Lettres persanes lettre 29 (extrait)

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 7 (1639 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 17 mars 2010
Lire le document complet
Aperçu du document
Montesquieu, Lettres Persanes, (1721), lettre 29.

Introduction:

I – Le dispositif de narration et ses effets.

1 - le dispositif de narration et ses marques.
- il s'agit d'une lettre, comme l'indique dès le départ l'en-tête (« Rica à Ibben, à Smyrne ») , puis les adresses au lecteur (« tu sauras », l.15, « aussi puis-je t'assurer », l.32). Chaque paragraphe, en particulierau début, est informatif, voire définitoire (« Le Pape est le chef des chrétiens », l.1, etc...). Nous sommes d'entrée de jeu mis dans le contexte: un observateur décrit une réalité à un destinataire, en Perse.
- cet observateur est lui même Persan, et étranger au contexte européen et chrétien. Il emploie des termes empruntés au monde musulman (« Rhamazan »l.21, « dervis », l.28) ou bien despériphrases (« de petits grains de bois » pour le chapelet, l.49, « deux morceaux de drap attachés à deux rubans » pour le scapulaire l.50-51) pour désigner ce dont il ne connaît pas le nom, il met en italiques (« Saint Pierre », l.7, « hérétiques », l.36, etc.) les mots qu'il découvre, dont il est curieux et dont il veut rendre son lecteur curieux.
Un observateur étranger décrit parlettre une réalité qu'il découvre naïvement: tel est le dispositif de narration du texte. Quels vont en être les effets?

2 - un effet plaisant.
Le discours de Rica fait sourire le lecteur. Rica est forcé à la maladresse dans ses descriptions (emploi des périphrases), à des incompréhensions (il confond succession spirituelle et matérielle aux lignes 6 à 9), ou à des hypothèsesapproximatives (l.15-25, il met le manque de rigueur spirituelle des chrétiens sur le compte d'une décision collective; l.35-43 il réduit hérésie et orthodoxie à un jeu d'accusation arbitraire). Le lecteur est également surpris du caractère crédible de ces hypothèses, et de la facilité avec laquelle on peut décrire le christianisme avec des termes inappropriés ou naïfs. Ce texte plaisant nous mène à unregard critique, acerbe, sur l'Occident.

3 – un effet critique.
Les hypothèses de Rica sont parfois fausses, mais dévoilent des apparences peu flatteuses (le Pape est, pour un étranger, plus remarquable pour son argent que pour son aura spirituelle). D'autres fois, elles ne sont qu'à moitié fausses: la logique cachée derrière les indulgences (l.15-25) n'est elle pas laparesse collective, comme le devine le narrateur? D'autres fois encore, notre Persan se contente de décrire, mais sa franchise sans filtre révèle la vérité crûment: « C'est une vieille idole qu'on encense par habitude »l.2-3; « il n'y a jamais eu de royaume où il y ait eu tant de guerres civiles que dans celui du Christ. », 32-34.

C'est donc une double énonciation que nous pouvonspercevoir dans ce texte: il y a la voix de Rica, tâtonnant pour découvrir la vérité et révélant malgré lui les hypocrisies et contradictions du monde chrétien; et puis la voix de l'auteur, Montesquieu, qui utilise son personnage comme un masque pour critiquer sa société. Et, si Rica est sincère dans son étonnement, Montesquieu est ironique, lorsqu'on lui attribue les phrases du Persan.

II – Unregard étranger: la naïveté de Rica et l'ironie de Montesquieu.

1. Dans le premier paragraphe, Rica se contente de définir le Pape. Ce qu'il donne pour une évidence devient extrêmement provocateur si on le met dans la bouche de Montesquieu: « Le Pape est le chef des Chrétiens. C'est une vieille idole qu'on encense par habitude. », tout comme l'erreur d'interprétation devient ironique(l.6-9). Le voyageur renvoie également involontairement la gloire du Pape à un passé lointain (opposition « déposait »/ « déposent »).
2. Le second paragraphe commence sur le même mode en opposant le rôle des évêques « assemblés » et « en particulier »: il font des règles puis dispensent leurs ouailles de les respecter. Puis Rica tente, en sus, de trouver une explication à ce qu'il observe:...
tracking img