un rien de temps la jambe d’un bûcheron imprudent. Les locaux s’en servent avec une déconcertante facilité, acquise au fil des années passées ici. Avoir du bois est vital, car les vieux bâtiments sont mal isolés et la température va bientôt descendre à près de moins trente degrés. Alors, après avoir écrit le matin, Rick part dans la montagne et coupe des cordes, qu’on appellerait des stères en Europe, et les ramène au logis dans sa camionnette brinquebalante. Couper le bois, c’est une technique, et des trucs d’anciens, que les locaux comme Truman expliquent gentiment à Rick : porter un pantalon évasé à hauts revers pour éviter que la jambe ne soit prise dans une branche, des bottes montantes, affûter régulièrement les dents de la chaîne, et retourner le guide-chaîne, aussi.

L’hiver s’annonce par des signes, comme ce blanc qui colonise la fourrure des lièvres bruns. Bientôt la neige sera là, qui isolera la vallée et ceux qui y vivent sous un manteau épais impénétrable comme un rempart. La vallée de Yaak est un des derniers endroits épargnés par l’exploitation industrielle du milieu naturel : il suffit de passer la montagne et de se rendre à Libby pour constater les dégâts irréversibles provoqués par l’inconscience d’hommes indifférents : la rivière qui traverse la petite ville n’a plus de poissons, à cause des boues qu’on y jette en amont. Des jeunes gens imbéciles lavent et vidangent leur voiture au beau milieu de la rivière, déversant nonchalamment dans les eaux les produits toxiques que l’opération génère. Devant ce désastre annoncé qui serait pourtant évitable, la révolte flambe en Rick, qui en aime d’autant plus la vallée. La toponymie des lieux se fait l’écho des temps où vivaient là les grands caribous – Caribou Creek, Mont Caribou – que l’homme a exterminés. Les vastes troupeaux de paisibles herbivores ont disparu, à une exception près.

Les jours passent, Rick coupe et rentre du bois, prépare la ferme à l’arrivée prochaine de l’hiver, et le couple s’en va explorer les alentours, quand leur vieille voiture le leur permet. Dans la vallée toutes les voitures sont vieilles, mais elles sont solides. Les routes sont tortueuses, dangereuses, on y croise des camions qui transportent des troncs géants et foncent sans s’écarter : la route est à eux. Il faut écouter la CB en permanence quand on roule, afin de prévoir la descente des camions rois et s’écarter avant leur passage. À la maison aussi on a la CB branchée en permanence, sous peine d’être complètement coupé du monde. Dans ce milieu rude et austère, Rick a trouvé le bonheur : il goûte intensément ces moments de solitude quand, au milieu de la forêt, il débite des troncs entiers, mais aussi ces heures d’écriture auprès du poêle, allié indispensable pour combattre le froid qui s’annonce.

Le froid, Rick l’attend, l’espère. En octobre, la température a encore baissé, Elizabeth et Rick jubilent. L’été indien passe vite, poussé par le vent chaud du chinook. Et le 16 novembre, la neige arrive. Les gros flocons, comme des plumes, couvrent la terre d’une épaisse couche immaculée. Le monde devient irréel, écrasé par un incroyable silence. On continue à vivre, mais en s’adaptant. Le rythme devient plus lent, et il est capital de ne pas être surpris au dehors par la nuit et le froid : c’est rien moins que la mort qui attend l’imprudent. Mais cela importe peu aux hommes qui, pour Thanksgiving, se rassemblent et rendent grâce : ils racontent les histoires de leurs vies hautes en couleur, partagent une nourriture succulente, perpétuant l’héritage de ces hommes d’autrefois qui vivaient en communion avec la nature.

Les semaines passent, la température descend encore. Les fêtes de fin d’année sont pour Elizabeth et Rick l’occasion de quitter la vallée de Yaak et d’aller visiter leur famille, dans des états où il fait chaud. Mais c’est avec un soulagement qui les surprend eux-mêmes qu’ils rejoignent le Montana et ses rigueurs : là, ils ne sont pas des ermites, mais des gens qui, en ayant adopté un rythme calqué sur celui de la nature, examinent une vie qui s’en trouve embellie.

Maintenant, le froid est si intense que les troncs d’arbre craquent, que les branches cassent comme du verre, qu’on croit entendre les cristaux de glace tintinnabuler dans l’air. Rick continue d’écrire et de couper régulièrement du bois. Il fait moins quarante et l’on ressent le froid même devant la cheminée où flambent des bûches durement obtenues. Rick est cependant heureux et chérit même cet hiver qui les malmène. Le premier redoux survient le 16 janvier ; la pluie fait comme une souillure sur le manteau blanc. Il fait toujours très froid mais, comme l’avait fait l’hiver avant lui, le printemps annonce sa venue par des signes, et début mars, c’est comme une rupture : la neige commence à fondre, la boue couvre les routes, il fait moins douze la nuit, plus dix le jour. Les bruits qu’on croyait disparus reviennent, les ruisseaux coulent à nouveau, les animaux s’éveillent après des mois d’hibernation. Le printemps est là, et Rick va attendre l’hiver pendant sept longs mois, cet hiver qui a fait de lui un homme serein, apaisé. Il a achevé sa métamorphose et a laissé sa vieille enveloppe derrière lui : il ne quittera plus, pense-t-il, la vallée de Yaak.

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