Barbier de seville

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  • Publié le : 9 mai 2010
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Commentez et discutez : « A mon égard au moins, n’espérez pas asservir dans ses [ceux de la littérature] jeux mon esprit à la règle ; il est incorrigible, et, la classe du devoir une fois fermée, il devient si léger et badin que je ne puis que jouer avec lui. » (Beaumarchais, « Lettre modérée »)

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C’est en 1772 que Beaumarchais achève la première version deson Barbier sous forme d’opéra-comique. Mais il faut attendre le 26 février 1775 pour que la pièce, remaniée pour la deuxième fois, soit jouée. C’est un échec mais Beaumarchais n’en démord pas et présente deux jours plus tard la quatrième version de son œuvre, en quatre actes, enrichie de l’air sur la calomnie. C’est alors seulement que Le Barbier de Séville est un triomphe.
Dans la « Lettremodérée » qui sert de préface à la comédie, Beaumarchais explique le caractère léger et badin de la pièce, qu’il qualifie lui-même de « comédie fort gaie ». La littérature apparaît limitée à la comédie et synonyme d’une « récréation », d’un « délassement » qui s’oppose à la rigueur des règles.
Cependant, on peut se demander si le dramaturge s’amuse seulement car, s’il n’a rien de subversif, pourquoia-t-il eut tant de mal à faire jouer sa pièce ? Pourquoi se justifier dans une si longue préface ? C’est ce qui nous amènera à relever les impertinences un peu osées de Beaumarchais pour voir en quoi l’auteur de comédie s’expose à travers son œuvre.

Pour comprendre les enjeux du Barbier de Séville il est nécessaire de se pencher tout d’abord sur la scène 2 de l’Acte I.
La scène présenteles retrouvailles d’un valet, Figaro, et se don maître, le Comte Almaviva. La longue séparation des personnages amène le Comte à interroger Figaro sur son parcours jusqu’à Séville. C’est dans l’anamnèse de Figaro que Beaumarchais fait transparaître des éléments qui se rapportent à l’époque contemporaine de la pièce, et même à sa propre biographie.
Comme Beaumarchais, le valet a fait tous lesmétiers et surtout s’est illustré en tant que dramaturge en écrivant un opéra-comique. Ceci rappelle fortement la première version de la pièce. Figaro évoque successivement la cabale et les sifflements provoqués par son œuvre. On devine alors un enjeu personnel et une attaque de Beaumarchais par la bouche de son barbier. Il parle de la République des Lettres comme de « celle des loups » (p.58).Or, s’il dut réécrire trois fois sa pièce, c’est à cause de très nombreuses critiques et d’un échec cuisant provoqués par les censeurs et critiques de son époque, c’est à dire justement les gens de Lettres.
Enfin Figaro s’est lui aussi impliqué dans la politique et, « sous prétexte que l’amour des lettres est incompatible avec l’esprit des affaires. » (p.57), a perdu son emploi d’apothicaire.Beaumarchais a connu lui aussi une implication dans la vie politique que l’affaire Goëzman a écourté. On peut alors voir l’impertinence de Figaro comme une allusion directe à son ennemi : « […] persuadé qu’un Grand nous fait assez de bien quand il ne nous fait pas de mal. » (p.57)
Beaumarchais dit tout simplement que ce personnage de valet fripon le représente lui directement. Et il enprofite pour se défendre de la façon la plus efficace : en attaquant. Or on devine les noms de « Grands » au travers de ceux de tous les personnages.

Une fois compris ce parallèle, certaines répliques de Figaro ne peuvent plus passer pour de simples piques du personnages.
Toujours à la scène 2 de l’Acte I, Figaro dit : « aux vertus qu’on exige dans un domestique, Votre Excellenceconnaît-elle beaucoup de maîtres qui fussent dignes d’être valets ? » (p.57) A une époque où les classes sociales sont clairement établies on comprend que le ballet verbal prend un ton un peu trop agressif. Même si Beaumarchais utilise l’ellipse pour rendre ses propos acceptables, le personnage de Figaro dépasse ici le stéréotype du valet de comédie. Jamais un type de personnage ne remet en cause sa place...
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