Le langage

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  • Publié le : 29 mai 2011
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Textes et citations de F. Nietzsche en rapport au cours sur le langage

Texte 1 : « Qu’est-ce qu’en fin de compte que l’on appelle « commun » ? Les mots sont des symboles sonores pour désigner les idées, mais les idées sont des signes imagés, plus ou moins précis, de sensations qui reviennent fréquemment et simultanément de groupes de sensations. Il ne suffit pas, pour se comprendremutuellement, d’employer les mêmes mots ; il faut encore employer les mêmes mots pour désigner la même sorte d’expériences intérieures, il faut enfin avoir en commun certains expériences. C’est pourquoi les gens d’un même peuple se comprennent mieux entre eux que ceux qui appartiennent à des peuples différents, même si ces derniers usent de la même langue ; ou plutôt, quand des hommes ont longtemps vécuensemble dans des conditions identiques, sous le même climat, sur le même sol, courant les mêmes dangers, ayant les mêmes dangers, ayant les mêmes besoins, faisant le même travail, il en naît quelque chose qui « se comprend » : un peuple. Dans toutes les âmes un même nombre d’expériences revenant fréquemment a pris le dessus sur des expériences qui se répètent plus rarement : sur elles on se comprendvite, et de plus en plus vite ~ l’histoire du langage est l’histoire d’un processus d’abréviation. », Par delà Bien et Mal, § 268.

Texte 2 : « Hélas ! qu’êtes-vous devenues, une fois écrites et peintes, ô mes pensées ! Il n’y a pas si longtemps, vous étiez encore si chatoyantes, jeunes et malignes, si pleines d’épices secrètes et de piquants que vous me faisiez éternuer et rire, ~ etmaintenant ? Déjà vous avez dépouillé votre nouveauté et certaines d’entre vous, je le crains, sont prêtes à devenir des vérités : elles ont l’air déjà si immortelles, si désespérément correctes, si ennuyeuses ! […] Quelles choses fixe notre pinceau de copistes […] nous qui n’éternisons que ce qui se laisse écrire, quelles sont les seules choses que nous puissions fixer ? Hélas ! rien que ce qui est sur lepoint de se flétrir et dont le parfum déjà s’évapore. Hélas ! toujours rien que des orages qui s’éloignent épuisés, et qu’un arrière-automne de sentiments jaunis. […] Nous éternisons ce qui ne veut plus vivre et voler longtemps, rien que des choses lasses et trop mûres. Et c’est seulement pour votre après-midi, ô mes pensées écrites et peintes, que j’ai des couleurs, beaucoup de couleurs peut-être,beaucoup de tendresses multicolores […] ~ mais personne ne devinera, d’après ma peinture, la splendeur de votre matinée, ô soudaines étincelles et merveilles de la solitude, ô mes vieilles amies, bien-aimées, mes… mauvaises pensées ! », ibid., § 296.

Texte 3 : « Les désignations et les choses coïncident-elles ? Le langage est-il l’expression adéquate de toutes les réalités ?
[…] Qu’est-cequ’un mot ? La représentation sonore d’une excitation nerveuse dans les phonèmes. Mais conclure d’une excitation nerveuse à une cause extérieure à nous, c’est déjà le résultat d’une application fausse et injustifiée du principe de raison. […] comment aurions-nous donc le droit de dire : la pierre est dure : comme si « dure » nous était connu encore autrement et pas seulement comme une excitation toutesubjective. Nous classons les choses selon les genres, nous désignons l’arbre comme masculin, la plante comme féminine : quelles transpositions arbitraires ! […] Nous parlons d’un « serpent » : la désignation n’atteint rien que le mouvement de torsion et pourrait donc convenir aussi au ver. Quelles délimitations arbitraires ! Quelles préférences partiales tantôt de telle propriété d’une chose,tantôt de telle autre. […] La « chose en soi » (ce serait justement la pure vérité sans conséquences), même pour celui qui façonne la langue, est complètement insaisissable et ne vaut pas les efforts qu’elle exigerait. Il désigne seulement les relations des choses aux hommes et s’aide pour leur expression des métaphores les plus hardies. Transposer d’abord une excitation nerveuse en une image !...
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