Commentaire du sonnet ii de louise labé

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  • Publié le : 26 septembre 2010
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O beaus yeus bruns, ô regars destournez,
O chaus soupirs, ô larmes espandues,
O noires nuits vainement atendues,
O jours luisans vainement retournez : O tristes pleins, ô desirs obstinez,
O tems perdu, ô peines despendues,
O mile morts en mile rets tendues,
O pires maus contre moy destinez. O ris, ô front, cheveus, bras, mains et doits :
O lut pleintif, viole, archet et vois :
Tant deflambeaus pour ardre une femmelle ! De toy me plein, que tant de feus portant,
En tant d'endrois d'iceus mon coeur tatant,
N'en est sur toy volé quelque estincelle.   | 2Ô beaux yeux bruns, ô regards détournés,
ô chauds soupirs, ô larmes répandues,
ô noires nuits vainement attendues,
ô jours luisants vainement revenus !Ô tristes plaintes, ô désirs obstinés,
ô temps perdus, ô peines dilapidées,ô mille morts disposées en mille filets,
ô pires maux qui me sont destinés !Ô rires, ô front, cheveux, bras, mains et doigts !
ô luth plaintif, viole, archet et voix !
tant de flambeaux pour brûler une femelle !Je me plains de ce que, alors que tu portais tant de feux,
et que tu touchais mon coeur de ces feux en tant d'endroits,
aucune étincelle n'en ait volé sur toi. |
Sonnet II extraitdes Œuvres (1555)

Ce sonnet de Louise Labé observe un certain respect des règles de la forme fixe, genre de prédilection des poètes du XVIème. Composé de décasyllabes organisés en 2 quatrains, rimes abba/abba et 2 tercets ccd/eed. Louise Labé y exprime une plainte élégiaque : le poème est destiné à l’homme qu’elle aime mais qui ne l’aime pas. Comment la poétesse va-t-elle mettre le sonnet etl’imagerie poétique élégiaque et pétrarquiste au service de son état intérieur ?
* Les deux quatrains sont construits sur le même schéma : les deux premiers décasyllabes = rythme ternaire : 3 mots – virgules- 3 mots- virgule / deux autres vers : rythme plus rapide. Tous commencent par le ô lyrique qui base l’anaphore majeure du poème : ce ô exprimant le regret et l’hommage appelle aurecueillement, à la réflexion, au souvenir.
* Les deux tercets, eux ne se ressemblent pas. Le 1er constitue un dernier appel à l’imagerie de l’être aimé mêlée à celle du désespoir, et amorce l’influence pétrarquiste qui porte le sonnet. Le dernier tercet, enfin, est un message direct adressé à son bien aimé, ou elle exprime clairement l’objet de sa plainte.

1) De l’amour malheureux…

a) Noussommes ce qui nous hante : un vécu obsédant
* Les deux quatrains suivent une gradation ascendante : la poétesse ne fait que s’enfoncer au cœur de sa souffrance intérieure. « Ô beaux yeux bruns, ô regards détournés » semble etre le point de départ de la plainte, il s’agit de l’image, du souvenir qui initie la souffrance, c’est la seule image positive, le rêve qui est la source des lamentationsqui vont suivre. Comme selon un ordre chronologique : elle voit ses yeux, detourne le regard, pousse un soupir, et les larmes coulent.
* Les deux derniers vers du 1er quatrain sont construits sur double parallélisme antithétique un chiasme : Noires nuits/ jours luisants (obscurité/lumières = jeu des extrêmes) et l’opposition entre attendus/ revenus. La poétesse se place donc immédiatementdans l’attente la passivité, et se retrouve cernée par son bien-aimé… Pourtant, le flou règne : celui-ci n’est désigné que par les beaux yeux bruns, et la poétesse ne se mentionne pas encore : elle pourrait très bien, à ce stade du poème, parler de deux personnes extérieures.
b) Rien ne sert à rien : nihilisme
* La gradation continue dans le deuxième quatrain : la poétesse continue àn’employer les mots qu’au pluriel, ce qui donne une impression d’accumulation et de foisonnement d’objets de peine, alors que justement les mots qu’elle choisit se durcissent : on passe de « chauds soupirs » au vers2 à « peines dilapidées » au vers 6. Le ô répété qui renforce la musicalité chante plutôt dans le deuxième quatrain la vacuité des choses, la caducité : temps perdus, peines dilapidées...
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