Autrui

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  • Publié le : 9 décembre 2012
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Définition et enjeux de la notion :
           Il est nécessaire d’établir une distinction entre autre et autrui. Disons simplement que si tout autrui est un autre, l’inverse n’est pas vrai. L’autre, ce peut être un autre homme mais ce peut-être aussi Dieu, un animal, voire un objet matériel tandis qu’autrui est toujours un individu humain. Plus encore, c’est cet individu humain envisagécomme alter ego. La question fondamentale qui est à la source de la problématisation d’autrui est la suivante : Comment se peut-il qu’existe un autre que moi que je découvre parmi les choses et qui pourtant, comme moi, est un ego (un sujet) ? Comment peut-il y avoir un ego qui ne soit pas mon ego. On ne doit pas se masquer les fondements d’une telle formulation de la question car celle-ci ne peut êtreposée ainsi que dans la mesure où le sujet est pensé comme point de départ absolu de la pensée philosophique. C’est parce qu’est mise en doute l’existence des choses qui me sont extérieures et que « je » suis la seule chose certaine qu’autrui devient un problème et ce d’autant plus que lui aussi doit être une chose pensante. C’est donc tout simplement parce qu’ils n’avaient pas pensé le sujet commeles classiques et les modernes, que les Grecs (et les médiévaux) ne pouvaient thématiser autrui. Mais ce n’est pas dire qu’ils concevaient uniquement l’autre comme une catégorie de la pensée ou une catégorie logique. Lorsque Platon se demande « Comment si le tout existe, chaque chose peut exister séparément ? », lorsque donc il pose la question de l’identité et de la différence, celle-ci a aussiimmédiatement une portée morale et politique. Il en va de même pour Aristote lorsqu’il se demande si le rapport à autrui appartient à l’essence de l’homme ? La question de l’altérité entre les hommes se posait avant tout pour les Grecs dans les termes de la vie sociale et politique (cf. l’exemple classique de l’étranger, du non-Grec considéré comme « barbare »). L’autre avait bien une dimension« humaine » bien qu’elle ne soit jamais celle de l’individu isolé

La connaissance de soi par soi semble vouée à l'échec. Toutes les difficultés qu'elle présente se ramènent à celle-ci: dans cette entreprise, le sujet et l'objet ne font qu'un; celui qui tente de se connaître est à la fois juge et partie. Par conséquent, le caractère objectif d'une telle tentative peut être à bon droit mis en doute.
 I. L'étranger
 
Autrui, c'est l'autre, "celui qui n'est pas moi" (Sartre, l'Etre et le néant, III). Certes, il m'est semblable, puisqu'il est cependant un autre homme, un homme comme moi. Mais c'est précisément ce qui me rapproche d'autrui qui, paradoxalement, m'éloigne de lui. En effet, si nous sommes semblables, c'est que nous sommes tous deux doués de conscience. Mais justement cela noussépare de façon irrémédiable. En effet, le domaine de la conscience est celui de l'intériorité, une intériorité inaccessible et impénétrable pour l'autre. Ma subjectivité est comme une forteresse où je peux me réfugier et trouver la paix si l'on m'agresse. Personne ne peut venir y troubler la paix que je décide d'y faire régner. Pressé de questions, si je décide de garder le silence, personne ne pourravioler cette intimité. L'intériorité de la conscience est un refuge.
 
On peut bien m'obliger à faire ce que je réprouve, on ne peut pas contraindre mes pensées. L'esclave peut ainsi rêver qu'il est libre. Mais "mon jardin secret est une prison" (Gaston Berger, Du prochain au semblable: esquisse d'une phénoménologie de la solitude). En effet, ma subjectivité m'isole de façon irrémédiable. Elleest à l'origine d'une solitude essentielle, c'est-à-dire non pas due au hasard des circonstances, et à laquelle des circonstances plus favorables pourront mettre un terme, mais une solitude irréductible parce qu'elle tient à la nature même de l'homme.
 
Tout homme est nécessairement un étranger pour les autres. Lévinas, dans Totalité et infini, en attribue la cause à cette "absence de...
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