Commentaire baudelaire "a une passante"

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  • Publié le : 31 janvier 2013
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André Durand présente

‘’À une passante’’

sonnet de Charles BAUDELAIRE

figurant dans

‘’Tableaux parisiens’’

partie du recueil

‘’Les fleurs du mal’’
(1857)

La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d’une main fastueuse
Soulevant, balançant lefeston et l’ourlet ;

Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son oeil, ciel livide où germe l’ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

Un éclair... puis la nuit ! - Fugitive beauté
Dont le regard m’a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l’éternité?

Ailleurs, bien loind’ici ! trop tard ! jamais peut-être !
Car j’ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
Ô toi que j’eusse aimée, ô toi qui le savais !
Analyse

Y a-t-il, pour chacun de nous, un être qui nous est destiné et avec lequel nous pourrions connaître cette fusion des corps et des âmes qui serait le vrai amour? De cet espoir, qui nourrit des rêves qui se sont exprimés surtout à quelques époquesdont celle du romantisme auquel appartint Baudelaire, espoir qui est forcément déçu et conduit au spleen, il donna une nouvelle illustration dans ce sonnet des ‘’Fleurs du mal’’, qui est consacré à une rencontre de hasard que le poète fit, en pleine rue, d'une passante, qui déclencha un véritable et spectaculaire coup de foudre, à la manière de ceux qu’on trouve dans les romans.
Le poète s’étantplié à la structure traditionnelle du sonnet qui oppose les quatrains aux tercets, ‘’À une passante’’ est organisé en deux étapes : le récit de la rencontre, puis l’expression des réflexions qu’elle inspira.

Ce poème, qui fait partie des “Tableaux parisiens”, en est bien un, est même comme un de ces croquis parisiens que le peintre Constantin Guys traita dans ses esquisses.
Le prouve le premiervers qui décrit le cadre de la scène, en mettant l’accent sur le bruit de la rue qui, «assourdissante» et qui «hurle», n'est pas seulement personnifiée mais rendue comme agressive, monstrueuse, folle, par une véritable cacophonie, rendue par les insistances phonétiques (allitération de quatre durs «r», assonances de deux stridents «u» et de deux graves «ou»). L’effet est amplifié par le doublehiatus symétrique du début et de la fin du vers : «rue-assourdissante» (hiatus «u-a») et «moi-hurlait» (hiatus «a»-«u»), l’hiatus, qui rend la phrase difficile à articuler, ayant toujours pour effet d’amplifier la rugosité d’un vers. D’autre part, l'ordre des mots est significatif, le «moi» qu’est le poète étant encerclé par l’environnement hostile. Si le lieu d’une rencontre joue un rôledéterminant, la femme rencontrée se confondant avec le milieu dans lequel elle évolue, celui-ci n’invite pas à l'amour. Pourtant, en même temps, de telles rencontres ne peuvent éclore que dans les grandes villes où se croisent sans cesse des êtres anonymes ; où, chaque jour, des âmes secrètement accordées frôlent, peut-être en vain, le bonheur.
Le poète, qui déjà ne participait pas à la folie ambiante, enest soudain complètement isolé, le son étant coupé, lorsque vient s'interposer, au vers 2, une forme en mouvement, saisie par des perceptions rapides, des notations elliptiques, même une anacoluthe, qui sont simplement juxtaposées dans ce vers saccadé, qui tombent comme des éléments d'une fiche signalétique en suivant la progression de la vision à mesure que la forme progresse vers le narrateur,dans une cadence ascendante où les unités rythmiques s’allongent progressivement. Au départ, n’est perçue qu’une simple silhouette élancée («Longue, mince») ; puis apparaît une couleur («en grand deuil», le grand deuil étant complètement noir par rapport au demi-deuil, l’expression connotant cependant aussi l’idée d’un vêtement somptueux) ; enfin se manifeste l’allure aristocratique («douleur...