Claude roy

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 11 (2617 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 19 avril 2010
Lire le document complet
Aperçu du document
Claude ROY : Défense de la littérature

Chapitre I : L’Imaginaire, vive impuni
- Pourquoi au lieu de vivre les écrivains écrivent-ils ?
(…) celui qui s’abstrait de la vie pour nous la restituer ; qui dans une réclusion volontaire et quotidienne s’arrache aux êtres et à leur chaleur, au soleil et à son éclat, pour évoquer ou célébrer avec des mots les êtres, le soleil, la nature ; l’homme quirenonce méthodiquement à être pendant une partie de sa vie pour imaginer qu’il est, et qui substitue enfin délibérément aux belles réalités où il est si bon de mordre, les artifices de l’allusion, du trompe-l’œil, de la fiction et de l’image. Oui pourquoi les écrivains écrivent-ils ?
- Écrire nous sépare et démembre, nous divise et divertit. On écrit avec cette ressource qu’on a distrait de savie, on écrit à la fois pour distraire de soi cette part qu’on souhaiterait, sinon préserver à jamais, du moins prolonger et protéger. On écrit pour se détourner et pour se retrouver, pour faire diversion et se faire plaisir.
- Lire, c’est ajouter aux rêves que nous engendrons ceux qu’ autrui a conçus pour nous.

Chapitre II : Des écrivains, pour quoi faire ?
Il est tout de même étrange, sicourte la vie, de consacrer un après-midi à essayer de dire comment est la lumière du soleil tandis que les volets clos nous exilent de lui, à tenter d’évoquer un visage humain quand tant de visages au-dehors, connus ou inconnus, attendent que nous les retrouvions.
Un des premiers résultats de la bonne littérature c’est peut-être de nous aider à guérir de la maladie première, qui est de croireque nous sommes seuls à être comme nous sommes, seuls à nous sentir seuls, seuls à nous sentir tour à tour coupables d’être là et stupidement triomphants de l’être, seuls à n’être pas pareils-aux-autres.

Chapitre III : L’incertitude du rôle d’homme
Dès qu’il (l’homme) prend conscience qu’il est, il se constate comme une déchirure, il se saisit comme une fissure, il s’expérimente comme un fossé,il s’envisage comme une distance de soi à soi.

Chapitre IV : L’autre qui se sent un autre
S’il est vrai que les malheurs de l’enfance sont plus cruels que ceux qui nous frapperont plus tard, ce n’est pas seulement parce qu’ils atteignent un être plus vulnérable et plus sensible que l’adulte : c’est parce qu’ils atteignent un petit homme qui se croit le seul à vivre ce qu’il vit, qui en a honteet peur, qui est persuadé d’être le premier à qui il arrive ce qui lui arrive.
L’homme est cet intervalle entre soi-même et soi qui cherche à se combler.
La littérature serait donc ce pont suspendu jeté par-dessus la distance qui sépare l’un de tous les autres, par-dessus la distance qui sépare l’un de lui-même.
Nous sommes les habitants d’un même royaume : le temps, la mort, la solitude.Nous sommes tressés de la même détresse. Nous communiquons dans l’expérience de l’incommunicabilité. Nous avons en partage l’impossibilité de partager.

Chapitre VI : Plus soi-même que soi
Les écrivains, ces exclus (comme tout le monde), ces prisonniers (comme chacun) s’enferment pour se libérer ; ils plongent dans l’obscurité parfois redoutable de leur moi pour y rejoindre précisément l’humanitédont ils se sont en apparence un moment détachés. Ils font de leur réclusion le point de départ d’une délivrance, de leur particularité la plus aiguë l’ouverture sur une généralité exaltante.

Chapitre VII : Le contretemps d’écrire
A la limite extrême, les seuls auteurs à avoir résolu le problème de la littérature, de ses possibles et de ses justifications, de son efficacité et de son public,ce sont les auteurs d’indicateurs et d’horaires. Ils sont les seuls écrivains engagés qui savent à quoi ils s’engagent: à donner l’heure prévue des trains et des avions.
S’engager, ça ne peut pas se décliner sans complément. Ce n’est pas un verbe intransitif. S’engager ? Peut-être. Mais à quoi ?
La littérature c’est toujours une manière d’agir sur soi et sur les hommes, et par conséquent de les...
tracking img