La conscience morale est-elle une illusion ?

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  • Publié le : 25 avril 2011
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Dissertation : La conscience morale est -elle une illusion?

Débattre sur la conscience morale nécessite avant tout d'évoquer un phénomène relativement dont nous avons tous fait l'expérience : celui d'une petite voix qui joue le rôle d'interlocuteur intérieur, et qui se manifeste parfois pour nous sommer de faire quelque chose ou au contraire de s'abstenir de le faire. Suivant un phénomène dedédoublement, cette petite voix nous permet de distinguer le bien et le mal, d'en fixer des normes et ainsi de juger la moralité de nos actions ou de celles d'autrui (on remarque d'ailleurs un premier paradoxe : est-il moral de juger la conduite d'autrui, même si celle-ci est profondément immorale?). Mais qu'est-ce que la morale?
Celle-ci (du latin mores coutumes, moeurs) se définit comme unethéorie de l'obligation, de la loi et du devoir, au contraire de l'éthique (du grec ta ethè, moeurs) qui est la recherche d'un système de pensées visant une existence bonne et heureuse. La morale, discipline des normes, est donc déontologique (elle fixe des devoirs) ; c'est pourquoi on peut parler d'impératifs moraux.
Se demander si la conscience morale est une illusion revient alors àdéterminer si la conscience morale est inhérente à la race humaine. La « petite voix » qui constitue la conscience morale est-elle présente universellement, dans tous les hommes, de manière innée? Nos impératifs moraux sont-ils inscrits au cœur de la conscience, indépendamment de toute acquisition, ou sont-ils au contraire l'objet d'une assimilation? A t-on simplement l'illusion d'une conscience moraleintrinsèque, puisque cette assimilation s'opère peut-être paradoxalement de manière inconsciente : une fois achevée, les impératifs moraux en question sembleraient alors naturels et spontanés.
Pour tenter d'apporter une réponse à ce problème philosophique particulièrement épineux, nous montrerons tout d'abord que la conscience morale peut-être considérée comme universelle et instinctive (il s'agitnotamment de la position de Rousseau, qui a été le premier à étudier avec acuité le statut de la conscience morale). Dans un second temps, nous expliquerons que la conscience morale peut aussi être perçue comme le fruit d'une acquisition (via la société, l'éducation...) et n'être alors qu'une illusion. Enfin, nous montrerons que nous avons probablement affaire à une conscience morale double,qu'il est essentiel de savoir analyser correctement.

Dans un premier temps, nous montrerons donc que la conscience morale peut-être considérée comme universelle et instinctive.
C'est la position que défend Rousseau dans le passage dit de "La profession de foi du vicaire savoyard", tiré de L'Emile (1762). L'auteur du Contrat Social commence par constater que, malgré l'existence d'uneextraordinaire diversité de peuples et de coutumes, « on trouve partout les mêmes idées de justice et d'honnêteté, partout les mêmes notions de bien et de mal ». La moralité est donc indépendante de toutes les variations culturelles. Elle n'est également pas liée à a religion, puisque les polythéistes sont moraux comme nous, bien qu'ils adorent des Dieux immoraux et méprisables, qui divinisent le vice, lafaiblesse et les monstruosités. Cette permanence des idées de bien, de mal et de justice ne peut donc s'expliquer que par l'existence d'un « principe inné de justice et de vertu » résidant au fond de nos âmes, et qui correspond à la conscience morale. De plus, nos impératifs moraux ne peuvent en aucun cas être le fruit d'une quelconque acquisition, puisque « nous n'apprenons point à vouloir notrebien et à fuir notre mal, mais nous tenons cette volonté de la nature ». Ainsi, les actes de notre conscience morale « ne sont pas des jugements, mais des sentiments » ; ce sont des sentiments, c'est-à-dire des inclinations naturelles figurant « au-dedans de nous », qui nous permettent de juger les « idées », qui au contraire nous viennent toutes « du dehors ».
Rousseau présente donc la...
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