Commentaire le joujou du pauvre

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  • Publié le : 7 novembre 2010
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COMMENTAIRE
LE JOUJOU DU PAUVRE de Charles Baudelaire
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A partir du XIX siècle, le vers mesuré et la rime ne constituent plus des critères essentiels de l’écriture poétique. Ainsi, nombre de poètes se libèrent des contraintes formelles de la poésie traditionnelle et composent des poèmes en prose. C’est le cas de Baudelaire qui s’initie à cette nouvelle forme poétique en écrivant Le Spleen deParis, publié en 1869 après sa mort. C’est de ce recueil qu’est extrait le poème en prose intitulé « Le Joujou du pauvre ». Ce texte se présente dans sa deuxième partie comme une narration : le poète fait le récit d’une scène triviale qu’il a peut-être vue à Paris, il évoque la rencontre de deux enfants qui s’émerveillent à la vue d’un « rat vivant ». Nous verrons d’abord comment sont mis enplace deux mondes antithétiques ; socialement et physiquement, tout oppose les deux jeunes acteurs de ce récit. Ensuite nous montrerons que le regard du poète, dégagé des préjugés du regard social, réduit systématiquement ces oppositions et propose une leçon au lecteur. Il est aisé de noter que l’enfant riche et l’enfant pauvre, placés face à face, incarnent deux vies et deux mondes parfaitementantithétiques. L’antithèse est d’ailleurs soulignée par le poète, lorsqu’il évoque « ces barreaux symboliques séparant deux mondes » (l. 22-23). Le texte fait jouer point par point l’opposition. Le contraste est visible à travers les lieux, l’aspect physique des enfants et les joujoux. Si nous étudions tout d’abord les lieux de vie des deux enfants, deux oppositions sont visibles. La première concernela nature : voici d’un côté l’existence protégée par la grille « d’un vaste jardin » (l. 1) entretenu, de l’autre, une vie sans doute livrée aux hasards de l’errance. Si le jeune garçon se tient « entre les chardons et les orties » (l. 15-16) du fossé, des mauvaises herbes, n’est-ce pas que le poète a voulu symboliser sa vie marginale et ingrate ? Une deuxième opposition, celle des couleursrenforce la précédente : la « blancheur » (l. 2) et la lumière qui égayent le « château frappé par le soleil » (l. 3) contrastent ostensiblement avec la face « fuligineu[se] » (l. 16-17). On retrouve là l’emploi du rythme ternaire qui donne au poème en prose une certaine musicalité. Un troisième axe d’opposition intéresse les joujoux eux-mêmes : on remarque que les traits qui distinguaient chacun desdeux « enfants » se retrouvent dans son jouet, à l’état superlatif. L’enfant riche est simplement « joli », mais son joujou est qualifié de « splendide » (l. 10) ; la fraîcheur du vêtement devient éclat « d’une robe pourpre » (l. 12), et la coquetterie tourne à la sophistication « de plumets et de verroteries » (l. 12) ; la richesse de l’enfant s’exhibe dans le « verni » et le « doré » de son jouet.Notons d’ailleurs que la phrase qui concerne le joujou est aussi chargée que lui : l’accumulation d’adjectifs juxtaposés et la gradation ascendante donnent cette impression. De son côté, le « rat vivant » (l. 27), joujou du pauvre, est lié dans l’imagination commune aux idées de saleté, d’obscurité, d’insalubrité : c’est dire qu’il pousse jusqu’au déplaisant, au repoussant, les caractères del’enfant pauvre. Aussi le poète entretient un suspens vis à vis du lecteur car il révèle l’identité du joujou tout à la fin et crée un effet de surprise en marquant la fin de sa phrase par un point d’exclamation ; d’ailleurs la proposition subordonnée relative qui développe trois verbes conjugués « agaçait, agitait, secouait » (notons le rythme ternaire et l’homéotéleute) et le complément circonstancielde lieu retardent la révélation. A travers ces trois axes d’oppositions, la mise en place de deux univers contrastés est accomplie. Cependant on peut observer que certains éléments du texte contredisent l’opposition trop visible de la richesse et de la pauvreté, de la beauté et de la laideur. C’est grâce au regard du poète qui rejette les apparences que les deux enfants se réunissent et...
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