Les liaisons dangereuses une oeuvre libertine

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  • Publié le : 7 novembre 2009
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4. Le libertinage :
" J’ai bien besoin d’avoir cette femme [la Présidente de Tourvel], pour me sauver du ridicule d’en être amoureux. ", lettre 4, du Vicomte de Valmont à la Marquise de Merteuil.
Le libertinage est un courant de pensée qui naît en France au XVIIème siècle, s'épanouit durant tout le XVIIIe siècle, et se signale par une revendication de liberté prise par rapport aux mœurs et à lareligion. La première moitié du XVIIème voit se développer le libertinage dit " érudit ", qui critique essentiellement le pouvoir de la religion. Les libertins de cette époque sont des savants, des érudits, des philosophes, tels que Gassendi, Naudé et Cyrano de Bergerac. Au siècle suivant, les philosophes des Lumières reprennent à leur compte l’héritage du libertinage érudit, tandis que sedéveloppe parallèlement un libertinage des mœurs. Valmont et Merteuil sont des libertins, aux mœurs légères, ils séduisent, perdent leurs victimes, avec adresse et sans remord. La séduction passe par la réflexion, la conquête se fait militaire ou guerrière. Mais la guerre des sexes détermine deux modes de combat : Valmont est un séducteur redoutable, il recherche les coups d’éclat pour les faireconnaître, et chaque séduction nouvelle ajoute à son " mérite ". Selon les mots de Mme de Merteuil : " Combattant sans risque, vous devez agir sans précaution. Pour vous autres hommes, les défaites ne sont que des succès de moins. " (lettre 81) Mme de Merteuil, au contraire, parce que femme, doit manœuvrer dans l’ombre. Elle déclare la guerre aux hommes dans la lettre 81 : " née pour venger mon sexe etmaîtriser le vôtre, j’a[i] su me créer des moyens inconnus jusqu’à moi. " C’est grâce à un immense travail sur elle-même qu’elle devient une femme de tête, réussissant à conserver son indépendance, ses amants et son inattaquable réputation. En choisissant de mettre au centre des Liaisons dangereuses deux libertins, Laclos inscrit bien son œuvre dans la tradition du libertinage de mœurs, représenté parRichardson, Crébillon fils, mais aussi par le Diderot des Bijoux indiscrets.
Mais que l’on ne s’y trompe pas, si certains passages des Liaisons dangereuses ont valu son succès de scandale à l’œuvre, pourtant, Laclos n’est pas Sade, et Les Liaisons dangereuses ne se complaisent jamais dans la débauche. Ce qui importe toujours, dans l’œuvre de Laclos, ce n’est pas l’acte, c’est son récit, et sesconséquences. Lorsque Valmont viole Cécile, et en fait le récit à Mme de Merteuil, et au lecteur indiscret, il ne sombre pas dans les détails crapuleux ou le vocabulaire spécialisé. Significativement, il songe à composer un " catéchisme de débauche " pour " [s]on écolière " (lettre 110), mais le lecteur ne feuillettera jamais cet ouvrage. Les scènes qui pourraient être sensuelles (le viol de lanaïve Cécile, celui de la prude Présidente, la rédaction d’une lettre d’amour à la Présidente sur une femme transformée en pupitre (voir le bas de la lettre 47), les soirées de " petite maison " de la Marquise de Merteuil, (voir lettre 10, de Merteuil à Valmont), le stratagème de Valmont pour obtenir le contenu des poches de la Présidente, raconté dans la lettre 44, ou l’éducation sexuelle de laMarquise de Merteuil, relatée dans la lettre 81) sont le plus souvent narrées à l’aide de sous-entendus, de litotes ou d’euphémismes. On peut également relever des jeux de mots grivois dans la correspondance des deux roués, (le bois du Comte de B***, fin de la lettre 59 et de la lettre 63, par exemple) mais ils sont davantage des politesses de conversation, destinées à agrémenter la lettre, que desmotifs licencieux livrés au lecteur égrillard. De plus, ils relèvent le plus souvent de la double entente, et confirment ainsi l’habileté stylistique des roués, et donc leur habileté à manipuler les autres. Le libertinage est plus intellectuel que sensuel dans Les Liaisons dangereuses, et significativement, le terme n’apparaît qu’une fois dans l’œuvre, sous la plume de la Marquise de Merteuil,...
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