Le ventre de paris

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  • Publié le : 16 décembre 2010
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Le ventre de Paris
Zola

Le Ventre de Paris est un roman d’Émile Zola publié en 1873, le troisième de la série Les Rougon-Macquart. L’action se passe pour l’essentiel aux Halles centrales de Paris, construites par Victor Baltard entre 1854 et 1870, énorme bâtiment à structure métallique dans lequel les murs sont remplacés par des vitres, la plus grande innovation architecturale du SecondEmpire. Fasciné par les Halles, Zola en fait dans son roman une sorte de monstre, comme le seront plus tard le grand magasin dans Au Bonheur des Dames, l’alambic dans l'Assommoir ou la locomotive dans la Bête humaine. Un critique caractérise ainsi cette œuvre naturaliste: « Le Ventre de Paris (1873) est le roman de la nourriture, le roman du combat des gras et des maigres conçus comme deux peuplesbiologiques s'affrontant à travers l'histoire sociale et donnant toujours l'avantage aux gras, aux puissants, à ces "gredins" que sont les honnêtes gens. Mais ce roman, qui prend pour le cadre les Halles - , alors situées au centre de la capitale, est aussi l'occasion pour Zola de composer des tableaux de matières, symphonies d'odeurs et de nourritures.... » En quoi ce passage où Claude Lantierraconte comment un jour, veille de réveillon, il a composé l’étalage du magasin, illustre-t-il cette citation ? Afin de répondre à cette question, nous allons d’abord analyser le réalisme de l’univers trivial pour ensuite évoquer la transformation de ce réalisme en œuvre d’art et conclure sur l’incompréhension de l’artiste.

Zola, dans cet extrait, ne manque pas de préciser l’espacespatio-temporel qui n’est pas sans valeur réaliste qui plonge le lecteur dans l’univers de la consommation parisienne.
Le passage anecdotique se situe, en effet, dans la charcuterie de la tante du narrateur « Lorsque ma tante revint », la veille du réveillon «la gloutonnerie du réveillon ». Le lieu choisi par l’auteur peut s’apparenter à l’aspect trivial que le réalisme propre au naturalisme ne manque pasde souligner tout en le sublimant. En effet, rien de plus banal voire dérisoire qu’un étalage de charcuterie où les morceaux de viande sont exposés et maintes fois cités, dans l’extrait, avec précision « jambonneaux, boudin, des rognures de papier… ». La propension à la parataxe et aux structures énumératives et accumulatives met ainsi en évidence l'abondance de la nourriture dans Le Ventre deParis. En effet, si la variété des aliments touche leurs natures, leurs formes et leurs odeurs, autrement dit, le côté formel et esthétique de la matière, l'abondance, elle, met l'accent sur la quantité des aliments. C'est, par conséquent, sous le signe de l'excès que l'auteur nous décrit la charcuterie des Quenu. Le narrateur dans ce passage, fait un « zoom » sur la graisse « Lisa revint […],s’imaginant que j’avais mis le feu aux graisses ». Il s'agit, en effet, d'un signe de surabondance en ce qu'elle présente une marque d'embonpoint. Repartie surtout dans le tissu conjonctif sous-cutané, la graisse, placée entre la chair et la peau, n'est pas sans traduire une abondance et un excès de santé. . Aliments et personnages se partagent entre gras et maigres, reprenant ainsi la bataille des «Gras ». La description de cet univers trivial cherche, par ailleurs, à peindre l'objet alimentaire dans sa fraîcheur et à le présenter, ainsi, comme réel. Zola opère, en effet, une réécriture de Rabelais et de Bruegel. Il y a dans le roman les traces d'un réalisme copieux et puissant cher à Rabelais : son art de mettre en évidence la matière nutritive dans sa vitalité. Cette vitalité s’exprimepar les adjectifs qualificatifs que ne cessent de ponctuer les énumérations : « fourrées, entamées, panés… », repose sur des accumulations d’éléments dérisoires, communs « je pris les plats, les terrines, les assiettes, les terrines ». Toujours en vue de créer un effet de réalité, Zola donne une grande importance aux sensations notamment visuelles. Cela n’est pas sans rappeler l’Histoire qui...
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