Euthanasie

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  • Publié le : 14 mai 2011
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ses origines, rappelons que le terme d’euthanasie avait une connotation méliorative. Étymologiquement, ce mot est formé du grec par le préfixe eu, « bien », et du nom commun thanatos, « mort » et il signifie donc bonne mort, ou dit autrement, la mort dans de bonnes conditions.
Dans son célèbre livre, Du progrès et de la promotion des savoirs (1605), le philosophe anglais du XVIIe siècle,Francis Bacon, réputé père du néologisme, en avait la vision suivante :

« [Les médecins] s’ils étaient jaloux de ne point manquer à leur devoir, ni par conséquent à l’humanité, et même d’apprendre leur art plus à fond, ils n’épargneraient aucun soin pour aider les agonisants à sortir de ce monde avec plus de douceur et de facilité ». Bacon entrevoit l’euthanasie comme une option tout à faitcompatible avec la « dignité humaine » (quel concept formidablement malléable n’est-ce pas ?), voire même enrichit cette notion en l’actualisant. Pour le philosophe, dans les situations désespérées pour le malade, l’euthanasie est un devoir, un acte de compassion du médecin à l’égard du patient à une période où des possibilités comme l’application de soins palliatifs n’existaient pas encore.

Il n’est enrien étonnant que les propos baconiens d’alors puissent choquer le lecteur contemporain, car entre-temps c’est bien la vision même de l’euthanasie en société qui s’est ternie par l’histoire. Quelles interrogations peut-on tirer de ce fait sur le texte proposé au Sénat relatif à l’euthanasie (ou sa version novlangue 2011 qui passe quand même bien mieux, « l’aide médicalisée pour mourir ») ?Problème n°1 : Tandis qu’en société française le suicide est dépénalisé, de quel droit le refuser à une personne n’ayant les moyens de le faire ? Après tout, si un citoyen français libre de ses choix, à partir du moment où ils ne portent préjudice direct à autrui, se retrouve atteint d’une maladie incurable et en proie à d’extrêmes souffrances autant physiques que morales, revendique son droit àchoisir sa mort comme tout autre citoyen en possession de ses moyens, qui serions-nous pour contrevenir à sa volonté ? Ces questions sont volontairement biaisées et rappelle bien le nœud de la guerre pour les questions d’euthanasie, qui est la légitimité de la parole d’un patient informé de sa condition. Bien entendu, le respect de la volonté du patient est toujours de mise pour le médecin comme entémoigne un extrait du Code de Déontologie Médicale (CDM):

Article 36 (article R.4127-36 du code de la santé publique)

Le consentement de la personne examinée ou soignée doit être recherché dans tous les cas.

Lorsque le malade, en état d’exprimer sa volonté, refuse les investigations ou le traitement proposés, le médecin doit respecter ce refus après avoir informé le malade de sesconséquences.

Si le malade est hors d’état d’exprimer sa volonté, le médecin ne peut intervenir sans que ses proches aient été prévenus et informés, sauf urgence ou impossibilité.

Cependant, lorsqu’un patient, atteint de maladie incurable ou dans une situation critique à la suite d’un accident, réclame le droit à une « bonne mort », alors que les soins palliatifs existent, le médecin ne peut s’empêcherde regretter l’influence de la détresse morale du patient sur sa décision, tandis qu’un espoir (même infinitésimal) de s’en sortir existe toujours. En cela il n’est pas étonnant d’avoir à l’alinéa 3 de l’article 2 de la proposition de loi l’exigence de la part du patient du « caractère libre, éclairé et réfléchi de sa demande ». Plus facile à déterminer de manière abstraite que dans les faits… Enpratique de même, une grande responsabilité repose dans le processus de formation de cette décision sur la clarté et précision de l’information délivrée par le praticien quant à la situation du patient.

Problème n°2 : Imaginons à présent qu’après moult constats d’une demande réitérée du patient à mourir, que cette décision soit prise librement et lucidement, qu’il est certain que les soins...
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