Candide chapitre 3

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  • Publié le : 11 juin 2010
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Candide – chapitre III

Situation

Après avoir été chassé « paradis » de Thunder-ten-tronckh, Candide est enrôlé dans l’armée bulgare. Au début du chapitre III, il assiste à une bataille à laquelle il ne comprend plus rien.

Composition et mouvement

La composition de ce texte oppose deux images de la guerre. Dans le premier paragraphe, Candide la considère avec ses préjugésphilosophiques : elle lui semble un jeu séduisant qui confirme ses théories. Mais bientôt, dans la deuxième partie du passage, il en découvre la réalité concrète et absurde. Le bel ordre initial fait alors place au chaos. Les vérités auxquelles croyait le héros sont brutalement remises en question.

1. La guerre des soldats de plomb

L’humour du premier paragraphe vient de ce que Voltaire adopte lepoint de vue naïf et intellectuel du jeune philosophe. La bataille se présente à lui d’une manière esthétique, comme « une harmonie ». Le mot renvoie en outre à la doctrine de « l’harmonie préalable » de Leibniz : dans cette perspective, la guerre cesse d’être absurde, car elle s’inscrit dans la logique d’une volonté providentielle qui veille au destin des hommes.

L’accumulation des adjectifs et larépétition de l’adverbe intensif « si » traduisent l’émerveillement de Candide devant la beauté et la symétrie du spectacle : « si beau, si leste, si brillant, si bien ordonné ». Cette harmonie visuelle devient ensuite auditive avec le concert d’instruments qui suggère l’image d’une guerre joyeuse.
Mais Voltaire introduit déjà des dissonances qui altèrent ce bel ordre. D’abord, on note uneprogression des instruments vers les sons graves : des « trompettes » et des « fifres », on passe aux « tambours » ; de plus, dans cette accumulation d’instruments de musique, se glisse ironiquement le mot « canons » ; enfin, « une harmonie telle qu’il n’y en eut jamais en enfer » rappelle malicieusement des expressions comme « un bruit d’enfer » ou « un bruit de tous les diables » qui vont précisémentà l’encontre de l’idée d’harmonie.

Candide semble assister non pas à un massacre, mais à une bataille de soldats de plomb. Le verbe « renversèrent » suggère une armée d’automates avec lesquels on s’amuse. La précision : « à peu près six mille hommes » traduit avec humour le regard détaché du jeune philosophe.

Voltaire continue à faire semblant d’adopter à travers lui la logique de laguerre, qui devient une œuvre utile et équitable, dans le « meilleur des mondes », car elle permet d’éliminer les « coquins ». Tout le passage est une illustration des leçons de Pangloss. La guerre est débarrassée de son horreur par un langage qui la justifie. La tournure philosophique « ôta du meilleur des mondes » est un euphémisme trompeur [l’euphémisme est une figure de style qui consiste à adoucirpar l’expression une idée désagréable] ; en évitant le terme juste qui serait « tuer », elle tend à inscrire la guerre dans un ordre naturel.

La formule « raison suffisante » appartient au système de Leibniz : il s’agit du principe selon lequel rien n’arrive sans qu’il y ait une cause ou du moins une raison déterminante. Là encore, la réalité atroce des faits est niée par un vocabulaire pédantet théorique. Quand à l’imprécision désinvolte de l’évaluation : « Le tout pouvait bien se monter à une trentaine de mille âmes », elle confirme que pour l’élève de Pangloss la guerre n’a rien de choquant et se réduit à un simple décompte de victimes ; l’impression « le tout » ajoute à la déshumanisation des individus en les transformant en choses.

Dans la dernière phrase du paragraphe, lepoint de vue change : Voltaire intervient directement. Par la proposition relative en forme de proverbe : « Candide, qui tremblait comme un philosophe », il se moque de son héros et avec lui des intellectuels qui manquent de courage face à la réalité.
Mais surtout, la guerre est pour Voltaire « une boucherie héroïque ». Dans cette vigoureuse alliance de mots [on appelle ainsi le rapprochement de...
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