Lettres persanes clxi

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  • Publié le : 6 mai 2009
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Montesquieu, Lettres persanes (1721)
   Lettre CLXI
Explication

Les Lettres persanes (paru anonymement en 1721) constituent le seul ouvrage romanesque de l’écrivain. Il y fait parler deux voyageurs persans, Usbek et Rica, originaires d’Ispahan. Les lettres racontent leur voyage en Europe et leur découverte étonnée des m' urs et des régimes en vigueur. Grâce à leur ignorance orientale,l’écrivain brosse un portrait satirique de la société occidentale, française en particulier. Mais l’Orient, son fanatisme, sa propension à la tyrannie ainsi que ses m' urs privées font aussi l’objet d’une évocation dans les lettres des intimes restés à Ispahan. C’est à travers les missives que les eunuques et les femmes du harem d’Usbek envoient à ce dernier que se trouve abordée la question del’esclavage, celui des Noirs, que l’on châtre, et celui des femmes que l’on enferme pour le plaisir d’un seul individu. La façon dont le chef des eunuques évoque sa condition en montre l’horreur. Les femmes elles aussi dans leur récit et par leurs atermoiements dénoncent un servage sexuel d’autant plus absurde que l’unique bénéficiaire de celui-ci est absent depuis longtemps. Le dernière lettre du recueillaisse la parole à Roxane, dernière femme du harem. adorée par Usbek pour sa sagesse et sa vertu. Usbek plaçait toute sa confiance dans cette sagesse et cette vertu, pierres angulaires du harem Or, à la fin de son périple il apprend la trahison de Roxane : celle-ci a séduit les eunuques pour qu’ils la laissent en paix avec son amant. La lettre de Roxane, qui clôt le recueil, lève les masques et faitle jour sur la prison dorée où elle a été soumise au plaisir d’un tyran domestique.
Proposition de lecture sous forme de commentaire composé selon trois axes :
Roxane écrit à Usbek juste avant de mourir conformément à la loi du sérail. Or, cette mort est volontaire et Roxane se " suicide " en direct en quelque sorte, telle une héroïne de tragédie (cf. connotation racinienne de son nom).Toutefois cette mort est assumée et la supériorité de Roxane éclate. Elle donne une double leçon à Usbek, une leçon de courage mais aussi une leçon de choses en dénonçant les illusions de celui-ci et en dévoilant la vérité de son être.
Elle fait ainsi le procès du sérail et montre en Usbek un véritable tyran. Par sa mort et par sa lettre, elle affirme l’inaliénable liberté de l’individu. 
I. La mort deRoxane 
Cette mort est pleinement assumée :
- Deux paragraphes à l’ouverture et à la fermeture de la lettre narrent la mort de Roxane en direct. L’ emploi du présent - " je meurs "/ " le poison me consume "... " je me meurs "- superpose le temps de l’action et le temps de l’écriture ; le moment de la mort et la fin de la rédaction semble coïncider : " la plume me tombe des mains ".
- Le passagedu futur proche au présent rend cette mort inéluctable ce que le chiasme apparent dans le parallélisme de construction souligne " je vais mourir ; le poison va couler " (l. 3) " le poison me consume "... " je me meurs " (l. 26-25) ; le verbe pronominal qui clôt le texte ainsi que l’allitération en /m/ de la dernière phrase suggèrent l’évanouissement et le plaisir pris à celui-ci.
Bien que Roxanereconnaisse ses " fautes " dans l’amorce de la lettre, elle se donne elle-même la mort : elle échappe ainsi à la loi masculine, sa mort n’est pas un châtiment.
- Les deux premiers paragraphes s’opposent : dans l’un la jeune femme décrit ses actes selon le vocabulaire de la loi masculine - " trompé/séduit " ; dans l’autre, elle en formule la vérité intime, profonde.
- Le second paragraphe metl’accent sur la raison profonde de sa mort. Roxane meurt par amour " puisque le seul homme qui (la) retenait à la vie n’est plus ". Outre qu’elle héroïse son amant " le seul homme "/ " le plus beau sang du monde "-, Roxane présente la cause de sa mort comme une évidence intime (redoublement du lien logique - " car/puisque " et connotation particulière de " puisque "). L’homme aimé, l’amour...
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