Ideologie du travail

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  • Publié le : 19 décembre 2010
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« L’idéologie du travail » [par Alain de Benoist] est un texte court, mais nourrissant. On y trouve une des critiques les plus habiles et les plus convaincantes de la théorie marxienne. Si certains raccourcis peuvent choquer (par exemple l’ignorance de l’étape pourtant fondamentale de la réforme grégorienne dans le rapport de l’Occident au travail), dans l’ensemble, l’exposé tient la route.Pour Alain de Benoist (AdB), l’idéologie du travail prend son origine dans la Bible : dès les premiers chapitres de la Genèse, l’homme est défini par l’action qu’il exerce sur la nature. Et cela, avant même la faute originelle, qui ne fera qu’aggraver les conditions dans lequel le travail est conduit.

Fondamentalement, l’homme est l’agent du travail dans l’idéologie biblique. En cela qu’ilinstaure un rapport instrumental entre l’homme et la nature, l’héritage hébraïque s’oppose donc à l’héritage grec, et il annonce, déjà, la technique moderne. L’homme est objet de Dieu, mais la terre est objet de l’homme. Une éthique, puis une morale, découleront inéluctablement de cette idéologie (l’éthique protestante, par exemple). Le capitalisme est, en partie au moins, un produit de l’idéologiehébraïque du travail.

Il ya là, souligne AdB, une spécificité des cultures issues de la Bible, spécificité qui les oppose aux cultures traditionnelles, dans lesquelles l’homme est, d’abord, défini comme l’agent qui refuse de se soumettre au règne de la nécessité matérielle. AdB pense ici aux travaux de Marshall Sahlins, mais il aurait pu, aussi, citer Pierre Clastres.

On retrouvera un écho de cepoint de vue traditionnel dans la conception gréco-latine, selon laquelle le travail est le propre de l’esclave, tandis que le citoyen est caractérisé par la possession d’un temps libre. Un temps qui lui permet de ne se consacrer qu’aux affaires de la Cité. Ici, l’idée contemporaine d’une relation entre le travailleur et le citoyen apparaît clairement comme un legs de notre héritage biblique. Desorte que le marxisme est, lui aussi, en partie au moins, un produit de l’idéologie hébraïque du travail.

Le christianisme a été le vecteur de propagation de l’idéologie biblique du travail. Religion de ceux qui travaillaient (les artisans, les esclaves), il s’opposait à la religion des riches oisifs (le paganisme tardif). Progressivement, l’Eglise a d’ailleurs lié l’exercice d’un métier etles vertus chrétiennes.

Toutefois, le concept contemporain du « travail » est postérieur à l’action de l’Eglise. C’est en effet un produit de la modernité. Au Moyen Âge, on oppose encore le travail des exécutants (ouvriers, paysans) et l’œuvre des artisans qualifiés. La notion de travail appliquée à toute tâche exécutée en vue d’une production est un concept tardif, né au XVIII° siècle.C’est que, longtemps, le travail, même réhabilité par le christianisme, est resté distinct des considérations d’utilité sociale et matérielle ; on ne le caractérisait pas par son produit, mais par les processus sociaux auxquels il servait de support, et plus particulièrement par l’élévation de leur but. Ainsi, le manœuvre a beau participer de la même production que l’ouvrier qualifié, il reste,jusqu’au XVIIIe siècle, une nuance entre son travail et l’œuvre du maître artisan, lequel crée, au-delà de l’utile, du beau. Cette nuance ne disparaît que quand l’ouvrier travaille sur une cathédrale, d’une manière générale sur quelque chose qui ne sert pas dans les catégories de l’économie : alors son travail est sanctifié, élevé au rang de l’œuvre du maître.

L’invention de la valeur-travailest donc devenue effective au XVIIIe siècle. Mais on trouve sa source, estime AdB, dans la Réforme. Il s’agit d’un courant progressivement rendu visible par un très lent processus, inséparable de l’émergence de l’individualisme. Un point de vue utilitaire, qui définit la valeur du travail, cette fois franchement, par son produit, mais ne peut le faire que parce que, en amont, on a érigé en...
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