Analyse d'un extrait du refus global

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  • Publié le : 13 juin 2010
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Analyse d’un extrait du Refus global (1948)
Paul-Émile Borduas (1905-1960) est le signataire principal du Refus global (1948). Avant même d’exposer sa démarche artistique dans ce manifeste, il l’exprimait déjà par sa peinture (exposition appelée Peintures surréalistes en 1942) : il s’agit d’une peinture non-figurative qui vise à explorer et à illustrer l’univers intérieur de l’artiste. Àl’instar de ce courant artistique, le Refus global exprime un engagement total des artistes, une volonté de rompre avec les valeurs traditionnelles et de s’inscrire dans un courant artistique global. Ce manifeste débute avec le texte éponyme Refus global, mais il constitue en même temps une forme d’anthologie, car il est suivi d’autres textes composés par quelques-uns de ces artistes dits automatistes. Lessujets touchés sont nombreux et celui qui contient la plus lourde portée contestataire et révolutionnaire est sans contredit le premier texte du recueil. Fort de ses multiples cosignataires, il y décrie l’emprise du clergé sur le peuple canadien-français, l’idéalisation de l’idéologie traditionnaliste du terroir et le culte voué à la noirceur intellectuelle, à l’ignorance.
Il s’agit d’unmanifeste qui rejette en bloc non seulement les romans du terroir ou la modernité aliénante du travail industriel, mais surtout qui revendique aussi l’autonomie du discours poétique québécois. Les auteurs y dénoncent l’histoire du Québec comme une succession de colonisations qui ont aliéné la population (France, Angleterre, Vatican). Ils aboutissent au constat de la nature guerrière de l’homme(Deuxième guerre mondiale). Selon les automatistes, ce comportement belliqueux est le résultat d’une distorsion du cœur de l’homme qui fut trop longtemps asservi au culte de la raison et de la religion catholique. La seule manière de transformer la société en un monde meilleur, expliquent-ils, est de permettre à l’homme de retrouver sa nature propre, ses sentiments originels, et de les exprimer par l’art :Rejetons de modestes familles canadiennes-françaises, ouvrières ou petites bourgeoises, de l’arrivée au pays à nos jours restées françaises et catholiques par résistance au vainqueur, par attachement arbitraire au passé, par plaisir et orgueil sentimental et autres nécessités. Colonie précipitée dès 1760 dans les murs lisses de la peur, refuge habituel des vaincus; là, une première foisabandonnée. L’élite reprend la mer ou se vend au plus fort. Elle ne manquera plus de le faire chaque fois qu’une occasion sera belle.
[...]
Héritières de l’autorité papale, mécanique, sans réplique, grands maîtres des méthodes obscurantistes, nos maisons d’enseignement ont dès lors les moyens d’organiser en monopole le règne de la mémoire exploiteuse, de la raison immobile, de l’intention néfaste.[...]
Ne pas avoir la nausée devant les récompenses accordées aux grossières cruautés, aux menteurs, aux faussaires, aux fabricants d’objets mort-nés, aux affineurs, aux intéressés à plat, aux calculateurs, aux faux guides de l’humanité, aux empoisonneurs des sources vives. [...] Au terme imaginable, nous entrevoyons l’homme libéré de ses chaînes inutiles, réaliser dans l’ordre imprévu, nécessairede la spontanéité, dans l’anarchie resplendissante, la plénitude de ses dons
individuels.

Ce collage d’extraits met d’abord en évidence la critique de l’aliénation du peuple par le clergé, ensuite la constatation de sa déshumanisation par le calcul froid et égoïste du capitalisme, et enfin la revendication d’un espace personnel où créer librement. La dénonciation porte d’abord sur le fait quela petite bourgeoisie et la classe ouvrière (populaire) sont isolées de la bourgeoisie d’affaires (anglophone) et de l’élite québécoise traditionnelle (clercs). En qualifiant les familles canadiennes françaises de« modestes » et, surtout, de « rejetons », qui sont deux qualificatifs à connotation négative ou, plus précisément, dépréciative, les cosignataires du Refus global dénoncent cet état...
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