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  • Publié le : 8 avril 2011
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Du mensonge au Symbole

L’art et rien que l’art.
Nous avons l’art pour ne point mourir de la vérité
F. Nietzsche

René Girard dit à propos des mythes: «Le mythe décrit le passage du désordre à l’ordre, un affrontement raconté entre la nature et la culture.» Ainsi, lasociété néolithique (c’est à cette époque-ci qu’on situe le début de la création des mythes) de la Grèce antique, est profondément caractérisée par des mutations décisives, ce qui a constitué la création des mythes un phénomène social, religieux, artistique. « Moins que jamais, la société ne peut subir les effets de tant d'absolues novations sans que le fantasmatique ne vienne à la rescousse et neforge ses fictions qui se transmuent en réalités supranaturelles toutes-puissantes.»[1] Nous le constatons à un double niveau, celui des divinités et celui des mythes. Ce sont les mythes qui nous intéressent ici. Ils ont toujours à voir avec les questions de la vie, de la mort, de l'existence, de la non-existence, de la création de l'homme. Ils ont été inventés par les anciens qui ne pouvaientpas scientifiquement expliquer les phénomènes de la nature -en particulier les phénomènes célestes- ni les origines de l'homme. Ils trouvaient leurs réponses à travers le mythe.
Dans ce cadre-ci, Œdipe roi est né, sous la plume de Sophocle. Le dernier raconte de quelle manière Œdipe découvre la vérité sur ses origines, registre symbolique qui est propre au mythe. Paul Diel, écrit à propos:« L'Oedipe est à la fois réalité, fantasme, concept et mythe.»[2] Toute l’œuvre est un moteur d’un extraordinaire renversement de situation. Ce dernier, constitue un axe autour duquel les deux œuvres se tissent et une des raisons pour laquelle nous avons étudié en parallèle deux œuvres: Œdipe et Le Malentendu de Camus.
À un autre siècle, le XXème, au début des années ’50 apparaît unegénération d’auteurs tourmentés par un mal de la condition humaine dérivant de deux guerres successives. L’absurdité de situation innée à la guerre et à la société post-guerrière, se transpose aux écrits. Etant donne que le mythe d’Oedipe pose le problème de la liberté de l’homme et du libre arbitre, le choix de camus, d’utiliser ce mythe à l’inverse, est justifié.
Jean Onimus, dit à propos dumalentendu : «Camus, et c’est son originalité, s’est efforcé de joindre à sa révolte la sagesse nécessaire et d’articuler ainsi la mesure grecque sur la démesure moderne.»[3]
En voulant qu’on considère « le Malentendu comme une tentative pour créer une tragédie moderne», il explique: « Le Malentendu est certainement une pièce sombre. Elle a été écrite en 1943, au milieu d'un pays encerclé etoccupé, loin de tout ce que j'aimais. Elle porte les couleurs de l'exil. Je vivais alors, à mon corps défendant, au milieu des montagnes du centre de la France. Cette situation historique et géographique suffirait à expliquer la sorte de claustrophobie dont je souffrais alors et qui se reflète dans cette pièce. On y respire mal, c'est un fait. Mais nous avions tous la respiration courte, en cetemps-là. Il n'empêche que la noirceur de la pièce me gêne autant qu'elle a gêné le public. » [4]
Tiré d’un fait divers sordide dont Meursault trouve le compte rendu dans une coupure de presse cachée sous sa paillasse de prison. La pièce est l’histoire même de ce que relate le journal, sauf que Jan n’a pas d’enfant, et qu’il n’est pas tué à coups de marteau (marteau - Martha ?), mais jeté dansla rivière. L’histoire fait écho des légendes qui se perdent dans les siècles et semblent avoir hanté la conscience populaire comme un contraste du mythe du retour de l’enfant prodigue.
Alors que Madame Bovary de Flaubert est tissée autour d’un vrai fait divers, Sophocle a utilisé un mythe populaire pour créer Œdipe. Camus se trouve au milieu. Il utilise cet effet, par souci de...
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