Dissertation

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  • Publié le : 5 avril 2011
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Henri Poincaré et la notion de temps
Éric Émery
Professeur invité à l’École Polytechnique Fédérale de Lausanne

1. Introduction.
Dans son livre : La Valeur de la Science de 1913 (1), H. Poincaré consacre un chapitre entier à la notion de temps en ayant pour visée la mesure du temps. Il est clair qu’en abordant ce problème, il se situe au sein d’une lignée de penseurs et de savants qui ontmédité sur ce thème : Platon, Aristote, Saint Augustin, etc. L’apport de Poincaré est à considérer dans le prolongement des travaux de Newton, de Kant, de Wundt et de Mach ; il est contemporain des contributions de Bergson, de Husserl et d’Enriques. Plutôt que de voir comment toutes ces approches s’accordent ou s’opposent au sujet des recherches d’Einstein en théories de la relativité, il est sansdoute plus enrichissant de prendre connaissance des thèses formulées par Bachelard et par Gonseth. Poincaré dégageait deux variantes temporelles, celle qui se manifeste dans le domaine conscientiel et celle qui se prête à la mesure : temps psychologique et temps physique. Chez Bachelard et chez Gonseth, ce sont six variantes que l’on met en évidence : trois sur le versant de la subjectivité et troissur le versant de l’objectivité, ainsi que nous le montrerons. On peut vérifier l’idonéité de cette manière d’appréhender les dimensions temporelles en divers horizons : dans le langage quotidien, en recherche horlogère, en art musical, en théorie de l’apprentissage et même dans la vie quotidienne. C’est donc l’occasion de dire que le travail raffiné sur le concept temps permet à l’être humain demieux se connaître en sa temporalité. Comment développer ce sujet sans tomber dans le piège de la monotonie ? Nous concentrer sur la notion de temps dans un langage de haute technicité ? Non ! Les penseurs que nous citerons se sont toujours exprimés en fonction de leurs options philosophiques ; nous devons le mettre en clarté tout en étant bref.

2. Le temps en civilisation gréco-latine.Prenons d’abord Platon. Quand il écrit, dans le Timée (2), que le temps est une imitation mobile de l’éternité, il explicite sa thèse d’un monde sensible comme réplique d’un monde intelligible ( imitation et éternité ). Ce sont les astres

errants au sein de l’univers qui ont pour mission de définir les mesures du temps. Platon ajoute : « C’est ainsi et pour ces motifs qu’ont été engendrés ceux desastres qui parcourent le Ciel et qui ont des phases. Je veux dire, afin que le Monde fût aussi semblable que possible au Vivant parfait et intelligible et pour imiter la substance éternelle » (39 d-e, pp. 153 et 154). Que dit Aristote ? Sous certains angles, sa théorie du temps ne paraît pas étrangère à l’esprit moderne ; mais elle reste antique : la forme aristotélicienne est en fait l’Idéeconsidérée comme immanente aux choses et réalisée dans la matière ; les mondes sensible et intelligible sont associés l’un à l’autre. C’est dans son ouvrage : La Physique (3) que la notion de temps est dégagée ; il l’examine en la mettant en rapport avec la notion de mouvement. Il écrit en particulier ceci : « Le temps n’existe pas sans le changement ; en effet, quand nous ne subissons pas dechangements dans notre pensée, ou que nous ne les apercevons pas, il ne nous semble pas qu’il se soit passé du temps » (p. 149). Et une page plus loin, il donne cette définition : « Voici ce qu’est le temps : le nombre du mouvement selon l’antérieur-postérieur » (p. 150). On tient ici l’approche classique qui a été reprise par de nombreux penseurs. On pourrait parler du concept temps en le situant au seinde la pensée chrétienne des premiers siècles. Tournons-nous plutôt vers Saint Augustin, vers le Onzième livre des Confessions (4) si célèbre et souvent cité. C’est le temps de la conscience qui est évoqué là : « Je cherche, ô Père, je n’affirme pas » et il poursuit : « Qu’est-ce donc que le temps ? Quand personne ne me le demande, je le sais ; dès qu’il s’agit de l’exprimer, je ne le sais plus...
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