Annales argumentation

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 84 (20990 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 12 mai 2011
Lire le document complet
Aperçu du document
Objets d'étude : Théâtre, texte et représentation - Convaincre, persuader et délibérer.
Corpus :  La déclaration d'amour
Texte A - Marivaux : Le Jeu de l'amour et du hasard (1730), Acte III, scène 8
Texte B - Musset : On ne badine pas avec l'amour (1834), Acte III, scène 3
Texte C - Giraudoux : Intermezzo (1933), Acte III, scène 3.
 
Texte A - Texte A - Marivaux : Le Jeu de l'amour et duhasard (1730), Acte III, scène 8.
                Dorante / Silvia
[Promis en mariage par leurs pères, Dorante et Silvia ont pris l'identité de leurs valets pour mieux s'observer. Dorante s'est démasqué alors que Silvia poursuit le rôle de Lisette pour voir si l'amour vaincra le préjugé.]
[...]
SILVIA. [...] — Que vous importent mes sentiments ?
DORANTE. — Ce qu'ils m'importent, Lisette ?peux-tu douter encore que je ne t'adore ?
SILVIA. — Non, et vous me le répétez si souvent que je vous crois; mais pourquoi m'en persuadez-vous, que voulez-vous que je fasse de cette pensée-là, Monsieur ? Je vais vous parler à cœur ouvert. Vous m'aimez, mais votre amour n'est pas une chose bien sérieuse pour vous; que de ressources n'avez-vous pas pour vous en défaire ! La distance qu'il y a de vous àmoi, mille objets1 que vous allez trouver sur votre chemin, l'envie qu'on aura de vous rendre sensible2, les amusements d'un homme de votre condition, tout va vous ôter cet amour dont vous m'entretenez impitoyablement; vous en rirez peut-être au sortir d'ici, et vous aurez raison. Mais moi, Monsieur, si je m'en ressouviens, comme j'en ai peur, s'il m'a frappée, quel secours aurai-je contrel'impression qu'il m'aura faite ? Qui est-ce qui me dédommagera de votre perte ? Qui voulez-vous que mon cœur mette à votre place ? Savez-vous bien que si je vous aimais, tout ce qu'il y a de plus grand dans le monde ne me toucherait plus ? Jugez donc de l'état où je resterais, ayez la générosité3 de me cacher votre amour : moi qui vous parle, je me ferais un scrupule de vous dire que je vous aime, dansles dispositions où vous êtes. L'aveu de mes sentiments pourrait exposer4 votre raison, et vous voyez bien aussi que je vous les cache.
DORANTE. — Ah ! ma chère Lisette, que viens-je d'entendre : tes paroles ont un feu5 qui me pénètre, je t'adore, je te respecte; il n'est ni rang, ni naissance, ni fortune qui ne disparaisse devant une âme comme la tienne. J'aurais honte que mon orgueil tîntencore contre toi, et mon cœur et ma main t'appartiennent.
SILVIA. — En vérité, ne mériteriez-vous pas que je les prisse, ne faut-il pas être bien généreuse6 pour vous dissimuler le plaisir qu'ils me font, et croyez-vous que cela puisse durer ?
DORANTE. — Vous m'aimez donc ?
SILVIA. — Non, non; mais si vous me le demandez encore, tant pis pour vous.
1. Personnes désireuses de se faire aimer.2. Amoureux.
3. Sympathie désintéressée.
4. Mettre en danger.
5. Force de persuasion.
6. De sentiments nobles.
 
Texte B - Musset : On ne badine pas avec l'amour (1834), Acte III, scène 3.
               Camille (cachée) / Perdican / Rosette
 [Une jeune aristocrate, Camille, et son cousin Perdican s'affrontent sur leur conception de l'amour. Il goûte le badinage et la liberté. Elle a étéinfluencée par le pessimisme des religieuses de son couvent et le juge incapable d'une passion sincère. Par vengeance, Perdican badine et place Camille en situation d'entendre la déclaration d'amour qu'il adresse à une jeune paysanne, Rosette.]
CAMILLE, cachée, à part. — Que veut dire cela ? Il la fait asseoir près de lui ? Me demande-t-il un rendez-vous pour y venir causer avec une autre ? Je suiscurieuse de savoir ce qu'il lui dit.
PERDICAN, à haute voix, de manière que Camille l'entende. — Je t'aime, Rosette ! toi seule au monde tu n'as rien oublié de nos beaux jours passés; toi seule tu te souviens de la vie qui n'est plus1; prends ta part de ma vie nouvelle; donne-moi ton cœur, chère enfant; voilà le gage de notre amour.
Il lui pose sa chaîne sur le cou.
ROSETTE. — Vous me donnez...
tracking img