Lettres portugaises guilleragues

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  • Publié le : 24 mai 2010
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I.LA PASSION, UNE MALADIE DESTRUCTRICE:

Le terme de « passion » ,dans les Lettres portugaises , est à concevoir selon son sens étymologique : patior «Souffrance » et non comme un équivalent approximatif de « l’amour », dont il ne serait qu’un vague superlatif. Ainsi, la passion se veut douloureuse, notamment par la multitude de sentiments paradoxaux qu’elle fait naître chez l’être passionnéqui n’est que le jouet de forces contradictoires contre lesquelles il tente en vain, de lutter. Dès lors, on conçoit que Mariane, parvenue au comble de la détresse amoureuse et déchirée par mille mouvements contraires, multiplie les paradoxes qui s’expriment, entre autre, au travers de nombreuses formules antithétiques, présentes tout au long de ses lettres: «je voudrais bien ne vous avoir jamaisvu »suivi, tout de suite après de « j’aime bien mieux être malheureuse en vous aimant, que de ne vous avoir jamais vu » ou encore: «Je suis résolue à vous adorer toute ma vie/ je suis obligée à vous haïr mortellement… »mais aussi par l’utilisation d’oxymores telle qu’ « un plaisir funeste ».
Par ailleurs, dans l’absence de l’être aimé, la solitude et la claustration, Mariane est amenée àmultiplier les illusions et se réfugie dans des souvenirs, pour la plupart, sublimés ou fantasmés.
Cette fuite dans les illusions, entièrement volontaire, permet à la jeune femme de prolonger un passé heureux en une éternité virtuelle de bonheur, mais aussi de fermer les yeux sur sa mauvaise fortune et la dure réalité (le départ sans retour de son amant)qui, chaque jour apparaît comme de plus en plusévidente et dont elle est finalement, tout à fait consciente. D’ailleurs, le temps d’un bref instant de lucidité, la religieuse avouera: « cesse, cesse , Mariane infortunée, de te consumer vainement, et de chercher un amant que tu ne verras jamais… »,cependant, tout de suite après, la jeune femme écrira : «  je suis trop intéressée à vous justifier: je ne veux point m’imaginer que vous m’avezoubliée. ». Cette confrontation à la réalité est tout simplement inacceptable pour Mariane, c’est pourquoi, la moniale essaie de retrouver l’euphorie du passé dans une tentative paradoxale et morbide consistant à associer les mouvements contradictoires de son âme, non plus à la joie mais à la peine: « j’ai quelques attachements pour des malheurs dont vous êtes la seule cause, je sens quelques plaisirs envous sacrifiant ma vie. »
Souffrance et jouissance s’entremêlent, dans l’esprit de la jeune femme, car seule cette remémoration douloureuse tend à lui procurer du bonheur, en effet, c’est là l’unique moyen par lequel la religieuse se sent liée à son aimé. Cette forme de masochisme destructeur s’accentue au fil du temps, car plus le temps passe plus l’abandon tant redouté se précise.
Les souvenirsn’en sont que plus amers, et l’effort de dénégation que plus intense et difficile.
Cependant, la passion est un mal si intense qu’au delà du cœur, c’est dans le corps qu’elle se fait ressentir, encore.


« Si l’émotion est une ivresse, la passion est une maladie qui exècre toute médication et qui par là est bien pire que tous les mouvements passagers de l’âme ». Cette citation de Kanttraduit parfaitement l’état dans lequel s’est enfermée Mariane. En effet, la passion amoureuse est, aux XVII et XVIIIème siècles, fréquemment assimilée à une maladie (la médecine parle de pathologies de l’amour).Cependant, le symptôme médical auquel il est le plus juste de rapprocher la passion est, selon La Rochefoucauld, dans ses Maximes, celui de la fièvre, il écrit, en comparant les deuxmaux:« Nous n’avons non plus de pouvoir sur l’un(la passion), que sur l’autre(la fièvre)soit pour la violence, soit pour la durée. »
Néanmoins, selon les conceptions psychologiques de l’époque, seul le sexe féminin est gouverné par ses sentiments et naturellement soumis à ses passions alors que l’homme, lui, est « toute raison ». Dans les Réponses aux Lettres portugaises qui paraissent à...
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