Le langage

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  • Publié le : 19 décembre 2011
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Par la langue, l’homme assimile la culture, la perpétue ou la transforme. Or comme chaque langue, chaque culture met en œuvre un appareil spécifique de symboles en lequel s’identifie chaque société. La diversité des langues, la diversité des cultures, leurs changements, font apparaître la nature conventionnelle du symbolisme qui les articule. C’est en définitive le symbole qui noue ce lien vivantentre l’homme, la langue et la culture. » Benvéniste, Problèmes de linguistique générale.



Pour Hegel, il n’y a pas de pensée sans langage. En effet on ne peut à proprement parler de pensées que lorsque ces pensées ont une forme objective, c’est-à-dire lorsqu’une certaine extériorité manifeste ce qui est purement intérieur. Cette extériorité, c’est le mot. Croire que ce qu’il ya de plus haut c’est ce qui ne peut pas se dire, l’ineffable, est absurde. Quant au fait que le langage menace sans cesse de faire perdre de vue la chose à connaître, ceci ne manifeste rien d’autre qu’une pensée encore imparfaite et aucunement un « vice » inhérent au langage. La vraie pensée est le mot même. Nietzsche, qui de formation n’est pas philosophe mais philologue, affirme la «toute-puissance » du langage. Selon lui, le langage suit originellement la tendance de l’homme à ramener l’inconnu, le différent, au connu, au Même (cette tendance reposant sur des passions dominantes ; notamment la crainte du danger potentiel que représente tout ce qui est nouveau). Le moi ou sujet est ainsi un exemple d’une de ces (pseudo)-entités simples qui masquent une diversité inquiétante (ici, lalutte entre les multiples instincts qui habitent l’homme). Ce qui nous importe ici, c’est que le langage qui se forme en même temps que la psychologie primitive en vient à exercer sa domination sur la pensée, à diriger celle-ci, à l’enfermer dans ses catégories. C’est ce que Nietzsche appelle la métaphysique de la grammaire. C’est pourquoi il peut affirmer : « Je crains que nous ne puissions nousdébarrasser de Dieu, parce que nous croyons encore à la grammaire. »



Heidegger se livre à une critique de la métaphysique et entend penser en dehors d’elle. Il remarque peu à peu qu’il ne pourra le faire qu’à condition d’abandonner le langage de la métaphysique qui est aussi celui de l’expérience quotidienne, de ce qu’il appelle le « on ». Ce langage est un langage qui a une fonctionpurement instrumentale d’objectivation et de représentation des étants. Le langage de la métaphysique enferme, fige les étants au lieu de les laisser être en les dévoilant. C’est pourquoi Heidegger se tourne vers le langage de la poésie (notamment celle Hölderlin). Or, la poésie révèle que l’homme ne possède pas la langue comme un outil parmi les autres mais, qu’au contraire, il baigne d’emblée dansl’élément de la langue. Ainsi, il est impossible de dire qu’il dispose de la langue car c’est la langue qui dispose de lui. Similairement, Merleau-Ponty va s’opposer à la conception commune selon laquelle il y aurait en premier lieu une reconnaissance, une perception par exemple, de la chose qui appellerait ensuite le langage, la dénomination. Pourquoi, écrit-il, nos pensées elles-mêmesparaissent-elles tout à fait indéterminées tant qu’elles n’ont pas été formulées. Merleau-Ponty prend l’exemple de l’écrivain qui lorsqu’il commence son livre ne sait pas avec une précision absolue ce qu’il va y écrire, l’acte même de l’écriture développant au contraire les pensées. Lorsque je dis « c’est un stylo », il ne faut pas croire que j’ai dans l’esprit un concept préexistant de stylo sous lequelviendrait sagement se ranger, grâce à la dénomination, ce stylo particulier. Au contraire, en nommant un objet, je l’atteins directement, sans la médiation d’une « idée » existant séparément. Pensez ici à l’enfant pour qui un objet n’est connu que lorsqu’il est nommé. Le langage n’est donc pas postérieur à la reconnaissance d’une chose, il est cette reconnaissance même.



On a ainsi pu voir...
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